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Le stérilet

Comme je ne recule devant rien, j’ai décidé chers amis de vous raconter aujourd’hui les détails intimes de mon existence et d’aller puiser mon inspiration au tréfond de mon âme mais pas que, et donc de vous parler de mes déboires gynécologiques. Ne me remerciez pas.

Comme on ne se connait pas encore très bien, je vous épargnerai les sujets mycose ou rééducation périnéale ratée malgré des séances hebdomadaires de jeux vidéos pour foufoune avec une sonde vibrante que j’aurais bien utilisée autrement que comme un joystick. J’ai une fierté. 

Je m’attarderai davantage sur mon mode de contraception. Ou devrais-je dire mes innombrables modes de contraception. 

Car oui, je fais partie de ces femmes qui ont presque tout essayé. 

Tout a commencé avec la pilule aujourd’hui retirée du commerce, prise à 14 ans pour limiter ma poussée d’acné juvénile, et certainement pas pour son usage premier contraceptif. 

Ma méthode à cette époque (l’abstinence forcée) était bien plus efficace, ce qui ne m’empêchait pas de tout miser sur la disparition de mes boutons pour changer la donne et découvrir une vie sexuelle plus attrayante que celle que je partageais jusqu’alors avec le pommeau de la douche.

La pilule n’a malheureusement rien changé, si ce n’est qu’elle m’a fait prendre 1 kilo par chtar disparu. Autant vous dire que j’ai beaucoup grossi.

Après ma rupture avec le dit pommeau (soit à mes 25 ans), j’ai aussi tenté la méthode de la bonne vieille capote, celle qui te crame l’entrejambe et te rend inapte pour la semaine.

Aujourd’hui, ne pouvant bouffer davantage d’hormones en cachet ou en implant pour cause de pilosité exacerbée et règles aussi abondantes que les pluies en période de mousson, il ne me reste que 2 options : 

-Caler mes rapports sur ma courbe de température au risque de pondre un cinquième mouflet et de devoir changer de bagnole ;

-Me faire poser un stérilet quitte à me faire déchirer l’utérus par cet énorme morceau de métal qui me fera sonner à chaque portique de sécurité. Vous l’avez compris, je ne suis pas trop fan de cette option.

Mais mon banquier m’ayant gentiment refusé le crédit pour une 7 places, j’ai dû me résoudre à me faire poser un corps étranger dans le bide, alors que bon, on n’a pas vraiment de recul sur tout ça. 

J’ai donc pris mon téléphone et contacté ma chère et tendre gynécologue, seule personne au monde potentiellement habilitée à me poser cette atrocité mécanique dans un délai raisonnable de 6 mois. Elle est formidable.

Le jour J, je me suis réveillée la peur au ventre comme si je devais me rendre à l’hosto pour subir un triple pontage.

Au boulot, impossible de travailler. Je ne pensais qu’à ma souffrance à venir, obsédée par ce corps étranger prêt à me rayer la matrice. 

Puis l’heure fatidique est arrivée. Je suis passée par la pharmacie pour acheter ma perforeuse à utérus en tentant de me convaincre que ça devait vraiment être plus petit que je ne le pensais. Et c’est là que la nana m’a apporté une ÉNORME boîte de 30 cm de long… La pauvre a dû lire l’effroi sur mon visage et s’est empressée de me rassurer… Figurez-vous que c’est l’emballage qui prend tant de place ! Que c’est beaucoup plus petit qu’il n’y paraît. Je ne suis pas sûre de la croire.

J’arrive au rendez-vous en traînant des pieds, mon énorme carton sous le bras. Je pourrais peut-être tenter avec Cofidis pour le crédit de la bagnole ?

La secrétaire m’accueille froidement comme si je venais pour une veillée funéraire. Ça va la miss, détends-toi, c’est pas toi qui vas te faire poser un Edward aux mains d’argent portatif dans le bide. 

