Category Archives:Mi crocosme (le monde de Micheline)

La fête des voisins

Hier, c’était la fête des voisins dans mon quartier. Enfin, fête est un bien grand mot, car croyez moi, cet événement allée des alouettes est aussi festif qu’un anniversaire dans un EHPAD.

Dès qu’on a reçu le funeste carton d’invitation dans la boîte aux lettres, Miamor et moi avons couru jusqu’au frigo, non pas pour commencer dans la joie et l’allégresse à marmitonner une petite quiche lorraine de derrière les fagots ou un cake aux olives, mais plutôt pour vérifier sur le calendrier familial si, par le plus grand des bonheurs, nous n’avions pas déjà un truc prévu ce jour là.

Et la tuile, c’est qu’on avait rien. Rien de rien pour se défiler. Pas un repas de famille, pas une invitation chez des amis, pas un match de foot de morpions qu’on aurait enfin pu passer voir jouer. Pas même une modeste kermesse de fin d’année à laquelle on aurait pu se porter volontaire pour tenir un stand. C’est dire à quel point on ne voulait pas y aller à cette sauterie de voisinage.

Face à cet agenda désespérément vierge de toute vie un tant soit peu sociale, nos cerveaux de jeunes loups mythomanes ont alors commencé à chauffer pour pondre une excuse digne de ce nom et élaborer un stratagème de sioux pour se défiler.

OK, je vous l’accorde, décliner courtoisement l’invitation aurait sans doute été une autre solution. Mais c’est méconnaître Antoinette, l’indétrônable présidente du conseil syndical, qui règne sur l’allée des alouettes comme Don Corleone sur la mafia new-yorkaise.

Antoinette, c’est un savant mélange entre la souplesse d’un colonel de l’armée de terre et la douceur d’une poissonnière à Rungis, le sourire d’un maître chien et la verve d’une prothésiste ongulaire en plus. Hormis son indémodable blouse à fleur, cette femelle alpha n’a de fleuri que son langage et ressemble à une ancienne championne Soviétique de lancer de poids coincée dans les fringues de ma mémé Simone.

Elle a un avis sur tout et aboie sur tout le monde, tout le temps. Même son carton d’invitation nous engueule et nous donne des ordres : et que c’est le 3bis qui apporte les quiches, que les Martin font leur pain de viande habituel, qu’elle-même fera exceptionnellement sa tarte aux abricots puisque Ghislaine a décrété au dernier goûter chez les Gonzales qu’elle était allergique aux fraises, et qu’on installera les tables à 11h comme d’habitude devant chez les Lebec, et tant pis s’ils râlent parce qu’ils doivent déplacer leur polo. C’est comme ça et pas autrement bordel de bite en bois.
Chef, oui chef.

On avait donc pas le choix, il fallait qu’on trouve une excuse imparable pour esquiver la fête des voisins, que même sa majesté Antoinette ne pourrait contrer.

Aussi, après moultes tergiversations et plans d’action aussi stratégiques que dans un championnat du monde d’échecs, on a décidé de dire qu’on était de baptême à 2 heures de chez nous. En réalité, bien sûr, on irait juste avec les mômes flâner pour la journée comme des touristes dans une jolie ville des alentours histoire de découvrir notre belle région d’Ile de France.

Et voilà comment on s’est retrouvé hier matin endimanchée comme des abrutis à traîner les gosses pour visiter Melun.

En fermant la maison, on a salué de loin Guitou, le brave et timide époux d’Antoinette, en train d’installer péniblement ses tréteaux devant chez les Lebec qui avaient docilement retiré leur voiture.

Après le troisième rond point, on a crié victoire: nous étions libres!
45 minutes d’autoroute plus tard, et sans vomi (ouais, je vous ai pas raconté, mais on a trouvé un médoc qui fonctionne du feu de dieu, ca drogue les enfants si fort qu’il dorment trop profondément pour vomir, c’est extra), on arrive dans la jolie bourgade seine-et-marnaise à arpenter pour la journée.

