Category Archives:Mi-temps (Micheline au boulot)

Au revoir Président !

Alerte journée de merde ! Ca a commencé avec un de ces matins qui chantent : la BO de l’Exorciste comme réveil en musique grâce au portable de Miamor, suivie d’une glissade sur ses chaussettes qui traînaient près du lit. Heureusement que je me suis rattrapée au vélo elliptique juste à côté. Pour une fois qu’il sert à quelque chose celui-là! Puis capsule bloquée dans la cafetière, comme si le truc me guettait pour déconner uniquement quand c’est moi qui m’en sert, un peu comme quand mon ordi plante, que j’essaie de le rallumer mille fois, en vain, et qu’il se décide à fonctionner juste au moment où j’explique mon problème à l’informaticien qui vient de se déplacer exprès pour moi.

Ensuite, la petite a décidé de traîner pour se préparer, comme toutes les fois où on est à la bourre en fait, voulant changer une à une les fringues préparées avec soin la veille, parce que ça gratte, parce que c’est trop petit, parce que ça serre, parce que ça glisse ou parce que c’est moche.

On a commencé à être vraiment en retard lorsqu’on s’est mis à chercher pendant près de 10 minutes une paire de chaussettes non dépareillée et à sa taille (mission impossible donc) pour finalement se rabattre sur les nus pieds, et c’est là que la gosse a marché sur une flaque de croquettes prémachées au poiscail que le chat avait due vomir sur le nouveau tapis cette nuit… A nous la douchette de pieds et le ménage de bon matin histoire de bien me faire puer la truite déshydratée puis régurgitée par un chat boulimique.

Une fois dehors : canicule. Le genre de chaleur qui te fait revoir tes fantasmes d’été. Celle où tu sues de tous les recoins de ton corps, où même ta peau gratte et te tient encore plus chaud qu’une vieille couverture en laine de chez mémé.

Mais je continue mon parcours matinal. Arrivée à la gare RER, bang : grève inopinée sur ma ligne. Cherchez pas à comprendre, le terme « grève juste pour te faire chier » prenait trop de place sur l’écran de contrôle. Va savoir, les mecs de la sncf ont aussi dû avoir leur chat qui a gerbé sur leur moquette ou bien ont perdu leurs chaussettes. La tuile de trop quoi. Et moi je vais vraiment être à la bourre au boulot.

Alors que j’arrive dans l’ascenseur du bureau avec l’impression d’avoir vécu 2 journées entières sur un camp d’entrainement pour marins (à lire avec l’accent : « meuriiinss »), trempée de la sueur de tous les gens de mon wagon, je reçois une notification du collège m’annonçant une heure de colle pour mon ado de fille. Elle n’a pas perdu de temps la môme pour une reprise à 8h30. Lassitude.

J’arrive enfin au taf et retrouve mon bureau en immense bordel, comme si une bombe avait explosé et éparpillé des feuilles volantes un peu partout. En réalité, c’est juste parce qu’hier, j’ai dû partir à la hâte en plein milieu d’une réunion, laissant monsieur Duchemol et mes collègues en plan. J’ai jeté tous les dossiers en vrac sur mon bureau parce que je ne voulais pas louper le train ni la fermeture du centre de loisirs de ma fille.

Ca va déjà me prendre une bonne heure pour trier tout ça… Mais pas le temps de s’y mettre que Monsieur Duchemol m’appelle et m’informe froidement qu’il m’attend dans son bureau.
Alors que je ne pense qu’à mon odeur de sueur mêlée à celle de glaire de Friskies, ainsi qu’à la soufflante que la grande va se prendre pour son heure de colle, v’la ti pas que le chef se met à me reprocher de ne pas rester pour les réunions tardives d’après 19h00. Comme celle d’hier quoi. Alors que tous mes collègues sont au rendez-vous. Eux. Mais pas moi.
J’aurais voulu lui expliquer que c’était pas ma faute m’sieur, que j’adore passer du temps avec eux et leurs costards 3 pièces à parler dans le vent et à gribouiller des schémas illisibles sur le paper-board pour faire semblant de chercher des solutions improbables à des problèmes qu’on s’est nous-mêmes causés à la dernière réunion… Mais j’ai reçu un sms de Miamor m’annonçant qu’il déjeunait au resto avec sa collègue de bureau super bonnasse, ça a été le pompon et j’ai démissionné.