Mais l’égocentrique, ignorant tout de mon angoisse, me balance comme ça, sans ménagement, que ma si fantastique doctoresse vient d’avoir un accident de voiture et est actuellement au bloc pour une grosse opération du genou, et que c’est donc son ex-interne habituelle qui prend le relais en urgence et gère ses consultations jusqu’à nouvel ordre.

OMG!!! Mais quelle horreur!!! Comment une chose aussi terrible a-t-elle bien pu se produire ????? Pauvre, pauvre, pauvre de moi… Pourquoi ne m’a-t-on pas prévenue plus tôt ? J’aurais tout bonnement négocié avec Miamor l’achat d’une vieille estafette toute rouillée sur le Bon Coin, ça aurait bien fait l’affaire pour 5 mioches! Et puis, ma toubib accidentée n’a pas besoin de son genou pour me faire ce qu’elle a à faire, que je sache. Au lieu de ça, je suis coincée dans cette maison de la torture avec des inconnues insensibles à ma douleur et une apprentie gynéco tout juste sevrée.

Il ne me reste qu’à aller me lingetter dans les water et à attendre sagement mon heure en priant tout en faisant mine de lire avec plaisir le vieux Mme Figaro racorni du printemps 2008.

La porte du cabinet s’ouvre. En sort une patiente les joues en feu. Elle rejoint difficilement la porte de sortie en boîtant comme si on l’avait forcée à faire un marathon à cheval, à cru et juste après son accouchement.

Le “docteur”, une petite rouquine au teint de lait, a l’air tout droit sortie du lycée dans son pull large et ses boots à clous, m’appelle timidement.

J’avance vers l’échafaud, résignée face au sombre dessein qui m’attend.

Elle m’explique alors en se triturant les doigts (oh… misère… elle a des ongles immenses…) que le docteur est accidentée et qu’elle la remplace – blablabla – puis me demande la raison de ma visite en cherchant en vain mon dossier dans une pile plus haute que celle de mon linge sale au retour des vacances.

Pour faire diversion face au bordel non organisé, et histoire de détendre un peu l’atmosphère, elle me raconte en rigolant qu’elle  vient d’essayer de poser un nouveau modèle de stérilet à la patiente précédente sans toutefois y parvenir. Haha. Mais quelle bonne idée cette blagounette. Et quelle psychologie, jeune fille. Me voilà en effet plus détendue maintenant.

Mais déjà prise au piège, je me retrouve  écartelée, talons coincés dans des étriers froids comme une pierre tombale et fesses collées sur un drap de papier tout rèche. Je me sens peu de choses et surtout pas en position de force face à cette élève gynéco de pacotille.

Dans cette noble position, je lui annonce la raison de ma venue et observe, transpirante, sa réaction. Mais elle ne cille pas, intériorisant sans doute l’embarras dans lequel elle vient de se mettre à me raconter ses échecs de pose d’accessoires vaginaux pour femmes averties.

J’ai compté toutes les petites groseilles ornant les moulures du plafond. J’ai classé par ordre alphabétique tous les dossiers sur les étagères me faisant face. J’ai soufflé comme à mon dernier accouchement pour calmer la douleur. J’ai repassé les plus beaux moments de ma vie, appelé ma mère et parlé à mes ancêtres. Sans doute ai-je aussi perdu la moitié de l’émail de mes dents tant j’ai serré les mâchoires alors que la pauvre fille me dévastait l’entrejambe.

Très… très.. très… longtemps après, fière d’elle, elle m’annonce enfin que c’est fini et qu’elle a réussi. Bravo bébé ! Comme si je devais te donner un bon point pour m’avoir déchirer le vagin avec les ailes métalliques de ton nouveau joujou.

Allez, je paie et je file à l’hosto prendre rendez-vous pour une ligature des trompes sous anesthésie générale.

Mais non. L’élève n’en a pas encore assez de jouer à docteur Maboul avec ma pauvre personne. Voilà qu’elle veut me tâter les nibards en me rappelant gentiment qu’à mon âge, il faut commencer à les surveiller de près. Va-t-elle me parler de la ménopause cette andouille ?