Et là, amer constat : le dimanche à Melun, tout est fermé. Alors oui, les rues piétonnes, c’est sympa, mais on risque d’en faire vite le tour si on a rien d’autre à se mettre sous la dent. Qu’à cela ne tienne, on va d’abord manger un morceau, puis on ira faire les fous et rire aux éclats cheveux aux vents et pieds nus au bord de la Marne comme dans une pub Herta.

C’est alors que je m’aperçois qu’on a pas un radis sur nous. Tellement angoissés qu’on était à l’idée de se faire pincer par le caporal en jupon, qu’on s’est imprégné du rôle au point de presque croire nous-même qu’on était de baptême. Résultat, en me pomponnant, j’ai changé mon sac à main et j’ai oublié d’y transvaser mon portefeuille. Miamor, quant à lui, a fait péter le costume et a laissé sa carte bleue dans son blouson, qu’il n’a pas pris. Et puis, actor studio quoi! On vivait notre flûte à fond! Après tout, dans un baptême, tu te fais rincer nan?!

Sauf que là, nous voilà, déplorables parents indignes, pitoyables crétins sans un sous mais sans baptême non plus et avec 4 enfants affamés dans les pattes.

On décide donc de retourner à la voiture, traînant comme des boulets notre colo de mouflets au bord de la crise d’hypoglycémie, dans l’espoir d’y trouver quelques pièces de monnaie oubliées, voire même quelques vieux bonbecs collés sous la banquette.

Fort heureusement, notre maniaquerie légendaire nous sauve et on parvient, en soulevant les tapis et en rabattant tous les sièges, à collecter 14 euros en petites piécettes et cela, sans compter l’euro dissimulé dans la boîte à gants à utiliser pour le caddy au supermarché. Face à cet imposant butin, les gosses qu’on a fait bosser pour l’occasion, en ont complètement oublié leur faim, trop ravis de jouer à la chasse au trésor dans la Picasso.

Sauf qu’en bon rabat-joie que nous sommes, on met vite un terme à leur entrain en leur annonçant de but en blanc que 15 euros, ça paie seulement 3 kebabs qu’il va donc falloir se partager.

Nous voilà donc repartis à la recherche d’authenticité dans la vieille ville pour nous régaler d’un délicieux plat typique régional.

C’est aux Délices de Turquie que l’on fait nos parents sacrifice, laissant tels de grands seigneurs aux mouflets le plaisir de se partager les 3 sandwichs chichement payés, qu’on avait fort heureusement (et discrètement) demandé au chef de charger en oignons et en salade, conscient qu’avec tout ça, les gosses nous en laisseraient facilement la moitié sans même qu’on ait à le leur quémander.

Une fois rassasiés (je parle surtout de Miamor et moi), on se dirige vers le cours d’eau pour faire communion avec mère nature, jouer au bord de l’eau, faire des roulades dans l’herbe fraîche et des ricochets. C’est ainsi assoiffés de poésie et de bucolisme, mais aussi assoiffés tout court à cause de la surdose d’oignons crus dans le kebab, qu’on se trouve un petit coin de verdure le long de la Marne. Notre quête romantique est pourtant bien vite avortée par ce qu’on découvre une fois à destination : un parterre de vieilles canettes de bières et une bande de jeunes sur un pont, la musique à donf, s’élançant chacun leur tour dans des plongeons acrobatiques au péril de leur vie, aveuglés par l’alcool et sans doute aussi un peu par le fioul des bateaux qui tapisse le plan d’eau.

Mais comme on a pas trop le choix et qu’il faut tuer le temps encore quelques heures, on s’adapte et on se pose là, à les regarder faire leurs sauts de l’ange entre deux gorgées de mauvais whisky. Nos gosses sont ravis, c’est mieux que le cirque du soleil et disneyland réunis. Les deux grands rêvent de faire la même chose, l’un de réussir leurs cascades de l’extrême, l’autre de boire jusqu’à plus soif. Ma grande à moi, en pleine effervescence hormonale, reluque étrangement toujours le même gamin et joue beaucoup trop de sa chevelure à mon goût. Quant à la petite, elle s’emmêle un peu et ne cesse de répéter qu’elle veut faire de la natation synchronisée. Je sais, ça n’a rien à voir mais c’est toujours mieux que les majorettes.