C’est sorti comme ça, sans prévenir. Aussitôt dit, aussitôt regretté mais c’était trop tard. Monsieur Duchemol a avalé sa salive. Ca avait l’air acide vu la grimace qu’il a faite. Puis, il ne s’est pas démonté et m’a demandé une lettre en bonne et due forme pour les RH. De mon côté, j’avais l’impression de rompre avec mon mec. Un sentiment de liberté mêlé à une importante culpabilité … Je les plante en pleine crise. Moi qui dessine si bien sur le paper-board. Qui écrit si bien les compte-rendus. Qui débarrasse avec brio les tasses à café… Comment vont-ils faire? Et puis, je vois bien que Monsieur Duchemol est vexé comme un poux. Lui aussi doit avoir le sentiment de se faire larguer. C’est quand on perd les gens qu’on prend conscience de leur valeur… Du coup, il se venge et me jette une pique digne de mon ex :
« Pour tout vous dire Anne-Claire.. euh Amandine… Nous avions choisi une autre candidate lors du recrutement sur votre poste. Vous n’étiez QUE le 2ème choix. Mais la personne qu’on voulait a décliné notre proposition parce qu’elle avait des prétentions supérieures. J’espère qu’elle est disponible aujourd’hui, maintenant qu’on peut s’aligner. J’avais gardé son numéro d’ailleurs… (le mec fait mine de chercher dans son portable et sans même lever les yeux vers moi…) Merci, vous pouvez disposer.  »

Ou alors peut-être qu’il n’en a juste rien à foutre?

Heureusement une démission, c’est aussi un peu comme une élection de délégués en 5ème. Une façon de tester ta cote de popularité. Et là, je sens que mes collègues, au moins eux, vont être hyper tristes quand je leur annoncerai la nouvelle.

Grossière erreur : mon départ à venir n’a évoqué chez eux que l’heureuse perspective de récupérer mon bureau- plus lumineux- et mon super fauteuil à roulettes, ou au contraire l’angoisse de se voir refiler le dossier Lefebvre, le plus relou de la terre. Voilà ce que je laisse derrière moi… Une chaise en skaï, un badge dernier cri pour la cantoche et un dossier de merde que je vais en plus devoir ranger avant de partir.

Comme une triste impression de n’être que peu de choses quoi…

J’ai eu une promotion !

Vous savez que j’ai eu une super promotion il y a peu ?! Moi, Micheline, j’ai été sollicitée pour accompagner monsieur Duchemol à une grandiose réunion pince-fesses à la Nadine de Rothschild aux côtés des plus grands de ce monde dans un lieu ultra chic ! Il a décidé de me sortir un peu de l’ombre (de la sienne en tout cas) et de me faire profiter d’autre chose que de ses soufflantes. 

 

En cette glorieuse journée donc, je me pointe bien en avance au lieu du rendez-vous. 3 jours que je ne pensais qu’à ça vous imaginez bien. Mes boyaux en vrac et moi on se plante devant l’immense porte cochère faisant face à une luxueuse place parisienne pour attendre monsieur Duchemol. Au bout de 45 minutes, bien que j’ai l’habitude de faire le pied de grue, je commence quand même à fatiguer. C’est pas comme si je voyageais léger en plus : pour ajouter à mon stress du jour, juste après le-dit pince-fesses, figurez-vous que je dois à nouveau repartir en déplacement professionnel on ne peut moins sexy, à Brezoune exactement, charmante commune bucolique de Haute-Normandie. Ouais, je sais, vous êtes tous super jaloux de mon boulot de rêve. Du coup, en plus de mon ordi, de mes notes et de quelques dossiers, je trimballe dans ma besace brosse à dents, culotte propre, chaussons licorne ridicules et brosse séchante qui ressemble à s’y méprendre à un godemichet à picots. Enfin, à ce que j’imagine être un godemichet à picots quoi…

 

Hum, bref. Mon épaule commence à sérieusement fatiguer et j’ai fini de ronger tous mes ongles quand au loin j’aperçois mon boss qui avance nonchalamment comme s’il allait acheter son sandwich pour le déj à la boulangerie du coin. On se retrouve mais en lui serrant la main, je perds mon gros sac qui glisse de mon épaule anesthésiée par la douleur et dont le contenu s’étale lamentablement sur le pavé. Le boss semble alors pressé d’acheter son casse dalle et me laisse en plan ramasser mon bordel sur le trottoir que je commence à bien connaître. C’est donc finalement en courant que je le rejoins au poste de sécurité de ce prestigieux ministère, essoufflée comme un boeuf et à la bourre alors que ça faisait juste 3 plombes que je l’attendais.