Les fesses endolories, je lève les bras bien haut pour me faire généreusement peloter par ce médecin stagiaire. Et la voilà qui se pâme et pousse des “ho” et des “ha” d’émerveillement à chaque palpation… C’est bien la première fois que ma menue poitrine fait cet effet-là. Je savoure donc le moment, quel que soit l’auteur de cette extase.

Malheureusement, elle rompt le charme en commentant ce qu’elle juge si délicieux, à savoir un adorable petit kyste tout mignon tout rond comme un petit malin (pardon, Sylvanians, pour les plus jeunes) qu’elle fait rouler entre ses doigts comme un gosse avec ses crottes de nez.

Descente brutale de mon nuage.

Après son signal, je file me rhabiller tandis qu’elle fait claquer ses gants Mapa pour me prescrire une nouvelle palpation, cette fois-ci par une machine ainsi que, me lâche-t-elle de but en blanc, sans aucun égard, une petite crème pour les mycoses, souvent provoquée par la pose d’un stérilet et sans doute aussi, me dis-je, par son travail de ferronnerie entre mes cuisses.

Inutile de vous dire que je ne remettrai plus un pied dans ce cabinet tant que mon vrai docteur ne sera pas revenue, et tant pis si je dois mourir d’une infection avec un stérilet périmé depuis 24 ans.

Mais ce que j’ignore, c’est que le pire de ma journée reste à venir. Car le soir, je fais un détour à la pharmacie de mon quartier cette fois pour acheter la fameuse crème antifongique si subtilement prescrite, et devinez qui vient me servir ? Une nouvelle recrue… Une blonde canon, au sourire tellement étincelant qu’il en est irritant… 

Ouais, c’est ça, vous l’avez. Toujours là où on ne l’attend pas cette Sabrina. Elle s’avance près du guichet, très professionnelle et pudique à la lecture de mon ordonnance… seulement parce qu’elle doit attendre le meilleur moment pour m’anéantir cette vicieuse.

Elle part dans l’arrière boutique farfouiller dans ses tiroirs d’apothicaires, le temps que la pharmacie se remplisse bien de clients, tous a priori voisins ou parents d’élèves, pour me crier :

-”Et sinon, je vous conseille d’acheter un savon pour l’hygiène intime, ça évitera que votre mycose revienne! “

Voilà voilà.

Est-ce le bon moment pour en profiter et acheter du Rennie Deflatine en précisant que c’est pour Miamor…? Sans doute que oui. Ainsi ma journée n’aura pas été totalement ratée.

Le dentiste

Hier, je suis allée chez le dentiste. La nature m’a peu gâtée mais elle m’a au moins donné de bonnes dents. Du coup, le dentiste, c’est toujours plutôt tranquille que je l’aborde, comme une simple formalité pour vérifier rapidement si je n’ai pas de caries, et me faire un petit détartrage histoire de limiter les dégâts du café-clope… C’est donc sereine que je me suis pointée au cabinet hier, sûre de moi et détendue dans cet univers aseptisé et aromatisé au dentifrice menthe-framboise.

 

J’avais pourtant, en ce torride mois de juillet, une crève de tous les diables, crachant mes poumons,  le cerveau en compote et le nez dégoulinant, tant et si bien qu’à force d’avoir un kleenex soudé à mes narines, j’arborais un pif rouge écarlate et un nez pelé des plus glamour.

 

A peine arrivée, mon dentiste, un bon gros type bedonnant au crâne lustré, m’accueille et m’invite poliment à m’installer sur son fauteuil. Un truc comme je n’en ai jamais vu, énorme, un vrai vaisseau spatial robotisé à 10 bras perdu dans un univers tridimensionnel. Je dois dire que cet engin m’impressionne quelque peu et je réalise que ça doit faire un bail que je ne suis pas allée le voir, mon dentiste, tellement le dernier fauteuil dont je me rappelle semble d’un autre âge. Je m’assoie malgré tout, toujours zen, et regarde autour de moi pendant que le brave homme se bat pour faire rentrer ses petits doigts boudinés dans ses gants en plastoc.

