Category Archives:Mi am (Micheline & la bouffe)

Les invités

Hier, j'ai reçu des invités, le genre d'invités que tu angoisses d'avoir chez toi parce qu'ils te sortent toujours le grand jeu quand ils t'invitent, avec leur porcelaine de Chine et leur bouffe à faire complexer un triple étoilé, et parce qu'ils font ressembler ton dîner de Noël le plus chiadé à un pique-nique improvisé sur le parking d'une station-service.

J'avais donc la pression de les accueillir et d'être à leur niveau. Du coup, avec Mi Amor, on a pondu un menu digne des plus grands Chefs, on a fait une croix sur nos prochaines vacances pour acheter les meilleurs produits, et j'ai sorti pour l’occasion le précieux héritage de ma grand-mère: une vaisselle transmise de génération en génération depuis des lustres. J'ai ensuite refilé aux gamins console, tablette et autres engins à boutons et écran histoire d'avoir le champ libre pour passer l'après-midi aux fourneaux et mitonner le plus somptueux des repas.


Quand nos convives se pointent, je suis branchée sur mille volts, la table est parfaitement dressée, la maison fleure bon les épices et le raffinement, et les mômes ont des escarres tellement ils n'ont pas bougé de là où je les avais mis avec leurs joujoux connectés. 

Tout le monde s'installe en tatassant pendant que je joue ma première carte : l'apéro. Je ne suis pas peu fière d'apporter un plateau aussi chargé qu'un manteau Desigual, et regorgeant de superbes mets: des verrines à 12 couches que j'ai mis des plombes à réaliser, des étages de toasts à faire pâlir Monsieur Picard, et une variété hallucinante de tapenades à tous les goûts que j'ai payées encore plus chères que sur un marché provençal en plein mois de juillet.

A peine ai-je le temps de poser tout ça que je vois arriver sur nous un tsunami de mouflets. En quelques secondes à peine, ils enveloppent la table dans un brouhaha quasi hypnotique puis disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés, nous laissant alors découvrir l'étendue des dégâts, que dis-je, le chaos… Seules 3 malheureuses verrines ont survécu à l'assaut, mais sont immangeables à cause des jolies marques de doigts bien profondes dedans. Les vestiges du plateau jadis si bien dressé sont recouverts d’une poussière de miettes de Curly, il ne reste de mes toasts que quelques boulettes prémâchées et élégamment collées sur ma jolie vaisselle. Mes tapenades à 10 euros les 10 grammes, quant à elles, ont été totalement anéanties et visiblement dégustées comme une vulgaire sauce cocktail pour agrémenter leurs putain de chips arôme poulet.

Les invités, toujours parfaits, font comme si de rien n'était. Les mômes, eux, sont déjà replongés dans leur monde parallèle, essuyant leurs petites mains grasses sur les écrans. Pour ma part, je ressens le besoin urgent de faire une pause devant tant d'efforts aussi vite saccagés. Je décide donc de m'évader DISCRETEMENT aux toilettes avant de passer à table histoire d’extérioriser, à l’abri des regards, ma déception et ma colère contre ces enfants sans goût ni éducation. Debout contre la porte des water, je laisse ainsi libre cours à mon ronchonnage.

Tout à coup, ces mêmes gosses, qui ne me calculaient pas il y a 3 minutes à peine, sont soudain très inquiets de ne plus m'avoir dans leur champ de vision et m'appellent en scandant mon nom comme si mon absence leur était devenue insoutenable. Comme j'ai de bonnes manières et un peu de fierté, je n'ai pas envie qu'on me grille aux toilettes. Alors à chacun de leurs appels, je ne bouge plus et arrête de respirer comme si je jouais à cache-cache tout en priant intérieurement pour qu'ils m'oublient. Mais ils insistent, les lardons. Tellement que le seul moyen de leur couper le sifflet est de leur dire où je suis, ce que fait Mi Amor en hurlant le plus délicat des “ MAMAN EST AUX TOILETTES !!!!! “.

Voilà. Et comme ça fait un bon moment que je suis partie, il est désormais clair pour tout le monde que je n’y suis pas pour un petit pipi... Quant à avouer que j'y suis pour bouder contre la terre entière, c'est tout aussi ridicule. Je choisis donc d'aller au bout de cette simulation, en tirant la chasse d’eau et mimant un lavage de mains, forcée bien malgré moi de confirmer ce que tout le monde pense tout bas... Ca m'apprendra à ronchonner dans mon coin.

De retour auprès de tout le monde, j'invite chacun à prendre place à table. Le repas mijote encore et ça sent divinement bon… Au moins un truc qui sera réussi ce soir. Ce plat, c’est mon atout maître, je le sais. Je vais les impressionner. Dans la cuisine, je file disposer délicatement le tout dans un des superbes plats de ma grand-mère et l'agrémente minutieusement de touche déco on ne peut plus classe. J'en prendrais bien une photo pour l'envoyer à tous mes contacts facebook tiens!!!! Thierry fucking Marx n'a qu'à bien se tenir!!!