 

Me voici donc dans la queue devant le poste de sécurité, entourée des professionnels les plus influents de mon secteur, aux côtés de monsieur Duchemol et d’une de ses very importantes relations tout juste rencontrée et qu’il se garde bien de me présenter. La very importante personne ouvre rapidement son sac à main devant le vigile et passe en un clin d’oeil. Monsieur Duchemol ouvre symboliquement sa malette et passe aussi vite. Micheline ouvre rapido sa grosse besace et s’apprête à avancer aussi promptement que ses dignes prédécesseurs mais le type surpris par la taille du gros sac m’arrête illico. Et voilà donc que je bloque le fluide défilé de belles gens en lui donnant mon sac à vider.. Et vas-y qu’il sort une à une mes affaires de toilettes, mon petit linge de rechange et mon pseudo sex toy devant le reste de la queue. Et devant Monsieur Duchemol.

 

Une fois libérée du chien de garde, je récupère mon sac tout retourné et accessoirement deux fois plus encombrant maintenant que toutes mes affaires ont été à nouveau dépliées . Mais vient l’heure du contrôle d’identité et de la vérification que les personnes présentes sont bien sur la liste des invités. Une fois de plus, la VIP passe en deux deux, monsieur Duchemol passe les doigts dans le pif et moi, bah je vous le donne en mille, mon nom ne figure même pas sur la liste. Bien sûr. Un seul oubli sur 50 pelés et c’est pour ma pomme. La nana doit appeler sa boss pour statuer sur mon misérable sort et fait poireauter les 30 personnes très importantes derrière moi dans la queue qui commencent à me maudire. Après moultes vérifications et appels aux organisateurs de la réunion pour s’assurer que la pauvre fille qui attend à l’accueil avec sa trousse de toilette est bien autorisée à se mêler à l’élite, je peux enfin rejoindre Duchemol and Co qui, blasés, ne se sont pas souciés une nanoseconde de moi et sont déjà partis s’installer dans la salle.

 

La salle de réunion porte d’ailleurs bien son nom: la salle du bal. Dorures, plafond enluminé et moulures, parquet en point de Hongrie, elle n’en est pas pour le moins dotée de tous les attributs des rencontres les plus high-tech : vidéo projecteur futuriste, table ovale laquée immense sur laquelle sont posés plein de petits micros hypermodernes comme on en voit aux Nations Unies. Je pourrais me sentir comme Sissi l’Impératrice à la cour, mais je suis plutôt en mode vache normande pleine de boue dans une boutique de luxe de la place Vendôme.

 

Je prends discrètement place à côté de monsieur Duchemol, sur un espace ridiculement petit qui semble avoir été ajouté à la dernière minute, sans doute lorsque j’étais en otage au poste de sécurité. Il me manque toutefois le dossier de la réunion (histoire de bien m’en faciliter la compréhension, déjà que je n’ai pas tout capté du sujet général) et le micro individuel qu’un brave homme daigne venir m’installer voyant ma gueule déconfite. Sauf que le mien semble avoir été récupéré dans un vieux carton d’emmaüs et doit dater de la SDN…

 

Le temps que la réunion commence et que les 30 VIP que j’ai bloquées en bas entrent dans la salle, et dans la mesure où monsieur Duchemol et sa copine ne me calculent toujours pas, je ne trouve rien de mieux à faire que de sortir mon portable et regarder mes mails d’un air sérieux genre je règle des problèmes au boulot les gars, moi aussi je suis très importante, le tout pour me donner une contenance. En réalité, je lis la relance de la Redoute quant à mon dernier panier virtuel que je n’ai pas encore validé (ha oui,je vous raconterai cette drôle de manie un de ces quatre) et me dis que quand même, ce petit chemisier rayé, il me plaît bien.

 

Mais je suis arrachée de mes pensées hautement philosophiques car la séance commence enfin, introduite par une jeune bombasse brillante ayant la moitié de mon âge. A peine ai-je le temps de la détester qu’on nous annonce un tour de table pour se présenter. Le truc pas sorcier a priori. Sauf que je fais partie de ces gens à qui un simple tour de table dans ce genre de lieux provoque une angoisse intestinale terrible, comme si la vache de Normandie que je pense être ici allait désormais être démasquée en meuglant dans son micro merdique. Ma tension s’accroît quand je vois chaque participant enchaîner à tour de rôle des présentations synthétiques et parfaitement articulées en appuyant sur le nano micro qui leur fait face. Plus que 8 personnes avant moi quand je constate que mon micro a 2 boutons, mais que j’ignore  lequel actionner pour le faire marcher. Je commence à angoisser sévère, percevant intuitivement que je ne suis pas au bout de mes peines.