15h, on commence quand même à se faire drôlement chier… d’autant que les jeunes fatiguent et se mettent à bronzer et à cuver leur mauvais alcool. Sans spectacle, on décide donc de rentrer tranquillement, en roulant au pas, pour arriver avec un peu de chance aux abords de 17h, heure à laquelle météo france a prévu de la pluie (même devant chez les lebec), sonnant ainsi le glas de la fête des voisins, et donc de notre périple au pays de la mythomanie.

Malheureusement, une fois dans la rue des alouettes, c’est le drame. Non seulement il fait un temps radieux mais en plus, tout le quartier est encore là, comme si tous les voisins, les fourbes, nous attendaient avec leurs cacahuètes et leurs tartes soleil au pesto provocatrices…

Conscients de notre échec, on sait qu’on ne va pas pouvoir y échapper d’autant que nos traîtres de gosses affamés sont déjà sortis de la voiture pour aller se goinfrer au buffet.

C’est comme des condamnés à mort qu’on rejoint l’attroupement, habillés comme pour aller à la messe mais puant la bière chaude, l’oignon cru et la sauce samouraï, et qu’on va saluer tous les ptits vieux du coin qu’on connait à peine.

Tandis que je me fais enlever par Dédé, un vieux de la vieille qui commence à me raconter l’histoire du lotissement et comment il s’est fait voler 3 fois sa tondeuse à gazon, j’aperçois Miamor comme ébahi par quelque chose un peu plus loin, au point de s’en étouffer avec son feuilleté à la knaki. Je le regarde s’éloigner un peu en toussotant comme attirer par ce mystérieux quelque chose à l’autre bout des tréteaux. En écoutant d’une demi-oreille le pauvre Dédé qui me donne maintenant les clés d’un bon taillage de thuyas, je peste intérieurement contre Miamor qui m’abandonne lâchement, alors que la taille de thuyas, c’est lui bordel, tout ça pour aller sans aucun doute goûter le fondant au chocolat de Monique qu’il aime tant !

Sauf que juste derrière le fameux fondant, je découvre une magnifique blonde au visage angélique, en train de se marrer avec la mamie du numéro 8, pour qui soudain Miamor semble avoir de l’intérêt et vient saluer comme si c’était sa propre grand-mère et qu’il venait lui faire ses courses et son ménage toutes les semaines. Mais je ne suis pas dupe. C’est la grande blonde qui l’attire. Rien de plus. Désolée Georgette, c’est pas pour prendre des nouvelles de ton arthrose de la hanche qu’il est là.

J’essaie donc de me dépêtrer des griffes de Dédé, histoire de ne pas trop perdre le contrôle et d’aller voir ça de plus près, mais en vain. Et voilà maintenant que j’entends ses lourdos de potos faire des blagues dans mon dos, genre “le Dédé, y va lever la voisine”. Haha. Elle est bonne celle-la. Un autre jour, ça aurait même pu me faire sourire cette blague potache, mais là les gars, je suis pas d’humeur apéro PMU, tout ce que je vois, c’est Miamor qui se la joue comme Dédé, mais avec la blonde sublime.

Je décide d’interrompre brusquement Dédé dans son monologue pour lui demander de but en blanc :
Mais dis donc Dédé, y a des têtes que je ne connais ici. Des nouveaux ou quoi?
Et c’est là que j’apprends que la plantureuse blonde n’est autre que Sabrina, notre nouvelle voisine.

