Category Archives:Mi rage (Micheline rêve…)

Ma vie rêvée d’auteur

Amandine Avril, c’est tout de même mieux que Micheline, vous ne trouvez pas?
C’est en tout cas le nom que j’ai choisi quand un éditeur a cédé à mon chantage en acceptant de publier mes chroniques il y a 2 ans.

Avec ce pseudo, je voulais assurer la préservation de ma vie privée face à cette promesse de notoriété. Parce que voyez vous, lorsque j’ai signé mon contrat, j’y ai vraiment cru.

Malgré une humilité de façade en mode « ne nous emballons pas les gars, c’est une petite maison d’édition et c’est publié en très peu d d’exemplaires… Si j’en vends un à ma mère et un autre à ma belle-mère, ce sera déjà le bout du monde », ça bouillonnait en moi. Je m’imaginais déjà monter les marches à Cannes ! (rho c’est bon, je sais bien que ce n’est pas pour les bouquins mais dans les trips mégalos d’égarement, tout est possible non? )

Bref. Sous la douche, je m’y croyais déjà. Mon pommeau (toujours bien utile celui-là) est devenu un oscar et dans mon discours, j’ai remercié tout ceux qui ont cru en moi et particulièrement Miamor et nos grelots, mes sources d’inspiration …

Mon attaché de presse et moi allions faire des miracles et transformer la brave Micheline en un best-seller. Marc Levy n’avait qu’à bien se tenir ! J’allais passer chez Pivot et me faire démonter chez Ruquier (au sens figuré cela va s’en dire), avoir des articles dans toute la presse, dépasser les 500 000 ventes, devenir la meilleure pote de Rihanna, la marraine du 12ème mouflet d’Angelina Jolie, jouer les ambassadrices pour la paix à l’ONU et peut-être ensuite, après mon 3ème roman traduit dans 75 langues, déménager à LA et lancer ma ligne de soutifs pour filles plates. Bref j’avais un boulevard devant moi.

Et puis rien ne s’est passé.

Le livre paru, ma mère m’a appelée furax parce qu’elle ne le trouvait nulle part, qu’il fallait le commander, qu’est ce que c était que ce bazar non d’une pipe en bois. Alors pour stimuler la vente en ligne, je suis allée pleurer auprès de mes potes pour qu’ils mettent des commentaires positifs sur internet à propos de mon livre. Mais encore fallait-il qu’ils l’aient lu! Sans référence donc, j’ai dicté le commentaire à mon petit neveu et lui ai refilé un bifton pour le dérangement.

Mon soi-disant attaché de presse s’est quant à lui fait la malle. Ou plutôt, j’ai compris qu’il n’avait jamais existé et était sans doute la même personne que le directeur, l’éditeur, le comptable, le secrétariat et peut-être même le livreur de ma grande maison d’édition, et que ce même individu était, on peut le comprendre, bien occupé et n’avait pas que ça à faire de promouvoir mon fichu bouquin.

Histoire d’essayer d’en vendre quelques exemplaires tout de même en dehors du cercle familial, j’ai appelé toutes les librairies de France et de Navarre pour leur proposer des séances de signatures. En principe les librairies aiment ça nan? Bon ben là, je ne devais pas être la seule sur le coup et sans doute pas la plus bankable car ça a été un échec cuisant.

Mais heureusement, un soir de novembre, suite à une annulation d’un vrai auteur, on m’a proposé de venir à l’arrache le lendemain pour pas avoir à démonter la table qui avait été installée pour l’occasion.

Vous pensez bien que je n’ai pas tergiversé, oubliant toute forme de stratégie pour me rendre un tant soi peu désirable et ravalant ma fierté en accourant comme un brave toutou qu’on siffle.