 

Pire. Personne d’autre que moi ne semble se poser la question dudit bouton, et chacun appuie tour à tour presque instinctivement sur l’appareil pour se présenter sans être gêné le moins du monde par un éventuel problème technique. J’essaie de lorgner sur mes voisins pour comprendre comment s’y prennent ces brillants personnages mais je suis trop loin pour voir quel bouton ils activent. Quant à Duchemol, il me tourne le dos et me cache la vue. Je ne vois qu’une solution, compter sur ma chance. Autant dire que ce n’est pas gagné.

 

Je rêverais de me cacher sous la table ou de retourner à mon petit boulot planqué mais c’est à moi. Je me lance et appuie sur le bouton de gauche au pif en récitant ma présentation que je me répète en boucle depuis le début du tour de table. Présentation que bien sûr personne n’entend car, comme il fallait s’y attendre, j’ai actionné le mauvais bouton et ma voix est recouverte par un sifflement strident qui fait grimacer tous les gens très importants autour de moi. En dépit d’un combo coup de chaud, transpiration intense des dessous de bras, rougeoiement de la face et spasme colo rectal, je renouvelle ma tentative avec l’autre foutu bouton, qui fonctionne cette fois-ci heureusement pour moi. Ragaillardie par ce coup de veine imprévu (je m’attendais à ce qu’aucune des deux minables touches ne fonctionne), j’y vais de ma petite blague ridicule sous le regard désespéré de monsieur Duchemol qui semble regretter d’avoir promu ce boulet qui ne sait se faire remarquer que par sa déveine et son manque d’humour. Ma blague ne fait d’ailleurs sourire personne, tout le monde est sourd de toute façon depuis que je leur ai pété les oreilles en actionnant le mauvais canal.

 

Duchemol se recule un peu pour se présenter à son tour d’un air assuré et me laisse entrevoir son micro qui, je vous le donne en mille, est identique à celui de sa copine qui est le même que celui d’à côté car tous, TOUS sans exception, n’ont qu’un bouton, tous sauf le putain de micro du siècle dernier qu’on m’a refilé. Je le dis discrètement à monsieur Duchemol pensant ainsi légitimer ma défaillance mais celui-ci en a visiblement autant à faire que moi de mes mômes lorsqu’ils me racontent qu’ils ont dû aller dans la salle de motricité parce que Véro s’occupait des poissons. Je n’y comprends rien et je m’en fous. Bah Duchemol, pareil.

 

La réunion est en tout cas passionnante, je ne prends bien sûr part à aucun débat et me contente de noter scrupuleusement tout ce qui se ditLorsqu’elle s’achève, mister Duchemol et sa copine commentent ces échanges vraiment sans substance et trop survolés. Ouais bah moi j’ai bien aimé, pas tout compris, mais chouette. Et faute de jouer à nouveau à Rémi sans famille, je me plie en 18 pour m’incruster dans leur conversation de façon très constructive puisque je n’ai rien à dire. Alors vas-y que je rigole bêtement, que je ponctue leurs phrases prétentieuses d’un “ha d accord” comme s’ils m’apprenaient la vie ou que j’opine du chef pour approuver leurs si brillantes réflexions dont le sens m’échappe en réalité.

 

Incruste réussie malgré tout car en partant, j’ai même le droit de serrer la paluche de la VIP. Malheureusement un bouton de manche de mon manteau se coince dans le fil qui tient ses lunettes et les arrache avant de les faire tomber par terre… Elle ne me saluera plus de sitôt.

 

Une journée au top au cours de laquelle le bouton a régné en maître.

 

Ca m’a rappelé mon adolescence tiens.

 

 

 

Déplacement professionnel

Hier j’étais en déplacement professionnel. Pendant que d’aucuns vont et viennent entre Londres, New York et Singapour, moi j’étais à Châtillon-sur-Thouet, 79200. Vous ne connaissez pas bien sûr. Pourtant, Châtillon-sur-Thouet est une charmante petite bourgade de 2818 âmes, à quelques 50 petits kilomètres de la grande et dynamique ville de Niort. On y compte une belle boulangerie, un vaste PMU, un coccimarket bien garni et pour les modeuses, il y a même un pantashop. Bref, Châtillon-sur-Thouet, c’est “the” place to be, et croyezle ou non, hier j’y étais, seule pour 2 jours de boulot.