Je suis dans de beaux draps tiens.
J’abandonne Dédé qui parle toujours sans s’être visiblement rendu compte que je n’étais plus là, et file rejoindre Miamor pour faire connaissance avec l’ennemie.
J’en profite pour choper en chemin une part de tarte aux pommes et ainsi ragaillardie, je m’avance vers eux en essayant de me convaincre que cette pouffe a, a minima 15 ans de moins que moi, et que c’est forcément facile d’être fraîche et élancée comme ça quand t’as pas pondu plusieurs chiards.

On casse un peu l’ambiance en débarquant, ma part de tarte et moi, interrompant visiblement une conversation passionnante entre Miamor et Sabrina donc, qui semblent déjà bien se connaître et se tutoient comme s’ils avaient élevé les cochons ensemble.

A peine ai-je le temps de m’incruster dans leur conversation qu’Antoinette décrète de sa grosse voix de colonel, qu’il va bientôt pleuvoir et qu’on a intérêt à tout ranger très vite, parce qu’elle, faut pas compter dessus, elle s’est déjà décarcasser pour trouver les tréteaux et tout organiser bon sang de bordel à queue.

Dociles, toutes les petites fourmis s’activent et rangent efficacement tout le bazar, ne laissant sur la chaussée qu’un vieux gobelet et un Miamor dépossédé de sa nouvelle moitié blonde, partie elle aussi, serviable qu’elle est cette fayote, mettre le taboulé dans des tupperwares avec Guitou, lui aussi sous le charme.

Une fois rentrés, je ne vous raconte pas le festival. Et Sabrina par-ci… Et Sabrina par là… Et le gâteau au chocolat de Sabrina, il est encore meilleur que celui de Monique… Et tu te rends compte, elle a presque ton âge (ha sans dec…incroyable…) Et tu sais quoi? Elle et son mec ont deux enfants dont un fera sa rentrée dans la même maternelle que la nôtre, c’est super nan?! On pourra se dépanner ! Elle est trop sympa en plus et d’ailleurs…

C’est là que mon seuil de tolérance a été atteint et que la guerre a été déclarée. Elle va voir la ptite Sabrina de quel bois j’me chauffe. Quand il s’agit de garder la tête haute, Antoinette, à côté de moi, c’est un enfant de choeur. Je ne vais pas me laisser abattre sans lutter.

Ni une ni deux, j’ai filé chez Monique pour qu’elle me donne sa recette de fondant.

On va voir qui fera le meilleur gâteau à la fête des voisins l’année prochaine ma petite cocotte.

Micheline is back

Bonjour à tout le monde !

Oui. Je sais. Ca faisait un bail. Mais j’ai de bonnes excuses, je vous assure!
Figurez-vous que « J’emmerde les femmes parfaites » a fait un tel carton que je suis devenue pleine aux as et, mon succès attisant inévitablement les jalousies, je me suis fait enlever avec demande de rançon qu’évidemment, Mi Amor n’a pas voulu payer. On est sous la communauté de bien.
Du coup, ne comptant que sur mon courage, j’ai tenté de m’évader en puisant dans mes vieux apprentissages de taekwondo en cours d’EPS au 2ème trimestre de 1ère L. Comme ça faisait longtemps que j’étais enfermée, j’avais des ongles de pied bien longs et pointus ce qui fait qu’en ratant mon coup de pied retourné, j’ai crevé l’oeil de mon ravisseur et j’ai pu me faire la malle.
A mon retour, Mi Amor avait claqué tous mes droits d’auteurs en extensions de Candy Crush et c’est ainsi que j’ai du changer de boulot pour nourrir nos enfants…

Bref, me revoilà donc parmi vous, avec le bout des doigts qui me titille (et les ongles coupés, rassurez vous) et l’envie de micheliner à nouveau à vos côtés.
Au programme donc de cette rentrée : un projet de tome 2 (et un contrat de mariage)
Et en attendant de vous faire lire mes nouvelles chroniques, je publierai de temps en temps de petits articles sur mon blog !

Allez, je m’y mets 🙂
A très vite
Kiss xxx
Micheline.