Il est temps d'apporter ce chef d'oeuvre culinaire en salle. Je fais mon entrée comme une chef de rang à Hippopotamus fraîchement promue. J'avance d'un pas assuré et la tête haute avec mon plat dans les mains... C'est alors que mon pied glisse sur une chips abandonnée, me faisant perdre l'équilibre et ma légendaire habileté. J'observe, impuissante, mon sublime plat s'envoler au dessus de la table, se retourner dans un triple lutz piqué avant de s'écraser lourdement comme une énorme bouse sur les verres en cristal de mémé.

Non seulement la bouffe est étalée partout sur la jolie table mais en plus, ma parfaite petite sauce mijotée des heures durant est pleine de micro bouts de verre imbectables. Enfin, sauf pour Mi Amor, mon premier fan, qui fait fi des cristaux et sauce à même la nappe avec le pain en se régalant. Les invités, moins audacieux mais clairement affamés, attendent de moi un action-réaction réussie.  

Je n'ai plus qu'à appeler Rapide Lapin pour palier mes insuffisances, et à programmer mon réveil toutes les heures cette nuit pour vérifier que Mi Amor ne me fait pas une hémorragie interne.

Les courses à Biocoop

Hier, j’ai fait mes courses à Biocoop.

C’est vrai que j’avais un peu abusé des Mc Do, khebabs, tartiflettes et autres petits repas bien diététiques ces derniers temps (on peut même dire ces dernières années),  à tel point que ma devise était devenue : « rajoute un peu de gras sinon c’est sec ».

J’avais aussi vaguement mauvaise conscience de ne pas être au top sur les questions environnementales. Je suis la pire des éco-responsables ! Il suffit que ma poubelle jaune soit pleine (ce qui arrive tout le temps vu tous les plats picard que je m’envoie) pour que je jette le reste de mes cartons dans la poubelle normale, juste parce que j’ai la flemme de la vider ! Quant à mon compost, il est au fin fond du jardin, alors autant vous dire que l’hiver, je ne lui rends pas visite souvent. Mais bon, au moins j’ai un compost (constatez la belle démonstration de mauvaise foi de Micheline).

Par-dessus le marché, l’autre jour sur facebook, entre une vidéo de p’tit chat trop mignon (cela dit j’aime pas les chats mais je vous en parlerai une autre fois) et un post limite facho d’un pseudo contact que je me suis promise d’effacer la prochaine fois (procrastination quand tu me tiens), je suis tombée sur des images atroces d’abattoirs de porcs.

Tout cela m’a donc convaincue que la fin de mes tourments résidait bien évidemment dans un petit tour au magasin bio du coin.

Dans cet élan déculpabilisateur, j’ai pris ma diesel et en route vers Biocoop ! Arrivée là, bah c’était fermé. Et oui, on respecte la planète et ses salariés ici. Pas de travail le dimanche ni entre midi et deux, non non non ! J’ai donc du poireauter 20 minutes… pendant lesquelles j’ai fini mon paquet de clopes. Je vous entends d’ici à marmonner que cet élan de vie saine est vraiment inutile dans la mesure où je m’enfile des tonnes de cigarettes avant d’y aller. Mais je vous arrête tout de suite. Des clopes sans doute… mais des « Pueblo » (100% de tabac, 0% d’additif) !

Donc, une fois le paquet terminé et le magasin ouvert, j’y suis rentrée… ça sentait bon, c’était calme, apaisant… Rien à voir avec le Carrouf du samedi après-midi ! Je suis certaine que l’air est plus sain chez Biocoop! Et c’est tellement silencieux !! Ce n’est certainement pas ici que vous verrez un gamin hurler pour avoir une brosse à dents reine des neiges, un énième labello ou bien des gommettes en vrac que vous passerez votre vie à ramasser sous les meubles une fois le paquet déchiqueté! Non ! Ici, c’est le royaume de l’adulte, de l’adulte sage et responsable. Ou des enfants bien élevés remarquez.

Sauf que cet état de plénitude a vite pris fin lorsque je me suis retrouvée face à des tonnes de rayons remplis de trucs dont j’ignorais tout!!! Chou kale, crème d’épeautre, kamut, algue kombu, mulberry, tempeh… Comment ça se cuisine ces trucs ?! A moins que ça ne se fume?

J ‘ai quand même frénétiquement rempli mon caddy, sans trop savoir ce que j’y mettais. J’ai pris tout de même soin de glisser un pot de nutella biologique, mais avec huile de palme quand même (comme quoi.)

A la caisse, ça m’a couté un bras, mais ouf ! en sortant on m’a offert une tisane détoxifiante ! Et vu le prix de mon caddy, c’est le minimum de t’offrir de l’eau chaude au goût de racine!!!

Bon au moins maintenant j’ai des tonnes de farines chelous, des graines de trucs bizarres dont je ne sais absolument que faire, un mec frustré à la maison parce que je n’ai pas ramené un gramme de viande, et des cornflakes à 8 euros le paquet que mes gosses ne mangeront jamais parce que c’est pas assez sucré.

Et puis, maintenant, je sais qu’en plus d’être la Micheline de la brioche, je suis la Micheline du pain maison.