 

Comme je sais saisir ma chance, je m’étais concoctée un petit séjour sympa histoire de profiter de ces 2 journées en célibataire ! Un RER, un métro , un TGV, un car et une voiture de location plus tard, me voilà au coeur de la gâtine. Je ne vous détaillerai pas mes rendez-vous professionnels aussi productifs qu’un  contrôleur SNCF un jour de grève. Je ne vais pas non plus vous dévoiler tous mes secrets. Mais une fois dehors, cheveux au vent et à la pluie et libérée de tout engagement professionnel puisqu’aucun de mes contacts ici n’a eu la délicatesse de me proposer de dîner avec lui, je suis fin prête pour découvrir vraiment toute seule sans personne cette contrée un chouille inhospitalière qui commence sur la départementale 938, plus connue sous le nom de la route de La Boulaie. Une prédestination pour moi en somme.

 

Etape 1: passer à l’hôtel poser mon baise-en-ville et me rafraîchir afin de ne pas risquer d’importuner par mon odeur aigre de transpiration les quelques êtres vivants qui daigneraient, qui sait, se soucier de ma pauvre petite personne. Bien sûr , le budget restreint dont je dispose (je bosse dans le social) m’a un peu contrainte dans mon choix d’hôtel, déjà limité par l’afflux de touristes en ce doux mois de février (nan je déconne). Parmi les 3 hôtels dans le secteur, celui sur lequel j’ai jeté mon dévolu semblait plutôt bien placé, en plein coeur de la “ville”. La fille de la nuit que je suis s’est immédiatement prise à rêver d’une fiesta endiablée dans les rues de Chât’ avec tous ses futurs nouveaux potes de débauche. Comme quoi, sur internet, on te fait vraiment avaler n’importe quoi.

 

L’hôtel, devrais-je plutôt dire l’infâme bouge, est une espèce de repère pour routiers en mal d’amour ou à la libido incontrôlable, décoré de meubles poisseux qui devaient déjà être moches au moment de l’ouverture de l’établissement en 1973. La dame à l’accueil, bien emballée dans sa mini panthère en sky et ses cuissardes à franges, m’accueille gentiment dans un battement de cils bleu-cyan des plus sophistiqué. 

 

Je prends ma clé qui pèse un bon quintal (faudrait que je me rachète un sac à main juste pour pouvoir y ranger ce porte-clé en bois aussi gros qu’un poulet fermier) et je monte à l’étage pour découvrir ma chambre… Ou plutôt mon placard. Un lit large comme celui d’un playmobil, une cabine de douche à rideau à même la pièce. De chiottes, il n’est point question, non, celles-ci se trouvant à deux pas si tant est qu’on monte à l’étage supérieur. Mais fort heureusement, question sanitaire, l’essentiel est là. J’ai un bidet. 

 

Après une micro-douche écourtée par l’absence d’eau chaude et un combat avec le rideau pourri (suis-je la seule sur qui tout rideau de douche glacé colle systématiquement ?), je repars vite loin de mon antre, vêtue comme une reine de la nuit, pour manger un bout dehors et profiter de mon célibat provisoire. Et là, contre toute attente, il n’y a rien. Queud. Aucun resto à l’horizon. Pas même de quoi acheter un vieux sandwich à la brasserie du bar-tabac fermée depuis 19h.

 

Je tourne donc comme une âme en peine dans les 3 rues qui composent le centre ville et finis par trouver au fond d’une cour intérieure LE kebab du village. Sauvée. En mode Bonjour chef, je commande mon complet salade-tomate-oignons et observe le cuistot me mitonner mon mets gourmand. Le pauvre homme est enrhumé (c’est que l’air est frais à Châtillon) et je l’entends renifler plus fort que le volume de BFM TV pourtant poussé au maximum dans le snack. Les deux mains prises par des oignons et une pelletée de frites congelées, le chef toqué (c’est une question d’hygiène tout de même) incline sa tête au-dessus de son ouvrage somme toute appétissant. C’est alors que je vois un long et vicieux filet de morve qui, tel un fil d’araignée lentement tissé, descend doucement de sa narine en direction de mon sandwich. Il renifle. Le fil remonte se cacher au fond de sa paroi nasale dans un roucoulement des plus gras. A peine ai-je le temps de desserrer mes fessiers que le filet reprend sa chute libre…. puis remonte comme lors d’un saut à l’élastique. Presque hypnotisée par son pif qui joue toujours au bilboquet au-dessus de mon kebab et contracturée de la fesse, je récupère enfin mon plateau qui, je dois bien l’avouer, me fait nettement moins envie depuis que j’ai vu ses secrets de fabrication.