Je me suis toute pomponnée pour l’occasion, comme si les gens allaient davantage acheter mon bouquin parce que j’avais mis du fard à joue, et suis arrivée toute excitée à la première heure dans la boutique. Les libraires avaient même réussi à bricoler rapido un grand panneau promotionnel avec la couverture de mon livre et mon nom d’artiste qu’on voyait de loin. Mais… alors trop rapido sans doute parce qu’ils se sont gourés dans mon nom, me rebaptisant Amandine Lavril, sûrement pas en hommage à mes origines bourguignonnes où chaque nom propre se voit affublé d’un déterminant. L’Amandine s’est donc sentie un peu humiliée. Et ce n’était que le début de sa désillusion.

Tandis que certains écrivains causent des embouteillages en gratifiant leurs lecteurs de 2 heures de présence, je me suis presque tapée les ⅜. Sans pause déj, non-stop de 7h à 20h. Même pas un casse-dalle et seulement 2 livres vendus.

J’ai pourtant essayé de capter le regard des gens qui passaient devant moi, en leur offrant mon beau sourire de concessionnaire Citroën jusqu’à ce que je me fasse fusiller du regard par une mamie au bras de son homme parce qu’elle a cru que je lui faisais du gringue, me narguant même d’un  » et bien vous les emmerdez peut-être les femmes parfaites, mais moi j’en suis une! Et mon mari est comblé merci! »

Du coup j’ai tiré la gueule et un trait sur ma carrière de commerciale.

Pendant ces longues heures d’attente au cours desquelles je n’ai même pas osé regarder l’heure sur mon téléphone au risque de louper un client, j’ai eu à faire face au dédain des passants, me méprisant comme une vulgaire étagère de livres indignes de leur intelligence suprême. D’autres parvenait à me regarder, mais de loin alors, avec méfiance, comme si j’allais leur sauter dessus et leur coller ma feuille de chou dans les mains ou pire, leur vendre un abonnement à vie à France Loisirs.

Heureusement, vers 16 heures, un grand mec s’est approché de moi l’air avenant. Pour honorer cet élan de confiance, je me suis immédiatement levée prête à parler de Micheline et de ses origines et réfléchissant déjà à la dédicace que j’allais pondre pour lui témoigner ma reconnaissance éternelle… rapidement envolée lorsqu’il m’a demandé, mais vraiment il n’aime pas faire ça, si j’avais pas un euro ou deux à lui filer pour qu’il puisse acheter son jeu vidéo.
Micheline dans toute sa splendeur. Se faire taxer par un punk à chien lors de sa seule et unique séance de dédicace.

Après l’avoir remballé (faut pas déconner quand même), je me suis assise en jouant discrètement à Pet Saga, me demandant ce que je foutais là tout en continuant à affronter la valse des regards condescendants des clients.

C’est là qu’une jeune femme s’est approchée de moi! Mon coeur battait la chamade. J’y croyais vraiment cette fois. Elle avait l’air intéressé. Et elle l’était … par le dernier bouquin d’Aurélie Valogne qu’elle n’arrivait pas à trouver dans les rayons, raison pour laquelle elle venait me demander de l’aide. Je travaillais bien là nan?

Bref. Je ne pensais pas avoir à l’admettre mais heureusement que j’ai croisé ma voisine préférée ce jour-là. Elle qui était venue pour acheter un essai du professeur Ghurihandkowski sur les dérives de la médecine nucléaire, elle m’a acheté 2 exemplaires pour ses belles soeurs qui aiment ce genre de « littérature » m’a-t- elle gentiment expliqué en marquant bien les guillemets autour du mot littérature la P.. Biiiip. S’empressant d’ajouter : « Et inutile de mettre un ptit mot, de toute façon, personne te connaît ! »

Cette journée a brisé mes rêves de gloire mais a eu le mérite de me faire reconsidérer la proposition d’interview que j’avais reçue il y a peu de Radio Mirabelle, reine des ondes en Lorraine.

A moi le succès.

Le confinement

09 mai 2020.

