Category Archives:Mi lle bornes (Micheline en vacances)

J’ai la marque !

Pour ce retour sur les réseaux, je me demandais quel sujet j’allais bien pouvoir aborder, sans pour autant me lancer dans une chronique, que je réserve pour le tome 2.

Cette-fois, je voulais un truc un peu profond et intelligent sur lequel les gens pourraient débattre, témoigner et admirer la finesse de mon esprit et l’étendue de ma culture… Et puis, après mes vacances et une stimulation intellectuelle proche du néant, mon côté superficiel a repris le dessus. On ne se refait pas. C’est comme ça qu’à la vue du teint déjà tout délavé de mes voisins juillettistes, bingo, je me suis dis que j’allais vous parler bronzage.

Le bronzage donc… Jadis, naguère, autrefois, quand je n’étais qu’une gamine qui jouait cul nu dans le sable, je peux vous dire que j’étais black. La petite brune à la peau mate par excellence. Mais depuis, la « routourne a tourné« *. Plus précisément, depuis que bronzer m’importe, je ne bronze plus d’un poil. Comme si mon capital soleil s’était fait la malle le jour où j’ai décidé de lézarder au soleil.

J’ai beau me huiler comme un kouign amann et faire la crêpe toute la journée en plein cagnard (ce que je ne parviens pas vraiment à faire puisque j’ai des enfants…), rien n’y fait. Dans le meilleur des cas, je rosis vaguement, et lorsque j’exhibe fièrement ce corps tanné à l’irlandaise à Mi Amor, ce dernier crie à l’énooooorme coup de soleil, alors que pas du tout, j’ai juste les marques!!! Le plus souvent malheureusement, les seuls moments où ma peau décide de réagir au soleil sont lorsque je ne l’ai pas prévu, à savoir de préférence quand je fais du jardinage avec des gants, ou lorsque je fais une balade en short et chaussettes. Là, j’ai les marques. Evidemment.

Bien sûr, je vois déjà venir tous les fervents lecteurs de Doctissimo, les fidèles défenseurs de la peau de roux, les activistes du #balancetagraisseàtraire ! Oui, je sais. Vu mes nombreux grains de beauté, je ferais mieux de mettre un t-shirt et de l’écran total dès que je mets le nez dehors, et de demeurer blanche comme mes fesses pour éviter le mélanome.
Et bien les gars, je n’y arrive pas. 2 semaines par an, j’ai le droit d’essayer d’avoir des jambes suffisamment rosées pour camoufler mes poils incarnés et mes vergetures. J’ai le droit d’avoir envie d’admirer sous la douche mon pétard email diamant et de m’extasier devant mes petits seins tout blanc comme si j’avais gardé mon soutif. J’ai le droit de permettre à mes collègues de ne pas croire que je suis partie en vacances au Pôle Nord cet été.

Mais que mes détracteurs se rassurent ! Car chaque fois que je reviens de vacances fière de mon pseudo bronzage, il fait un temps dégueulasse et je dois sortir l’imper. Le lundi, jour de reprise de boulot, le soleil est évidemment revenu pour me narguer mais, mes marques, elles, se sont déjà barrées pour laisser la place à mon habituel teint de lavabo, qui pèle, par dessus le marché.

Je songe à m’acheter de l’auto-bronzant, mais avec mon bol, je m’attends au pire.
Et vous et le bronzage, ça donne quoi?

Bonne reprise à tout le monde 😘

*Cf. F. Ribery in Conférence de presse pré-match Géorgie-France, 2014.

La plage

Au cours de notre virée italienne, on a tenu à passer une journée à la plage dans un endroit authentique. Le hic, c’est que visiblement, authenticité et plage ne vont pas forcément de pair là-bas. A peine arrivés dans la petite ville balnéaire précautionneusement sélectionnée par Mi Amor et moi qu’on se croit à la Grande Motte : longue promenade bétonnée, stands à gogo de bracelets brésiliens, bikinis importables sauf si tu t’appelles Loana, et autres robes tropéziennes en crochet pour femmes pleine de classe.

Nous, ce qu’on veut, c’est accéder à la plage qu’on ne voit toujours pas, cachée par d’immondes porches ornés de dauphins en plastique et de sirènes de polystyrène. On penserait presque être chez Mickey et faire la queue pour la nouvelle attraction Némo.