 

Je m’installe tout de même sur une table en formica pour pignocher dans mon assiette 3 frites épargnées par sa rhino. Autour de moi l’ambiance bat son plein. Le groupe de jeunes du village est là et les 3 boutonneux s’énervent autour d’un baby dépareillé. A part ça, 2 tables plus loin, le seul autre amateur de kebab dans le coin me fait face. Le gourmet est un vieux papi ratatiné et porte sur lui, outre un béret, les traces d’une vie de dur  labeur. Tandis que je rêvasse à ce qu’a dû être sa vie dans les champs en le regardant avec compassion, je réalise que lui semble préférer me reluquer le décolleté plutôt que les infos sur BFM. Sans doute imagine-t-il aussi les ravages d’une vie de mère sur mes pauvres mamelles. Son regard devient pourtant insistant, lourdement insistant. Et voilà que le vieux papi s’énerve sur sa chaise… Je commence à me sentir mal à l’aise et à regretter d’avoir mis un push-up. Mes craintes se confirment quand il se met à se lécher les lèvres langoureusement en me fixant avec un regard lubrique. Et ce n’est pas pour récupérer le ketchup harissa au commissure de ses lèvres. Devant cette preuve irréfutable de mon charme, et avant d’être trop tentée de jouer avec le feu avec ce dieu deux-sévrien et bafouer ainsi mes voeux de mariage dans un kebab de province, je file en courant sans même un regret pour mon sandwich encore intact sur son papier sulfu tout collé au plateau.

 

De retour à l’hôtel, j’enfile vite mon pyj-combi en pilou-pilou (bah quoi, c’est confortable et Mi Amor n’est pas là !) tant il caille dans la piaule. Mais rien n’y fait, toutes ces émotions me font grelotter. Je farfouille en trépignant dans le placard et en tire une couverture toute râpée. Un gros bruit se fait entendre. Quelque chose camouflé dans la couverture semble être tombé sur le lino moucheté. C’est un énorme magazine, aussi lourd qu’un annuaire. Je le ramasse et là, je découvre avec stupeur les lectures conseillées par l’hôtel. Ce magazine, c’est la foire à la débauche, l’almanach Vermot de la dépravation, le dictionnaire du vice, le Tout L’univers de la lubricité! Ce magazine, c’est le numéro 8 de Perverses et vicieuses, et à en juger par les pages collées, il a déjà servi. 



J’aurais préféré bosser dans la banque ou dans la communication, tiens. C’est pas à Pénélope que ça arriverait ce genre de plan. Et manque de bol, mon prochain voyage pro est programmé à Loudun, lieu-dit dans la Vienne, et j’ai prévu de dormir dans un gîte rural. On est loin des Hilton et autres chaînes étoilées, mais ça fera la rue michel comme on dit à Châtillon-sur-Thouet. Je vais supporter. Après tout je bosse dans le social…

 

La réunion

Hier j’ai eu une réunion. Le genre de réunion qui ne sert à rien, où seules deux ou trois personnes s’écoutent parler et où toutes les autres se font chier. Je fais bien sûr partie de cette seconde catégorie, et hier, je n’en avais pas beaucoup dans mon camp.

 

Pourtant pleine d’entrain en arrivant la première, j’ai d’abord poireauté 15 bonnes minutes que tout ce petit monde soit là… Ensuite, j’ai dû filer des feuilles de mon bloc-notes à la moitié des invités, parce qu’en plus d’être en retard, ces braves gens étaient venus les mains vides. Enfin, la réunion a pu démarrer, sous la coupe de Monsieur Duchemol en personne.

 

Pendant une grosse demi-heure j’ai réussi à donner le change et à montrer que j’étais trop contente d’être là, en opinant du chef dès que quelqu’un disait un truc et en griffonnant quelques notes. Mais au bout d’un moment, je dois l’avouer, j’ai commencé à vraiment m’emmerder… Et moi quand je m’ennuie, j’observe les gens. Ici, autour de moi, une évidence : que des hommes, et pas des plus jeunes.