Drôle de période dites donc qu’on vient de se taper là…. Et alors que les héros du quotidien allaient au front, ou que des familles galéraient avec des mioches hyperactifs dans leur studette, moi Micheline, je dois bien avouer que j’ai tout simplement télé-travaillé dans mon pavillon de banlieue. Pas de quoi fanfaronner donc ou faire de ces 2 mois une période productive.

C’est vrai quoi! Quand tu bosses pas à l’hosto, au supermarché ou dans un entrepôt d’Amazon, bah… tu dois trouver de quoi t’occuper !

Certains se sont lancés dans des défis sportifs quotidiens histoire de se bâtir un bikini body et frimer avec leur cul en béton lors de leurs prochaines vacances d’été 2037.

D’autres se sont reconvertis en artisans boulangers et ont concocté des petits pains mignons comme tout alors que les boulangeries n’étaient pas fermées que je sache… Encore une affaire de quête de la miche parfaite quoi.

J’en connais aussi qui se sont découvert des talents cachés d’aquarellistes et qui même avec de la peinture à doigts volée à leur rejeton ont réalisé des chefs d’oeuvre dignes d’être exposés au musée.

En ce qui me concerne, je ne peux pas dire que cette période ait été marquée par la découverte d’un quelconque don enfoui. Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de le trouver !

J’ai d’abord mis la barre haute et fait la meuf badasse en bravant les dangers d’un monde malade en allant faire mes courses au Carrouf du village… Pas de bol, dans la file d’attente du parking, sagement rangée comme dans un concours international de dominos, je me suis fait des ennemis lorsque je me suis mise à tousser et moucher comme une tuberculeuse en phase terminale, immédiatement diagnostiquée covid-positive par le mec de la sécurité qui a dès lors refusé de me laisser entrer dans le magasin. Comment le convaincre que ces quelques quintes glaireuses n’étaient en réalité dues qu’à mon allergie au bouleau à côté duquel je m’étais garée!

J’ai aussi tenté de faire ma petite femme d’intérieur, prenant presque goût à ranger la maison et épousseter le moindre recoin. Et je ne ne vous raconte pas comme nous étions à jour question linge sale!!! Le seul hic, c’est que visiblement, au fil des dernières semaines (et donc des machines) tous mes futes sont devenus trop petits. A mon avis, avec ce confinement, l’eau est moins calcaire et ça fait rétrécir les fringues au lavage… non? A moins que ça ne soit nos fréquents petits encas ? Ou bien les 8 apéros par jour avec Miamor ?

On s’est également lancé dans les apéros virtuels! C’est sûr que c’est sympa ! Sauf avec nos parents qui n’ont pas trop compris que ce n’est pas flatteur de tenir le téléphone collé au visage, qu’on n’entend pas forcément mieux ce qu’ils disent surtout quand ils hurlent comme dans un porte-voix et qu’il ne suffit pas de secouer le téléphone en disant en boucle « et là tu m’entends? » pour améliorer leur réseau internet.

Puis il y a les potes, qui ont toujours des petits apéros délicieusement gourmands que tu ne peux même pas goûter. Alors que toi, Micheline, tu restes là, sur ton canapé, à te taper une crampe de bras parce que le droit, bien tendu, porte le téléphone suffisamment loin de ta gueule pour pas qu’on voit que tu n’as pas fait tes racines depuis un bail, l’autre bras essayant tant bien que mal de ne pas faire tomber ton ballon de rosé. Tu attends patiemment que Miamor te fourre une chips premier prix dans le bec (seul truc qui n’était pas en rupture au Drive) en bavant devant les tapenades et fromages ramenés du marché par tes potes confinés dans leur charmante maison de famille d’un petit village de Provence.