 

Le type se prenant pour un forain m’annonce alors le début des ennuis par un festif « allez c’est partiiii » et, sans me laisser le temps de dire ouf, appuie sur sa pédale perfidement dissimulée, et son fauteuil futuriste s’incline comme jamais.

 

A vrai dire, il s’incline beaucoup trop son bidule. J’ai la tête bien plus basse que les pieds, à tel point que je me sens glisser millimètre par millimètre sur le fauteuil, tête la première vers le carrelage blanc. Malheureusement, il a déjà ses doigts gantés au bon goût de désinfectant au fond de ma bouche. Je n’ai donc pas d’autres choix que de m’agripper aux poignées du fauteuil et d’essayer de ne plus bouger. Je me sens comme une candidate finaliste à Kho Lanta, concentrée pour ne pas tomber de son poteau à l’épreuve fatale.

 

Pendant ce temps, pourtant, Monsieur Propre a décidé de m’installer dans la bouche pour faciliter son travail et y voir plus clair un charmant petit gadget sobrement appelé écarteur de lèvres. Un délicieux petit outil dont le but  est surtout de bien mettre en évidence ma dentition de cheval et mes jolies gencives. Ainsi affublée, je le laisse désormais partir à l’affût d’un petit abcès ou d’une petite carie à traiter en plusieurs séances….

 

Pendant sa quête, moi, je ne respire plus. Avoir la tête en bas alors que j’ai la crève me donne l’impression que mon cerveau est comprimé par un quintal de morve et que je vais mourir étouffée… D’autant qu’en prime, je dois toujours me concentrer pour ne pas lâcher l’accoudoir tandis que mon cher dentiste racle vicieusement l’arrière de toutes mes dents comme s’il essayait de me les bousiller pour se trouver du boulot supplémentaire ! Et ça, c’est sans compter cet affreux petit bruit qu’il m’inflige avec son crochet, pire que de grands ongles bien durs grattant un tableau noir… Argh, rien que de vous le raconter, j’en ai la chair de poule! J’essaie désespérément de penser à autre chose, tout en ne lâchant rien de mon fauteuil et la gueule toujours enfarinée.

 

Et c’est là que mon abruti de nez, ma narine droite pour être précise, se met à couler. Lentement. Doucement.  Et je suis totalement impuissante. Je ne peux rien faire. Ni me moucher, ni m’essuyer car ça voudrait dire que je devrais me désagripper des accoudoirs et risquer de descendre de 10 cm, voire pire, de m’éclater la tête par terre.

 

Le type voulant visiblement mettre fin à mes jours choisit ce moment pour m’enfourner un tuyau sous la langue, et commence à m’aspirer la salive comme s’il nettoyait l’intérieur de sa bagnole… Aucun recoin ne lui échappe. C’est alors que son téléphone sonne. Et le voilà donc qui cale délicatement son aspi sous ma langue, se lève, décroche le combiné, et se barre dans la pièce d’à côté pour converser librement.

 

Me voilà bien tiens. Livrée à moi-même et totalement vulnérable, pauvre chose abandonnée les 4 fers en l’air et toujours concentrée à essayer de ne pas tomber de ce putain de fauteuil mal réglé. Je me dis pourtant que c’est peut-être le moment ou jamais d’essayer de choper le kleenex dans ma poche droite pour essuyer ma goutte au nez. Résolue, je décide de prendre ce risque. Alors doucement, très doucement, je lâche un accoudoir, concentrant toute ma force dans l’autre main dont les doigts transpercent presque le simili cuir blanc.