A ma droite, un grand bonhomme tout sec et tout vieux note ce qui se dit sur un minuscule calepin datant de l’après-guerre et règle sans arrêt son sonotone qui fait des interférences avec les téléphones portables des autres.  En face, une belle brochette de vieux beaux déguisés en cadres sup (tablette, costard cintré, chaussures de cardinal bien cirées, sans oublier la mallette de rigueur en cuir et toute légère, ce qui est logique puisqu’ils n’avaient même pas une feuille ni un fichu stylo dedans). A ma gauche, un petit bonhomme rougeot engoncé dans son costard rayé fayote mielleusement après chaque tirade du charismatique Monsieur Duchemol qui lui, trône en bout de table comme un roi.

 

Monsieur Duchemol ou pas, la réunion n’en reste pas moins soporifique. Je décide donc d’aller me servir un petit café. A peine debout et la cafetière en main (la même cafetière qui trône au milieu de la table depuis 1 heure à la vue et à la portée de tous), je me retrouve encerclée de tasses tremblantes et de bras tendus, et donc polie que je suis, contrainte de servir ces messieurs. Servir simplement quelques tasses aurait été acceptable, mais non !!! Je dois ressembler à une serveuse de chez Starbucks parce qu’il semblerait que je sois en mesure de prendre les commandes et d’adapter mon service aux goûts des uns et des autres : il y en a un qui veut son sucre, l’autre qui me demande du lait, et un autre lourdingue qui préfère du thé… Mais moi, je voulais juste boire un café.

 

Une fois le service fait (je ne pensais pas que mon expérience étudiante à Buffalo Grill me serait utile ici), je me rassoie et tente à nouveau de faire semblant de m’intéresser au sujet et d’être ici pour autre chose que ma dextérité. C’est alors que j’ai un éclair de génie, le sentiment d’avoir trouvé LA solution au problème sur lequel ils radotent depuis des plombes… Comment ne pas y avoir pensé plus tôt?! Mais ma michelinesque réalité reprend vite le dessus. C’est louche cet élan d’intelligence Micheline. Il y a 2 options, soit je suis incroyablement brillante et supérieure à tous ces gens, soit je n’ai absolument rien compris à l’enjeu de cette réunion. Je vote option 2. Malgré tout, je sens que je tiens un truc, un truc pertinent qu’il faut de toute évidence partager. Ho et puis non. C’est complètement stupide. Et ils y auraient forcement pensé si c’était une si bonne idée mon affaire. Ou si ça se trouve, ils en ont déjà parlé pendant que je cherchais le thé vert de Monsieur Duchemol.  Et puis zut. Girl Power !!!! Je commence à lever la main pour montrer que je souhaite prendre la parole et à toussoter discrètement, le cœur battant…

Sauf que ces costards cravates embraient sur un autre sujet.  Non les gars !! Merde! Mon truc brillant tombe complètement à plat maintenant et mon lointain espoir de coup d’éclat est brisé! Déçue, mais fataliste, je commence à me faire une raison tout en gribouillant une sorte de tatouage tribal sur mon bloc-notes quand finalement Monsieur Duchemol se décide à me donner la parole. Re merde. Ca sonnait vachement mieux dans ma tête que là maintenant quand je m’entends parler…Dieu que c’est con ce que je dis… Comment ai-je pu penser un instant que c’était une bonne idée ? Je le vois bien, ils n’adhèrent pas. Ils écoutent poliment voilà tout. Fébrile et transpirante, j’attends maintenant une réaction. Je cherche désespérément dans leurs yeux une étincelle d’approbation, d’admiration?! Mais non. Après un très bref silence, Monsieur Duchemol reprend sans transition aucune ce qu’il disait avant que je n’intervienne, ou devrais-je dire avant que je ne l’interrompe. Comme si de rien n’était donc. Et comme il est à l’opposé de là où je me trouve, tout le monde me tourne la tête dans un humiliant mouvement synchronisé. Je tente de garder la mienne haute suite à cette belle prestation et me lève pour aller aux toilettes. C’est là que Monsieur Duchemol m’interpelle : « Puisque vous êtes debout Suzy, vous pouvez me ramener un jus d’orange s’il vous plait? ». Micheline, moi c’est Micheline.