A l’inverse, j’ai d’autres amis qui ont l’air de se faire encore plus chier que nous et nous invitent tous les jours pour l’apéro … Et ben là vous voyez, confinement ou non, faut quand même se décarcasser pour esquiver ces rendez-vous parce que la liste des excuses bidons habituelles n’est pas utilisable ! Il est donc nécessaire de faire preuve d’inventivité. Autant vous dire que je suis devenue un mystère pour la science avec mon coronavirus que j’ai déjà chopé 3 fois…

On nous avait aussi annoncé que cette période serait propice à la fête du slip! Mais ça, c’est sans compter plusieurs obstacles… Les gosses déjà. Tout le temps dans tes pattes. Sans rythme et donc totalement imprévisibles. Puis aussi, on peut bien se l’avouer, on est tous un peu moches en ce moment… Y a bien qu’à Kho Lanta que les nuits de merde, l’absence d’hygiène, d’épilation, de coiffeur ou de maquillage rend les gens plus canons. Donc question désir, faut quand même se motiver un peu… Et là on s’est dit: qu’à cela ne tienne, une petite douche, on se pomponne, lumière tamisée et hop séduction comme au premier jour! Et ben nan. Parce que ton putain de chauffe-eau a décidé de tomber en panne 2 jours après le début du confinement et que ta libido n’est pas grand chose face à ta haine des douches glacées. Abstinence donc.

Quoi d’autre… Ha oui ! j’ai tenté malgré moi de devenir prof de math. Mon ado ne comprenant rien à ma pourtant si brillante explication du théorème de pythagore, j’ai finalement pris les choses en main et torché son DM de math les doigts dans le pif. Mais j’ai rapidement déchanté quand j’ai appris sur Pronote qu’on avait eu qu’un minable 10,5 sur 20 ?! En 4ème…

De tentatives avortées en expériences pourries donc, je me suis ennuyée. J’avais déjà tenté trop de choses sans succès et les journées commençaient à devenir sacrément longues… Du coup, j’ai tanné Miamor pour qu’il me laisse lui couper les cheveux et réalise ainsi mon rêve de petite fille. Grossière erreur… On aurait du faire un pacte d’abord … ça aurait éviter qu’il demande le divorce lorsque j’ai ripé au dessus de son oreille gauche avec la tondeuse, lui offrant pourtant une chance d’arborer une coupe de footballeur lillois professionnel. On aurait aussi dû mieux écouter les infos. Ca m’aurait évité de me lancer dans une nouvelle carrière le week-end précédant la réouverture des salons de coiffure et sonnant aussi de la fin de son télétravail.

Voila comment j’ai totalement foiré mon confinement. Et vous?

Vis ma vie d’auteur

Je dois dire que je suis plutôt contente.

Déjà, quand Micheline a pu être publiée, je trouvais que j’avais une chance de dingue. Dans ma douche, je me suis rêvée acclamée par une foule de lecteurs en délire, la chemise déchirée par des fans amoureux de mes mots, de mon esprit si fin, de mon style fluide…

Et puis, en me brossant les dents (assez vite donc), les doutes sont venus.
« OK, Micheline. Là, tu te la racontes, tu en parles à tout le monde de ce bouquin, tu fanfaronnes autant que quand t’as eu tes règles à 14 ans. Mais attends un peu de voir après la sortie, quand les quelques potes qui auront fait l’effort d’aller dans une librairie pour te trouver reviendront bredouilles en te disant qu’ils ont du le commander, car le libraire ne connaissait pas ».

Et puis le livre est sorti, et étrangement, il était dans pas mal d’endroits. Sur les tables des nouveautés à la Fnac, Cultura ou autres grandes enseignes, Micheline a côtoyé les plus grands : Marc Levy, Virginie Grimaldi, et même Brigitte Lahaie et son bûcher des sexes… Micheline quoi ?!

Du coup, j’ai décidé de jouer le jeu. J’ai essayé de faire comme les vrais auteurs : j’ai listé consciencieusement les libraires du coin, pris mon petit téléphone et les ai harcelé pour qu’ils acceptent de me recevoir pour une séance de signatures… Bon, OK. Les vrais auteurs, on les invite et on les paie pour ça. Mais faut bien commencer nan?