C’est face à cet horizon obstrué par le royaume de la cagole qu’on comprend qu’il est nécessaire de passer ces majestueux portails pour avoir la possibilité de voir le sable, et qui sait, la mer, moyennant tout de même un droit d’accès de 50 balles. Et comme on venait déjà d’en claquer 30 dans 3 misérables seaux de plage,  on décide de ne pas pénétrer dans ces antres du capitalisme mais de trouver un coin où la plage est à tout le monde.

Ce n’est qu’après une balade forcée d’une heure au milieu des tatoueurs au henné, des vendeurs de paréos et des odeurs de frites (authentique, vous dis-je!) qu’on dégote derrière la pissotière publique la seule et unique parcelle gratos du coin. Bon, elle n’est pas bien large, il faut l’admettre, 5 mètres tout au plus, mais c’est une question de principe bordel, la plage est à tout le monde!

A tout le monde donc. Et c’est bien le problème finalement. Car la bande de sable kolkhozienne est bondée, ce qui nous oblige à nous installer près des waters pour être sûrs d’avoir de la place, devant faire fi des 150 mètres qui nous séparent de la mer ainsi que des grosses mouches qui nous entourent, attirées par les doux embruns de la sanisette. Résultat, au bout de 5 minutes infernales, on va à l’encontre de tous nos principes gauchistes, et on se résout à payer le prix fort pour avoir, le temps d’une matinée, le droit de s’asseoir sur 2 transats et de s’abriter sous un parasol près de l’eau.

Tandis que j’installe les serviettes avec les microbes en ronchonnant contre ce système pourri, Mi Amor, lui, s’adapte bien vite et va demander une bouteille d’eau minérale à la réception de cette plage privée. C’est con, j’en ai une! me dis-je. Mais je comprends mieux son déplacement inutile quand je vois la nana de la réception… Je sens qu’il va avoir soif Mi Amor cet aprèm.

Une fois l’installation faite, il est temps d’affronter le fameux complexe du maillot de bain. Je m’enroule dans ma serviette histoire de camoufler le rôti mais malheureusement, l’un des microbes toujours dans mes pattes marche dessus et l’arrache par mégarde, dévoilant ainsi l’étendue des dégâts. Ceci étant fait, je réalise pourtant qu’il n’y a pas mort d’hommes, et que personne n’hurle ni ne s’évanouit. Je reste donc en bikini. Mi Amor me reluque alors du coin de l’oeil… (ne serais-je pas si dégueu finalement?) puis m’annonce que j’ai pris un énorme coup de soleil dans le dos en forme de triangle. Pourquoi les coups de soleil déjà tellement seyants ont-ils toujours une forme ridicule?! Ni une ni deux, Mi Amor a la solution et galope comme un cabri à l’accueil pour acheter à Sabrina Boys Boys Boys une crème solaire.  Quelle veine.

Une fois enduite d’écran total bien blanc et bien épais histoire que ma peau ne puisse pas l’absorber, je commence déjà à me lasser de faire la crêpe sur la serviette, tout ça pour seulement manger le sable que le mini microbe me balance à chacun de ses coups de pelle. Constatant avec satisfaction que tout le monde joue tranquillement et que Mi Amor est une fois de plus revenu tout guilleret de la réception après s’être acheté un sodoku (une nouvelle passion pour sûr), je décide d’aller me tremper tranquille sans personne.

Reste toutefois à affronter l’inéluctable traversée de la plage sous le regard des autres. Je respire un bon coup, me lève en hâte en gardant le dos rond et trace sur le sable jusqu’à la mer en regardant mes orteils et en serrant les bras le long du corps pour cacher autant que faire se peut ma culotte de cheval. Et là, face à la mer, j’oublie tout. Devant l’horizon, c’est comme si mon cul n’existait plus. Je deviens autre chose qu’une fille complexée, une mère fatiguée et une femme jalouse. Le monde est devant moi et il m’appartient. Je sens la paix m’envahir tandis que j’avance doucement dans l’eau fraîche, délicieusement bercée par les vagues et par la brise légère qui me caresse les ép…. Ho putain, une bande de sales gosses vient de m’asperger en gueulant comme des putois !!!!! Je me retourne pour hurler sur ces mômes sans parents et constate avec effroi que ces 3 morveux ne sont autres que les miens, trop contents de rejoindre leur mère dans l’eau et de lui gâcher sa putain de minute de calme!!!