 

La main libre, elle, délicatement, minutieusement, s’approche de ma poche, chope avec 2 doigts dextères un vieux mouchoir oublié, et remonte lentement jusqu’à mon nez… Reste concentrée Micheline. Un mauvais mouvement et c’est foutu. Je me sens comme un grand braqueur spécialisé dans le vol d’oeuvres d’art, et ultra habile pour éviter les détecteurs de mouvements quand j’arrache le précieux objet de son socle sans que l’alarme ne retentisse. Bon ok, là c’est juste Micheline chez le dentiste, à moitié en train de se casser la gueule de son fauteuil, et tentant dans un dernier espoir de choper un vieux kleenex pelucheux pour s’essuyer lamentablement une goutte au nez mal avisée tandis que son bedonnant dentiste tatasse dans la pièce d’à côté.

 

Malheureusement, malgré mon extrême concentration et mes gestes d’une incroyable précision, je fais un faux mouvement et l’aspirateur à bave bouge un peu, juste ce qu’il faut pour se placer sur le frein sous ma langue. Un bruit de succion d’enfer se fait alors entendre !!!! Le même bruit que quand j’aspire sous mon lit et que je chope une vieille chaussette mais en pire, parce que là, en prime, j’ai l’impression que le tuyau fou va m’arracher la langue en aspirant tout sur son passage.

 

Force est de constater que ma situation est mal engagée : l’air intelligent avec mon truc en plastoc autour de la bouche, toutes gencives dehors et le nez coulant, presque sourde grâce au sifflement aigu et stressant de l’aspirateur infernal, et les mains chacune occupée à sa périlleuse mission, l’une enserrant comme une main d’alpiniste au bord d’un gouffre, le misérable accoudoir du fauteuil, l’autre hésitant entre ramener le vieux mouchoir dans sa poche, arracher ce putain de tuyau, ou bien encore venir en aide à sa jumelle qui commence à sérieusement fatiguer. Le sifflement strident n’alerte même pas mon cher dentiste qui continue à bavasser, me laissant désoeuvrée et seule comme jamais. Je dois trouver une ultime solution pour me rétablir, et c’est là que je pense à écarter les jambes et replier mes mollets sous le fauteuil pour m’y agripper davantage.

 

C’est dans cette gracieuse et élégante position que mon dentiste me retrouve quand il a fini son coup de fil qui semble-t-il ne lui a pas été très agréable, car il revient l’air vraiment furax. Sans faire gaffe à ma pause d’actrice porno contorsionniste, il m’arrache brutalement le tube, et moi ça me fait comme si ma langue partait avec. Puis, histoire de se passer les nerfs, il s’attelle à une autre étape de sa sinistre journée en décidant de me faire subir un violent détartrage… Il joue de son air vicieux avec sa petite roulette intégrée à un karcher au bicarbonate et vas-y qu’il se lâche !!!!!

 

J’en profite néanmoins pour rapidement me raccrocher au fauteuil avec mes deux mains, resserrer mes cuissots et oublier un instant cette fâcheuse gouttelette qui roule maintenant le long de ma joue et remonte dangereusement vers mes yeux, car oui, je vous rappelle, j’ai la tête à l’envers. L’autre s’éclate par contre ! Un vrai bourrin ! Je suis obligée de fermer les yeux pour ne pas me prendre tous les petits résidus de bicarbonate dans la tronche. On dirait là encore qu’il lave sa bagnole, après avoir aspiré la moquette intérieure, et hop que je lave la carrosserie avec mon gros jet puissant….

 

Ouf, ca y est. Il a fini. Un dernier lustrage pour que ça brille et je peux enfin me rasseoir. Une fois redressée, je sens mon cerveau se comprimer dans l’autre sens, j’ai les doigts tétanisés dans la position griffe tellement je me suis désespérément accrochée, mais je suis libérée de tout cet attirail en plastoc écarteur de lèvres et autre aspire bavouille.