Sans surprise, beaucoup n’ont pas donné suite… Pas mal ont demandé à recevoir le livre avant afin de se décider (et n’ont donc pas donné suite), et quelques rares inconscients qui avaient quelques dispos entre le 15 juillet et le 15 août ont accepté de m’accueillir.

Autant vous dire qu’à la veille de ma première séance de dédicaces, j’ai pensé me dégonfler en invoquant une allergie à une piqûre de moustique-tigre, mais Mi Amor m’a poussée à aller au bout de mes rêves, d’autant qu’il voulait que je lui libère le salon parce qu’il avait prévu de se faire une après-midi sans ma pomme à jouer peinard au nouveau Mario.

J’y suis donc allée, la peur au ventre mais le stylo bic en poche. Comme il fallait s’y attendre, j’ai d’abord trouvé le temps long. Y avait pas foule. J’ai regretté de ne pas avoir pris un sodoku ou deux. Mais, vaille que vaille. Je me suis transformée en vendeuse sur les marchés, essayant de convaincre le chaland d’acheter ma machine à couper les légumes, euh… mon livre. Et j’ai réussi les gars!! J’ai même croisé des gens super bienveillants, qui se sont racontés, d’autres qui se sont intéressés à ce que je faisais, à qui j’étais.
Une vraie cure d’egotrip !

Alors, merci tout le monde.
D’avoir acheté #jemmerdelesfemmesparfaites, d’en avoir parlé autour de vous, d’avoir joué les grands reporters dans tous les magasins de France et de Navarre, de m’avoir permis de tenir un stand Micheline dans votre boutique…
Elle est vraiment chouette, cette aventure 🙂

Micheline publiée !

Chers tous,

vous vous demandiez ce que je pouvais bien fabriquer ces dernières semaines… (ok, ces derniers mois …?!). Et bien voilà, vous avez la réponse: je vous préparais une petite surprise.

Après avoir menacé de mort tous les éditeurs de France et de Navarre (ça c’était long), proposé de vendre mon corps pour obtenir leurs faveurs (ce fut nettement plus bref), et même pris en otage leurs familles pour les faire chanter, j’ai enfin réussi ! Vous allez pouvoir très très bientôt retrouver mes chroniques (que vous connaissez mais aussi des inédites) dans un joli livre, avec de vraies pages, un numéro isbn et un code barre tout ça tout ça.

Prudence toutefois. Comme le succès me donne le vertige, j’ai décidé de vivre cette aventure incognito, sous le pseudo d’Amandine Avril.

Micheline, elle aussi, a décidé de faire sa mijorée et n’apparaîtra pas dans le titre.

Pour le reste, que dire à part que je compte sur vous le 23 mai, et même avant en précommande, pour vous offrir « J’emmerde les femmes parfaites » que vous trouverez sur internet ou en librairie un peu partout.

Et pour ne rien louper de la suite de mes aventures, suivez ma page facebook mégalo @amandinavril

Quant à moi, je reviens très vite avec un jeu concours et de nouvelles chroniques 🙂

 

 

Le festival de rock

Hier, j’ai accompagné Mi Amor à un festival de rock dans lequel lui et son groupe faisaient un concert. Même si c’était un festival hyper underground rock à la limite du hardos, je trouvais ça marrant de profiter de leur accès à toutes les coulisses et de les suivre partout comme une VIP (ou plutôt comme un toutou, mais VIP ça fait mieux). A moi le backstage, le sexe, la drogue et le rock’n roll !!!

 

Quand on arrive tous les 5 sur place, les organisateurs trop cool nous remettent le graal, une sorte de badge en collier à porter tout le temps comme preuve de notre privilège d’être un peu des stars (ou tout au moins des pièces rapportées parasites en ce qui me concerne).  Peu importe, pour moi, c’est la décoration ultime ! J’ai l’impression de recevoir la légion d’honneur quand on me le remet!