Conduite mal accompagnée

Quand j’étais lycéenne, ma vie tournait exclusivement autour de 3 objectifs majeurs à atteindre impérativement.
3 buts ultimes et décisifs à ma vie.
3 étapes qu’il me fallait absolument franchir le plus vite possible pour m’en débarrasser une bonne fois pour toute : avoir le bac, passer le permis et perdre ma virginité.
Rho ça va… J’avais 15 ans. Bon OK. 17… et demi.

Je tairai bien sur lequel de ces 3 obsédants objectifs m’a donné le plus de fil à retordre. Sachez seulement que j’ai brillamment eu mon bac du premier coup !

Dieu sait pourtant que je rêvais en ce temps-là de devenir enfin femme, libre de mes mouvements, de faire ce que je voulais avec qui je le voulais et quand je le voulais, tout en étant prudente bien sûr. Je n’en pouvais plus de sortir en boîte tous les samedis et de rentrer à pince comme une âme en peine ou de me faire raccompagner en voiture par une copine trop contente d’avoir un efficace faire valoir. Non, vraiment. J’en ai rêvé longtemps.
Et le permis a fini par arriver…

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis toutes les chances de mon côté. Mes parents avaient investi à partir de mes 12 ans dans un compte dédié à me payer la conduite accompagnée, pensant que ça ferait du passage du permis une pure formalité. Grossière erreur.

A 16 ans, quand j’ai touché l’enveloppe, il est clair que j’aurais nettement préféré claquer cet argent dans une chirurgie plastique mammaire, dans un tatouage intégral du dos ou dans un voyage roots en Thaïlande. Mais ce petit pactole m’a ouvert les portes de Stop Macadam, mon auto-école.

A moi les QCM à la mords-moi le noeud tous les jours après les cours dans une salle obscure et vide. A moi les yeux défoncés à force de scruter le fond gauche de la photo du rétroviseur, derrière le bout de feu rouge au 3ème plan pour essayer d’apercevoir le couvre-chef d’une vieille aux cheveux violets qui me dissuadera de cocher C/Faire une marche arrière.

Très rapidement (20 mois exactement plus tard, mais ce n’était pas une année bissextile, donc c’est vraiment passé vite), et après quelques tentatives manquées, j’ai eu mon code. Cette réussite, premier pas vers le Graal, ne fut pourtant même pas saluée d’un verre de Champomy, seulement d’une réflexion acerbe de mes parents, sans doute pilotes de rallye dans leur jeunesse, qui me rappelèrent gentiment que je devais oublier la conduite accompagnée vu le temps qu’il m’avait fallu pour le code.

Je devais quoi qu’il en soit démarrer les cours pratiques et heureusement pour moi, Stop Macadam prévoyait pour ses élèves les plus prometteurs les 2 premières heures sur simulateur. Du pain béni pour moi qui connaissais des problèmes de coordination et étais infichue de taper en rythme d’un doigt sur mon ventre et de faire des cercles avec l’autre main sur le dessus de ma tête.

Le hic, c’est que ce n’est pas seulement 2 petites heures que j’ai passées dans cette fichue boîte. Mais 10 ! 10 cours niqués sur mon forfait 20 heures à jouer à Mario Kart !
Ce n’est donc qu’après avoir parfaitement réussi un créneau en côte sur l’ordi avec mon joystick que j’étais enfin déclarée apte à prendre le volant d’une vraie voiture. J’ai alors eu l’immense privilège d’intégrer la 205 rouge de Stop Macadam aux côtés de Stéphane, moniteur vedette et emblématique patron.

Je passerai vite sur les méthodes pédagogiques de Steph, comme celle de me reluquer en me demandant sévèrement d’arrêter de flirter avec les trottoirs mais plutôt de le faire avec le moniteur. Je ne vous raconterai pas non plus combien cet homme était doté d’un humour fin et subtil, comme le jour où il a tourné le volant par surprise juste pour me faire faire un écart dans une flaque d’eau et arroser une brave et innocente mère de famille sur le trottoir. Qu’est-ce que c’était drôle. Non. Inutile de vous conter l’étendue des qualités professionnelles de Stéphane pour comprendre que mes dons de pilote n’ont pas été révélés grâce à lui. Ce n’est donc pas surprenant que j’ai dû repasser le permis à 4 reprises. Sans quoi, je l’aurais sans doute réussi du premier coup, ça va de soi.