 

Le dentiste, lui, est satisfait. Il doit pourtant avoir encore un peu envie de se défouler car il se sent obligé de jouer l’élite et se fend d’un petit diagnostic sur mes gencives. Elles sont sensibles me dit-il (d’où son infinie précaution pendant le détartrage?!). Il me demande alors avec quel type de brosse à dents je les lave… Et là, moi, je sens qu’il faut que je réponde juste, comme une première de la classe qui veut fayoter. Souple ? Moyen ? Dur ? Franchement aucune idée, et surtout rien à foutre, mais je veux bien faire histoire d’avoir au moins une réussite dans ma journée, alors je choisis la sécurité et réponds à mon Julien Lepers : « Medium » d’un ton plein d’aplomb. A sa tronche, je sais que j’ai donné la bonne réponse mais qu’il aurait aimé que je me plante pour me faire un cours sur les brosses à dents. Je l’ai échappé belle. Je l’ai maté le p’tit coco !!! Ha ! Médium ! Ca t’en bouche un coin mec !!!! (oui bah on a pas de petites victoires.)

 

Lui, par contre, il est frustré alors pour se venger, il décide que j’ai une maladie aux gencives. Si si,  apparemment j’ai une maladie. Il me fait un beau dessin : ouais ok, la racine, la dent, les poils (non pardon, ça c’est dans la pub Toniglandyl)… Bref,  concernée malgré tout, j’écoute son cours magistral sur la gencive, et j’apprends que ma terrible maladie va progressivement faire se déchausser toutes mes dents… Sympa ! Cette maladie, m’explique-t-il, a des symptômes évidents : les gencives fragiles, des saignements ponctuels lors des brossages… et, me sort-il alors sans plus de manières, surtout,  surtout !… une mauvaise haleine. Ha. Autant je l’ai maté pour le coup de la brosse à dents, autant là, c’est lui qui m’a cassée. Bing prends ça Micheline.

 

Il veut donc qu’on se revoit pour faire des soins réguliers tous les mois avec un produit spécial non remboursé par la sécu. Bah voyons !!! Non seulement tu me tortures, ensuite tu m’expliques que je pue de la gueule mais que si je veux en finir avec cette odeur fétide qui visiblement t’indispose toi, le dentiste, je dois venir te voir pour souffrir le martyre mais en plus payer cher pour ça?????

 

Du coup, je dis d’accord en sortant mon agenda, parce que faut pas déconner, il a peut-être raison quand même… Et pendant qu’il savoure sa victoire et me tourne le dos pour encaisser son chèque, je ne résiste pas à placer ma main devant ma bouche et souffler dessus histoire d’évaluer le bien-fondé de son discours. Malheureusement, entre mon nez bouché et l’odeur de désinfectant à la framboise qui flotte dans l’air, je ne parviens pas à me faire une idée. Je demanderai ce soir à Mi Amor, mais d’ici là, j’ai une journée de boulot qui m’attend et je vais devoir vivre avec l’obsession de sentir du bec… merci.

 

Le pire, c’est qu’en rentrant du boulot, j’ai sauté sur Mi Amor pour lui demander son avis sur mon haleine et lui raconter mes déboires et vous savez ce qu’il m’a dit ? Que j’avais le visage couvert de petits points blancs. Ces petites projections de bicarbonate lors du détartrage m’ont couvert la tronche et ont séché, et je me suis donc traînée à tous mes rendez-vous avec ça sur la gueule….

 

Crédibilité maximale. Je crois que je préfère encore puer du bec.

Sur ce, je vais m’acheter mes chewing-gum.

 

Le dermato

Hier, je suis allée chez le dermato. Une petite visite de routine s’imposait avant l’été histoire de faire le point sur mes nombreux grains de « beauté », ces trucs marronnasses que personne ne trouve beaux, et dont, comble de chance, je suis couverte. Celui qui a inventé ce nom de grains de « beauté » devait en avoir plein et vouloir se réconforter, je ne vois que ça…

D’habitude, j’ai une super toubib, une Pénélope parfaitement moulée dans sa blouse blanche, semblant tout droit sortie d’un fantasme de mec, et adorable par le dessus le marché. Elle contredit l’adage selon lequel les cordonniers sont les plus mal chaussés : sa peau est de pêche et en gros, tu ne vas la voir que dans l’espoir qu’elle te donne ses secrets de beauté, mais tu comprends bien vite que, sa technique à elle, c’est la génétique.