Bon, je m’emporte. En fait, ils sont mignons. Ils sautent les vagues, font des figures, de préférence celles qui éclaboussent bien la tronche de ceux qui sont à côté quand même, et m’alpaguent toutes les 3 secondes par un « hey maman regarde!!! » (le 150ième du jour, au bas mot), auquel je réponds du tac au tac par un  « whoua!!! » bien rodé, le tout en faisant semblant de regarder, de un parce qu’en général, ces démonstrations ont une durée indéterminée (ni toi ni eux ne savent quand ça s’arrête), et de deux parce qu’on peut bien se l’avouer, leurs cabrioles n’ont souvent rien de mirobolant. Bref, je simule l’enthousiasme et l’admiration lorsque débarque la mini-mouflette, gros bidou dehors et p’tit slip à froufrou rentré dans la fesse, le cheveux en bataille dressé sur une tête que je devine derrière deux gros brassards jaunes fluo.

C est là que je réalise que finalement, je n’étais pas si mal avec les grands dans les vagues!  Car la petite a peur de l’eau et vient s’agripper à moi comme un bébé singe à sa mère, sécurisant le tout par un gros orteil qu’elle coince astucieusement dans ma culotte de maillot de bain, permettant ainsi à tous les gens sur la plage de voir l’un des objets de ma désolation et aux baigneurs de constater que mon rendez-vous chez l’esthéticienne commence à dater. Je la porte donc d’une main, l’autre tentant vainement de dissimuler mon blanc séant, le tout en me faisant briser les tympans par ses cris de sirène (de bagnole hein!) qu’elle déclenche à chaque vague. Et ça, bien sûr, sans cesser mes exclamations surjouées aux plus grands malgré une pesante absence de visibilité en raison des deux foutus brassards que je me mange dans la figure et qui viennent me lacérer la joue. C’en est trop, cette griffure de brassard. Je fais signe à Mi Amor de venir à ma rescousse, qui, non content de ramener la mouflette et ses airbags sur les serviettes, court lui acheter un bonbon à l’accueil où d’autres airbags l’attendent.

De mon côté, je décide de sortir de l’eau avec autant d’allure qu’il m’est possible d’avoir dans la mesure où je fais face à un superbe maître nageur tout en muscles qui semble me regarder… Je prends peu à peu confiance sous son regard insistant, alors je fais ma belle, cambre les reins, sors le peu de poitrine qu’il me reste et avance tel Jasmine Bleeth vers le rivage en priant pour qu’il m’ait vu avec mes 4 mômes et qu’il ait par conséquent un peu d’indulgence. Le type me mate, je le vois. De plus en plus ragaillardie, je rentre encore mon bide et réajuste mon maillot dans un geste sexy quand je l’entends jouer de son sifflet en me faisant des signes du haut de sa chaise haute. Je comprends alors qu’il me demande simplement de dégager car j’empiète visiblement sur la mer des riches d’à côté, et qui ont dû la payer plus cher que moi.

C est le coup de grâce. Je décide d’aller noyer mon chagrin dans des beignets au Nutella vendus à l’accueil et que Mi Amor s’empresse d’aller me chercher.

C’est tout vu. L’année prochaine, on part dans le grand nord.

La procession

L’autre jour, j’ai fait une procession. Si, si je vous jure! Et ceux qui connaissent mon agnosticisme à toute épreuve devineront sans mal à quel point ce programme a tout du plan micheline. On était en vacances, tranquilles en famille dans un petit bled de Toscane paumé dans les Alpes Apuanes, et on apprend par notre hôte qu’une procession traditionnelle est prévue le soir du 15 août. Ni une ni deux, et pourtant aussi peu catho l’un que l’autre, Mi Amor et moi, on se dit que cette petite sortie nocturne pourrait valoir le détour  et enseigner un chouille à nos païens de morpions quelques traditions, qui plus est dans un environnement peu commun.

 

Sans plus de détails sur l’événement, nous voici donc à 20h30 dans les rues de notre trou toscan en quête du démarrage du peloton, mais en vain. Pas un pelé ne rôde dans les parages. Tandis qu’on commence à se demander si on a été bien renseigné, on aperçoit tout à coup une jolie famille à priori locale et toute endimanchée se diriger dans une ruelle toute pavée et biscornue adjacente à la nôtre.