 

Tandis que j’admire mon précieux trophée facilement gagné, on voit arriver au loin une grosse camionnette noire rutilante aux vitres teintées… LA bagnole de stars. Elle s’arrête juste devant nous et en descend une ultime bombasse, puis une deuxième, puis une troisième et une quatrième.  Quatre sublimes blondes platines au maquillage gothique et lookées comme des reines de la nuit : collants résilles, short ras-le-bonbon déchiré ou pantalon de cuir ultra moulant, et le fameux débardeur taille xxxxxxS laissant entrevoir nombril percé, tatouages sataniques et abdos bétons  ou bien le débardeur xxxxxxxL qui tombe négligemment sur leur épaule pour dévoiler les 3/4 de leur soutif.

 

Bon, entre nous, je vous parle de reines de la nuit, mais pour tout vous dire, je les trouve effroyablement vulgaires ces espèces de canons à la star attitude savamment travaillée. Elles sont pourtant inconnues dans la discothèque de Micheline… Je ne vois même pas qui c’est. Mais j’apprends que ce sont LES stars du festival. On les appelle… les Barbies Crucifiées. Mouais. Jamais entendu parler. J’aurais plutôt parié sur les Misfits d’ailleurs.

 

Elles se fendent d’un bonjour à l’équipe, et nous font même  l’aumône d’une bise. Enfin, d’abord aux mecs évidemment à qui elles sourient en faisant glisser leur bretelle de push-up (bitch va). Quant aux nanas …(ha ben en fait y a que moi) elles se baissent très ostensiblement pour être à ma hauteur  et me font la bise en se parlant entre elles dans une langue de blondasses. C’est aussi humiliant que si j’étais Sim et que je défilais torse poil à côté de Brad Pitt. Juste leur faire une micro bise sous les yeux de Mi Amor est un supplice : les Barbies Crucifiées versus Micheline, dérivée d’Anne Roumanoff version naine et boudinée dans son jean bleu la Redoute, son petit t-shirt blanc de vierge effarouchée et ses converse proprettes.

 

Apres cette courte mais pénible humiliation, on apprend que ces bitch, pardon blondes, sont  fatiguées de leur voyage de 3 heures en avion en première classe. Ni une ni deux, mes 4 acolytes musiciens, cons comme des ânes, se proposent de vider la voiture de leurs matos. C’est vrai quoi, nous on est juste partis à 4 heures du mat, on s’est tapé les bouchons, on a mangé sur l’autoroute un infâme jambon à l’os trempant dans un jus de coquillettes, et on est arrivé puants et nases à ce festival il y a tout juste 10 minutes sans même avoir eu le temps de poser nos valises ni même de pisser mais pas de problème les grogn… pardon blondes, on va vous aider!

 

On se met donc tous à sortir leur matos de la camionnette. Au début, elles font mine de participer, au moins pour ramasser une cymbale par terre ou sortir un câble, le tout en profitant de se baisser pour cambrer le dos et montrer leur croupe bombée à la perfection dans leur legging en skaï. Ca doit transpirer à mort là-dedans, c’est certain. Mais ça bien sûr, les mecs s’en foutent royalement! Le bassiste qui nous accompagne semble hypnotisé par ce voluptueux spectacle et en sortant une guitare du coffre sans regarder ce qu’il fait, forcément, me fout le manche dans la tronche. Faut-il que je porte moi aussi un pantalon en cuir plastifié pour être un peu considérée ? En tout cas, pour l’instant, je ne porte que leurs grosses malles de merde pendant que les mecs sont tous occupés à mater les fessiers de ces sal…, pardon blondes.

 

Je commence à bougonner dans mon coin… C’est vrai quoi ! S’il suffit d’un look et d’une attitude pour recevoir un peu d’égard, pas de problème ! Je peux me tatouer de partout pour cacher mes vergetures, mettre une gaine sous mon shorty, et piquer le  t-shirt mickey de ma gosse de 4 ans pour montrer mon nombril !!!! Bon ok. Oui. Et aussi acheter un push-up ultra rembourré et arrêter de manger pendant plusieurs semaines… Cela dit, ces pou…, pardon blondes, doivent ne rien bouffer pour avoir ces corps !