Malheureusement pour moi, cette fois, c’était son remplaçant, et Barbie était forcément associée à Ken !
Voilà donc mon nouveau docteur, un immense bellâtre tout droit sorti de la fac, à la voix grave et virile, au regard ténébreux et aux muscles saillants sous sa blouse de Docteur Bogosse.
Je bégaie un misérable « Bonjour docteur » tout en essayant de me rappeler en panique si j’ai assorti mes sous-vêtements ce matin et depuis combien de temps je ne me suis pas fait le maillot…

Arrivée dans le cabinet, mon sublime médecin me demande gentiment de me déshabiller. Ne t’emballe pas Micheline, c’est pour voir tes grains de « beauté » !
Je ne me sentais déjà pas particulièrement à l’aise, mais en enlevant ma chemise, j’ai eu d’un coup le stress de sentir la transpiration. Et oui. La névrosée que je suis a quelques angoisses. Ne pas bouger les bras Micheline, ne pas bouger les bras. Timidement (et maladroitement du coup), je retire un à un mes vêtements. Je voudrais vous y voir vous, à essayer de vous désaper sans décoller les coudes de votre buste tout en rentrant le ventre et en ayant l’air naturelle !
Me voilà donc debout devant son bureau, noble et fière en soutif-culotte pour une fois coordonnés (ouf, j’ai été bien avisée ce matin), le dos un peu courbé, les épaules rentrées et les bras croisés sur le ventre, bref, la pose de la meuf totalement sûre d’elle.
J’aurais pourtant dû profiter de ce court moment de dignité car il fut le seul de la consultation.
Docteur Bogosse m’annonce de but en blanc que je dois TOUT enlever, en précisant que les grains de « beauté », j’en ai vraiment partout et qu’il va devoir TOUT regarder (d’un ton qui veut plutôt dire : ne te fais pas de film ma cocotte, c’est surtout pas pour mater ton corps de sirène, ce que je vois me suffit amplement).
Respire un bon coup Micheline, tout va bien se passer.

Une fois dans la tenue d’Eve, plus blanche qu’un cul en hiver, je file comme une ombre m’allonger sur la table, arrosée par une atroce lumière crue de néon. Déjà qu’à la lumière naturelle, je ne me sentais pas au top du glamour mais là, tout espoir de paraître vaguement correcte sous ce spot éblouissant est absolument vain.
Et voilà que Docteur Bogosse se pointe armé d’un appareil photo! C’est alors le début d’une scène surréaliste où j’ai l’impression de jouer dans un épisode d’NCIS, d’être la morte et lui le légiste.
Il y a donc moi, à poil, pauvre chose échouée sur cette table de consultation, et il y a ce dieu grec qui mitraille une à une toutes les parties de mon corps : les parties dont je m’accommode, mais aussi celles que j’ai plus du mal à assumer ou bien encore celles qu’on ne montre jamais à personne, genre, entre les orteils… clic photo. Le tout en me scrutant sous toutes les coutures, et en allant même jusqu’à utiliser un autre instrument de torture pour me faire encore plus de mal :la loupe (haha. Que ceux qui pensent alors à des blagues sur mes seins se taisent à jamais)

Après les 20 plus longues minutes de ma vie, aucune partie de ma peau ne lui avait échappé, et j’ai commencé à me détendre quand il a fallu que je m’assoie, et que je penche ma tête en avant pour qu’il farfouille dans mes cheveux à la recherche d’un grain de « beauté » malfaisant sur le cuir chevelu.
C’est ainsi qu’enroulée sur moi-même, ses mains dans mes cheveux, j’aurais pu retrouver un soupçon de dignité… si je n’avais pas été aveuglée par un long, très long poil noir perdu sur une de mes cuisses. Le genre de poil qui te fait crier quand tu le vois, celui que tu ne dois jamais avoir enlevé de ta vie tant il est long comme un cheveu. La honte m’envahit. Impossible que ce détail pileux n’ait pas été immortalisé dans la péloche… Ca va en faire une jolie photo qui fera marrer ses potes ! D’autant qu’il est placé à côté d’un bon gros bleu de gras comme j’aime les appeler. Vous voyez?! Les espèces de bleus qu’on a toujours sur les parties du corps qui débordent un peu?! Et pour achever ce magnifique tableau plongeant qui s’offre à moi, comble de l’élégance, j’aperçois d’en haut mon gros orteil orné d’un magnifique poil de chaussette noire coincé sous l’ongle…