 

Rusés que nous sommes, on se dit qu’ils vont sans doute là où nous voulons aller, alors on décide de les suivre discrètos, convaincus qu’ils vont nous montrer le lieu de départ du cortège. Sauf que les braves gens suivent un chemin de plus en plus improbable. On continue pourtant de les suivre dans les rues tortueuses en faisant tout de même mine de flâner, quand on les voit entrer dans une maison devant laquelle semblent les attendre pour dîner papi et mami. Merde. En fait, ils ne vont pas faire la procession. Nous voila donc plantés comme des cons devant la baraque de parfaits inconnus, perdus au milieu de nulle part, perdus tout court en fait.

 

Sans nous démonter pour autant devant les gosses, on improvise une scène de visite touristique en essayant d’expliquer à nos mioches d’où vient cette plante, et ho! regarde un moustique, le tout en faisant demi-tour le plus imperturbablement du monde. Bref, nous sommes ridicules.

 

On finit tout de même par retrouver notre chemin ainsi que le lieu du départ qui n’est autre, je vous le donne en mille, que la place du village (hey fallait y penser!) où attend déjà une foule en délire d’au moins 20 octogénaires. On commence déjà à regretter notre élan éducatif. On se retrouve ainsi tous les 6 sur la place du petit village italien encerclés de vieux ritals authentiques à la peau tannée, nous, la petite famille de touristes parisiens blancs comme des culs, au teint seulement égayé par nos tongs fluo et coiffés de Rayban. Assis en rang d’oignons sur un petit banc de pierre, on attend le début des festivités…  L’air est chaud, les cigales chantent et les gosses sont chiants, un soir de vacances ordinaire en somme.

 

Pour passer le temps, notre grand ado gueule sur son frère qui rit comme une fouine, la petite hurle de peur en s’agrippant à moi comme un macaque dès qu’elle voit un chat passer (et il y en a une multitude), la moyenne fait la gueule parce qu’elle n’est pas assise à côté de moi, et Mi Amor boucle son niveau 1872 de Candy Crush.  Quant à moi, je me fais patiemment bouffer par les moustiques et gratte comme une galeuse mes mollets blafards constellés de boutons.

 

L’attente commençant à peser, je me lance pour motiver mes troupes dans une explication de ce qu’est une procession, ce qui pour une fille étant entrée au max 3 fois dans une église est plutôt ardu (ou comique, question de point de vue). Heureusement pour moi, les gosses n’en ont tous rien à foutre et je pars toute seule dans un monologue absolument pathétique sur la vierge Marie. C’est alors que se produit un événement inattendu, sur le moment salvateur mais qui au final m’a conduit à ma perte ce soir-là. Surgit de derrière des cyprès une troupe de majorettes élégamment vêtues d’un collant chair bien foncé, de bottines blanches , d’une jupette et d’une veste en velours bordeaux à galons, le tout sublimé d’un joli chignon avec son filet (visible, le filet).

 

Je suis dès lors prise d’une infinie  nostalgie lorsque gamine, mon rêve le plus cher était de devenir moi aussi l’une de ces reines de beauté et de grâce, représentant à mes yeux le summum de la popularité et de la réussite, l’idéal féminin, l’élégance originelle. Malheureusement pour moi à l’époque, ma mère, femme de goût et de caractère, m’avait toujours refusé cette passion pour d’obscures raisons de citadine.

 

Mes mouflettes par contre ont le malheur de tomber comme moi à leur âge dans le panneau des majorettes et trouvent du coup beaucoup plus d’intérêt à cette soirée procession dans la montagne. De suite, le programme du soir devient génial et les filles ne pensent qu’à suivre cet élégant cortège suivi de près par une fanfare endiablée et une foule de 20 personnes sortant de nulle part et portant  torches et bougies. La nuit est tombée, et la troupe passe devant nous sous les yeux ébahis de mes 2 petits microbes.

 

Les garçons eux, sont beaucoup plus stoïques face à ce déferlement d’oestrogènes et semblent continuer à se faire royalement chier. Mais comme les filles trépignent d’impatience en me tannant pour suivre les majorettes qui avancent fièrement à pas comptés, me voila intégrée de force au cortège, une gosse dans chaque main, tout ça pour leur permettre de toucher du doigt le rêve auquel je n’ai jamais pu accéder. Les gars, eux, tentent 3 minutes de se la jouer solidaires en nous rejoignant pour finalement déclarer forfait au premier marronnier quand ils aperçoivent de loin, là-haut, l’oratoire illuminé annonçant notre ligne d’arrivée et semblant accrochée à la montagne à plus de 4 km de là.