 

C’est l’heure de grignoter avant le concert justement. Les mecs se sont déjà fait enlever par les organisateurs à l’intérieur de la grande tente qui sert de cantine aux musiciens. Moi, je m’apprête à les rejoindre précédée des quatre Barbies Crucifiées.

Devant l’entrée de la tente, un gros malabar veille à ce que n’entre pas dans cette tente privée qui veut. Seul les VIP munis de leur précieux coupon y sont autorisés. Les rad…, pardon les Barbies Crucifiées, passent devant lui une à une pour entrer sans encombre, il fallait s’en douter. Le type est en extase devant ce quatuor qui tortille de la miche et semble tout droit sorti de Mad Max. Moi, je les suis de très près. Je les déteste toujours bien sûr, mais je compte bien profiter de ce moment d’égarement de la sécurité pour entrer tranquillement. Sauf que non ! Après Mad Max, voici Joséphine Ange Gardien! Le molosse en sort même de sa léthargie, la vision de ma pauvre personne ayant dû le ramener à sa triste réalité. Du coup, il se souvient qu’il est vigile et me demande ma saleté de coupon d’accès que j’ai bien sûr perdu en jouant les bagagistes tout à l’heure. Tandis que mes 4 sorcières s éloignent sans un regard, je tente de lui expliquer que je suis avec elles, mais étrangement il ne me croit pas et alerte la direction qui vient au bout de 10 minutes vérifier que mon nom est bien sur la liste, encore faut-il que je leur montre ma carte d’identité. C’est vrai, on ne sait jamais, je pourrais avoir envie de braquer la cantoche et embarquer dans la violence le dernier plat de quenelles!! Merde alors!! J’en suis réduite à vider mon sac pour trouver ma pièce d’identité périmée depuis 2 ans et à devoir me justifier tout ça pour avoir le droit de bouffer du poulet froid et un oeuf mayo au milieu de musiciens affamés ??!!!

 

Enfin, affamées, elle doivent l’être à chaque seconde ces bitc.. pardon blondes,  épaisses comme mon dernier compte-rendu de réunion! Sûre que ces nanas-là ne vont pas prendre ma part. Et facile d’être aussi bien foutue quand on ne mange que de la salade!!!! Moi, j’ai enfin pu rentrer, les Morticia ont disparu (sans doute parce qu’elles ont déjà terminé leur feuille de laitue) mais je vois Mi Amor et ses potes un peu plus loin. Je me sers en vitesse un bon gros plat de frites et nuggets accompagné d’une bière (puisque de toute manière, je n’ai pas de shorty et mon pantalon La Redoute est extensible) avant de les rejoindre. C’est là que j’entrevois 4 têtes à coiffer assises un peu plus loin, attablées avec une bière elles aussi, et des énormes assiettes pleines de frites surplombées d’un gigantesque burger aussi gros que gras. Ca me coupe l’appétit tiens.

 

Après cet épisode plus efficace qu’un mois de slim-fast, les vrais gens importants qui sont là pour quelque chose (c’est-à-dire tout le monde sauf moi) vont se préparer pour les concerts du soir. Les Barbies Crucifiées, elles, ne jouent que demain. J’ai donc l’infini privilège de pouvoir venir backstage à leurs côtés pour regarder Mi Amor et son groupe performer.