 

Un pipi et un jus de fruit plus tard, j’ai donc définitivement abandonné l’idée de contribuer en quelque chose d’autre qu’en boissons à cette réunion. Pour me défouler, je commence à écrire le mot merde dans toutes les langues que je connais.  Ma quinzaine de merdes polyglottes me ferait presque oublier mon échec cuisant de tout à l’heure, quand je les entends de loin s’agiter. Ca parle fort. Que se passe-t-il ?!  Ils veulent des photocopies d’un dossier. Ha bon. Et je me replonge dans mes Merdes. Pourquoi alors tout le monde me regarde ? Serais-je la préposée à la photocopie ? Je résiste à ce concentré de machisme, me refusant à me lever quitte à faire semblant d’écrire un truc super important sur mon bloc-note l’air détachée. Mais je sens leurs regards de plus en plus insistants sur moi et je ne sais plus trop comment m’en dépatouiller. Girl power Micheline… Girl power…

 

D’un seul coup, mon instinct me souffle de faire semblant de répondre à mon portable (qui ne sonnait pas bien sûr). Je fais donc mine de me lever un peu pressée, et sors un « allo » en sourdine en m’apprêtant à sortir de la salle discrètement. Bien joué Micheline! Je veux donner l’effet de la femme Barbara Gould très occupée, interrompue au cours d’une réunion au sommet par ses collaborateurs qui l’appellent pour une question hyper importante, parce qu’on ne peut se passer de son génialissime professionnalisme. Je m’apprête à sur-jouer une scène de « Wall Street » où je sauve ma firme et même le monde d’un krach boursier en choisissant en une nano-seconde de vendre toutes les stock-options. Sauf que pas de bol, mon abruti de téléphone décide juste à ce moment-là de sonner vraiment !

Voilà donc Micheline, debout en réunion, en train de simuler un appel pro ultra important pour esquiver une séance photocopie, quand retentit le générique de « Sauvez par le gong » à fond les ballons (et là tu remercies ta fille de 7 ans qui t’as mis le volume maximum hier quand elle t’a piqué ton portable pour jouer à Paf le chien). Et comme j’ai déjà le téléphone sur l’oreille, j’appuie à l’aveugle sur tous les boutons, et répond à l’appel de ma saleté de téléphone, et en haut-parleur pour couronner le tout.

 

Résultat, toute l’assemblée peut entendre Nini la nourrice de ma fille, qui en 3 secondes et avant que je n’ai pu réagir a eu le temps de dire que ce matin, j’ai oublié de lui laisser les petits suisse et le Mytosil et qu’elle a retrouvé les coordonnées du proctologue dont elle m’a parlé pour régler mes problèmes d’hémorroïdes post-accouchement. J’ai envie de disparaître. Rien à foutre des P’tit filous et des fesses du microbe, et des miennes encore moins Nini !! Tu m’as juste grillée à faire semblant de téléphoner !!!!!! Je lui dis aussi calmement que possible de ne pas quitter, et rouge de honte, commence à m’excuser auprès de l’auditoire qui, vu que je suis debout mais à terre, en profite ni une ni deux pour me refiler le dossier à photocopier. Le girl power m’a clairement abandonné.

 

De retour avec ma dizaine de copies, je reprends ma place un peu penaude mais ô joie, la réunion touche à sa fin. Ils ont donné tout ce qu’ils avaient : Monsieur Duchemol a été exceptionnel d’intelligence et on a maintenant 2 beaux tableaux sur le paper-board, et un plan d’actions en 4 phases, dont la première consiste à se réunir à nouveau pour décider des 3 phases qui suivront. Peu importe, la réunion est terminée. A ce moment-là en général, les gens (enfin les gens importants) se retrouvent en petits comités et débriefent de la réunion. Comme tout le monde a vu que je n’avais rien à dire, on vient juste me saluer. Il y en a quand même un qui me glisse le numéro de téléphone de son gendre, proctologue également. Presque tout le monde parti, je commence à ranger mes affaires, et serre une dernière main. Il ne reste que monsieur Duchemol qui s’approche de moi . Peut-être veut-il échanger sur ce que j’ai émis comme proposition tout à l’heure, peut-être que l’idée a fait son chemin, et qu’il souhaite avoir mon point de vue plus abouti ? Ha ben non. C’est juste pour me rendre le crayon que je lui ai prêté en arrivant et me gratifier d’un généreux  « Au revoir Anne-Claire ».

 

Non, Micheline. Moi c’est Micheline.