Fort heureusement, c’est fini. J’ai le droit de me rhabiller! Jamais fait ça aussi vite ! Si j’étais aussi efficace le matin, je serais tout le temps à l’heure au boulot ! Allez, je m’assois devant lui, je paie et je disparais à tout jamais de sa vie. Qu’on en finisse.
Mais pas avant d’avoir entendu le verdict final : cet été, donc, interdiction de me mettre au soleil, ou bien alors, avec écran total et T-shirt à manches longues. En voilà un beau programme de vacances tiens ! Moi qui voulais jouer la naïade, c’est loupé.
Je croyais en avoir enfin terminé avec lui, mais brusquement, il se met à me fixer le visage, se lève de son bureau et s’approche de moi… Je me demande ce qui se passe, je commence un chouille à perdre mes moyens déjà peu présents. Sans me quitter des yeux, il approche doucement son visage du mien… Je regarde en haut, en bas, tout sauf lui, qui pourtant s’approche encore plus près… et me demande d’une voix suave : « ça fait longtemps que vous les avez ces boutons sur la joue ? »

Ha bah oui Micheline aussi, tu croyais quoi? C’est un dermato, et c’est certainement pas avec tes talents de streep-teaseuse / top model que t’as pu lui montrer tes atouts! Non, forcément, ce qu’il voit, c’est l’espèce de pustule que tu te traînes sur la joue depuis des semaines, que tu voulais d’ailleurs montrer à ta toubib avant de venir, mais que tu avais vite choisi de taire honteusement à la vue de Docteur Bogosse. Et bien c’est raté, alors autant savoir ce que tu peux y faire…
Et bien là encore, j’ai tiré le gros lot. J’aurais pu avoir un truc un peu sérieux, une sorte de maladie vénérienne ou auto-immune qui me donne un peu d’importance ou tout au plus de l’intérêt pour le brillant scientifique qu’il était ! Une belle maladie, avec un nom complexe qui en jette quand t’en parles aux copains! Mais non!!!
Ma joue boutonneuse fait une réaction allergique au nickel de mon téléphone portable. N’est-ce pas absurde ? Tout cela me rappelle la fois où j’ai dû être hospitalisée d’urgence pour une péritonite aiguë. En 2 secondes, j’avais bien évidemment alerté toute la famille et les proches (j’aime bien faire mon intéressante des fois) pour finalement me faire renvoyer chez moi une heure après suite à un nouvel et glorieux diagnostic: constipation passagère. Humiliation totale quand tu dois rappeler tout le monde et annoncer le terrible mal qui te ronge.

Donc allergie au portable. Si je raconte ça à quelqu’un, il va bien se foutre de ma gueule! Docteur Bogosse aussi doit bien se marrer intérieurement. Il sort son bloc à ordonnances et réfléchit à ce qu’il va me prescrire pour remédier à cette ridicule allergie à l’Iphone.
J’y vais de ma p’tite blague et lui demande si dans ce cas, le Galaxy S est remboursé par la sécu? Bide totale, il ne réagit même pas à cette tentative d’humour désespérée qui avait pour seule raison d’être de me sauver un minimum la face.
Lui préconise plutôt une crème pour acnéiques de 13 ans. Je le sais, c’est le truc que j’avais déjà au collège.

C’était vraiment un moment inoubliable, ce rendez-vous médical.
Vivement que j’aille chez ma gynéco.