 

Tandis que je regarde les mecs brancher leur matos (les espèces de p…pardon les blondes, à côté de moi, parlent une langue nordique que seules les blondes canons doivent connaitre), Mi Amor sur scène se penche vers moi pour me dire qu’ils ont oublié la bande qui doit faire un chœur sur plusieurs chansons. Au fond de moi, je me dis que Mi Amor m’en parle parce que je chante plutôt pas mal, que je connais parfaitement leurs morceaux, et qu’il me tend une perche pour savoir si je peux les dépanner et monter sur scène avec eux !!! Je ne l’écoute déjà plus… je me vois sous les projos,  encensée par la foule en délire. C’est peut-être là l’occasion de commencer une nouvelle carrière autre que les soirées karaoké ?! Je m’apprête à accepter, frôlant déjà mes plus délirants rêves d’adolescentes, quand je vois Barbie Crucifiée en chef monter avec eux sur la scène. Mi Amor est déjà reparti, et donc, apparemment je suis la seule à avoir pensé à moi-même pour chanter.

 

Elle connait même pas les morceaux qu’on m’explique ! C’est encore l’effet pantalon de cuir moulant, c’est ça ?? Remarque, ils ne prennent pas de risque. Au pire, elle se vautre (pitié… faites qu’elle se vautre), ça fera au moins plaisir aux yeux de la moitié des spectateurs, à défaut de satisfaire leurs oreilles.

 

Le concert commence. Et Micheline est bien obligée de reconnaître que cette nana chante comme une déesse. Comme si ça ne suffisait pas d’être une bombe, et d’avoir une classe de dingue en jouant de la guitare (oui, elle joue aussi de la guitare). C’est clair que moi sur scène, j’aurais eu le charisme d’une moule et l’aisance d’un gosse de 3 ans à l’Ecole des Fans. Mais là, que vois-je… Ne prendrait-elle pas un peu ses aises cette chienne… pardon chanteuse ? Elle jette des œillades à Mi Amor qui joue pas loin, et voilà qu’elle vient jouer à côté de lui, se tortiller devant lui dans un orgasme musical !? Il faut que j’agisse. Que je montre à Mi Amor que je  ne suis pas une nonne perdue au milieu du HellFest ! Pas besoin d’un soutif déchiré, d’un cul de mannequin et d’un look à faire frémir Marilyn Manson! Je repère un mignonnet dans le public pas loin de moi et décide de tenter une approche pour discuter, juste pour que Mi Amor nous voit rigoler de loin.  Mais je sens un bras sur mon épaule, ou devrais-je dire un poids mort. Il appartient à une espèce d’épave bourrée comme un coing qui s’accroche à moi juste pour ne pas tomber. J’essaie de m’en décoller mais il s’accroche et mon petit mignon a disparu. Je devine Mi Amor sourire de plaisir.

 

A la fin du concert, je suis couverte de bière que le pauvre type imbibé m’a renversé dessus en tanguant scotché à moi comme un naufragé s’accroche à une bouée. J’en ai le mal de mer. Les gens affluent de partout. C’est un succès. Malgré une immense jalousie, et un certain agacement de cette soirée où je ne trouve pas ma place, j’ai un regain de fierté de connaître le groupe…  Ca me détend même un peu, et les effluves de bière aidant peut-être, je commence à discuter avec les Barbies restées sur le carreau avec moi en baragouinant une langue que seuls les amateurs de bières au litron connaissent. Le pire, c’est qu’elles sont sympa ces conn… pardon, ces blondes.

 

C’est là qu’on est interrompu par un groupe de nanas en délire, qui, étrangement, ne s’adressent qu’à moi… Aurais-je trop abusé de la bière moi aussi pour que mon esprit en quête de reconnaissance me joue des tours? Pensent-elles ces braves fans que je suis l’agent d’un des groupes ? Ou peut-être même qui sait que je suis la cinquième Barbies Crucifiées qui a juste oublié sa tenue de scène ? Plutôt flatteur tout ça finalement…

Ha non. Elles me tendent une dizaine d’appareils photos et filent poser, bras-dessus bras-dessous avec leurs idoles… les Barbies Crucifiées.  Les vraies. Les bitch. Pardon les blondes.

 

Pour une fois que j’ai le droit de prendre une photo…