 

Moi, femme de parole, je ne me décourage pas et décide d’accompagner mes gosses au bout de leur rêve de twirling bâton et bottines fourrées et suit donc le groupe qui commence à gravir la montagne en remontant à la lueur des quelques bougies la route escarpée. Au fond de moi, je vous avoue que je compte quand même largement sur le fait que les gamines vont vite se lasser de cette promenade, surtout que les majorettes semblent manquer d’inspiration niveau choré, que la fanfare est plutôt timide et que notre  marche est régulièrement interrompue par un arrêt de tous dicté par le prêtre qui déclame alors des prières en latin. On se croirait dans la surboum vénitienne d’Eyes Wide Shut, mais en plus habillée.

 

Au bout de 10 minutes de marche mystique, les gosses sont malheureusement toujours au taquet et je commence à vraiment regretter cette idée foireuse. Je jette un oeil à ma petite, pleine d’espoir de la voir épuisée, et là je me rends compte avec stupeur que la môme marche pieds nus. Je l’interroge en panique pour savoir où sont ses foutues claquettes Reines de neige et elle me répond sereine que ses tongs sont sur le banc dans le village. Normal quoi. Je lui suggère alors habilement que cela marque sans doute la fin de notre délicieuse expédition, mais je fais face à une résistance de tous les diables et abandonne, lâchement.

 

Mère courage (mais faible), je n’ai donc pas d’autres choix que celui de la porter à bout de bras et de suivre le cortège, soumise. Sauf que la gosse mange bien et pèse facile 15 bons kilos, que je me coltine encore un quart d’heure qui me semble une éternité. Je ne cesse pourtant de leur glisser ça et là des messages subliminaux aussi subtils que: « vous êtes sûres les filles que vous voulez continuer ? Dites vous qu’il va falloir rentrer!! D’autant qu’il fait vraiment nuit ! » Car oui, sans doute ne le réalisent-elles pas mais les 6 bornes qu’on vient de se taper dans un sens, bah va falloir se les manger pour rentrer à la maison!

Mais les filles persistent.

 

Je fatigue sérieusement et aussi, je dois l’avouer, je m’emmerde grandement, et je me demande si on va s’arrêter un jour de monter.  Etonnée que les mômes n’aient toujours pas abandonné, je le suis aussi face à la petite vieille qui nous précède, une frêle petite mamie fripée gravissant avec pugnacité la montagne… Une femme sèche et usée par la vie qui doit vivre dans ce village perdu à l’année et qui me touche profondément par le courage et la beauté que les vieux ont parfois.

 

Tandis que j’admire cette femme solide en faisant semblant d’écouter les filles encore branchées en boucle sur leurs majorettes à 2 sous et débattant avec conviction sur l’existence ou non de talons sur leurs bottines, nous sommes toutes trois sorties de nos rêveries par des bruits suspects et un odeur nauséabonde. Je comprends vite que la responsable de ce fumet est ma brave mama qui pense fermer le cortège et nous lâche innocemment des chapelets de prouts tel un feu d’artifice célébrant la vierge Marie. Les filles éclatent de rire et sortent de leur hypnose grâce à cette vieille incontinente réalisant enfin que c’est long quand même cette affaire. J’en profite pour leur proposer de faire demi-tour, proposition qu’elles acceptent enfin dans un oui salvateur.

 

Evidemment il nous aura fallu une bonne heure pour redescendre toutes les 3 la route, dans le noir et seulement éclairées par la lampe torche de mon portable tenu par ma va-nu-pieds que je me suis coltinée sur le dos tout le long du chemin et qui m’a pété le tympan en pleurant car une fois sortie du cortège, elle a eu peur de la nuit et du cantonnier édenté un peu louche qu’on a croisé sur le chemin.

 

Je vous rassure, arrivées au village, on a retrouvé notre banc, nos hommes et les tongs et on a filé se taper des bonnes pasta pour oublier nos misères et nos ampoules.

 

Maintenant va quand même falloir que je ponde une excuse bidon pour que mes microbes arrêtent de me tanner pour devenir majorettes.