Au bout de 3 tentatives manquées, emplie de désespoir, j’ai décidé de mon propre chef de reprendre quelques heures pour consolider mes acquis au risque de devoir supporter encore un peu Steph et son petit bolide. Au point où j’en étais… Mais en arrivant devant l’échoppe, j’ai trouvé les portes closes sur lesquelles était collée une affichette indiquant : « fermeture définitive ».

Quoi ? Stop Macadam définitivement fermé ? L’école ayant mon avenir entre ses mains, et accessoirement mon livret A dans sa caisse, disparue ?!?

J’ai appris peu de temps après, lors du jugement par contumace, que mon brave Stéphane avait mis les voiles avec cette fameuse caisse au Chili ou aux îles Caïman.
J’ai ainsi souvent eu lors de mes heures sup au Mac Do les dimanches soirs en nocturne des pensées émues pour lui, que j’imaginais en train de siroter une caipirinha au bord d’une mer turquoise et de se dorer la pilule grâce à la thune de mes anniversaires.

Une réinscription dans une autre auto-école et quelques cours de rattrapage plus tard, le Jour J (4ème du nom s’il est nécessaire de le rappeler) est arrivé. Je m’en souviens comme si c’était hier…

La peur au ventre, en arrivant sur les lieux du RDV, une autre victime attend déjà, dans le même état que moi mais néanmoins rassurée par une écharpe porte-bonheur en poils de renard qu’elle arbore fièrement autour de son cou. Manque de chance, l’inspectrice n’a pas l’air commode et nous fait vite comprendre qu’elle est bénévole à la fondation Brigitte Bardot. Ni une ni deux, la pauvre candidate se fait allumer par l’inspectrice plus vite qu’elle même n’allume le contact : « Comment voulez-vous ne pas être un danger public sur la route si déjà sans rien faire, vous êtes une tueuse d’animaux?!! ».
La pauvresse en perd ses moyens, et est rapidement invitée à me céder la place. Je crois que la prochaine fois, elle a dû investir sans une écharpe en viscose ou en peau de zibi mal façonnée.

Je prends le volant. L’inspectrice, furieuse, se lâche contre ces ennemis des bêtes en me guidant sans même faire gaffe à ce que je fais. Elle ronchonne en rabâchant que les humains, on en parle tout le temps, mais les animaux merde ! On n’en parle jamais, des animaux !

Et là les amis, portée à l’évidence par cet amour des bêtes explosant dans la voiture, ma conduite est parfaite, maîtrisée. Des gestes sûrs, un environnement appréhendé, un angle mort intégré, un stop en 3 temps compté, un véhicule dompté. L’inspectrice est sous le charme d’autant que j’abonde hypocritement dans son sens en m’improvisant meilleure amie des bestioles.

Alors qu’elle décide d’en finir pour filer retrouver Poumba, son jeune labrador tout juste sevré, elle me demande de me garer en créneau sur le bas côté. Je m’exécute consciencieusement, bien que déconcertée par l’absence de manette, car pleine d espoir quant à l ‘issue de cet examen. C’est alors qu’en m’approchant en marche arrière du trottoir, je sens mon pneu heurter un obstacle. Marche avant, je braque, je contrebraque et recule à nouveau. Et toujours cette résistance légère sous mes roues, comme une canette, ou une boîte de Happy Meal abandonnée. C’est donc ce que je décide que c’est, ne voulant pour rien au monde gâcher mon incroyable prouesse à cause des restes d’un vieux burger abandonné dans le caniveau. Et j’appuie sur l’accélérateur, je force sur cette masse pour bien me coller au trottoir. Le contact coupé, on sort de la voiture et l’air de la victoire monte en moi comme les bulles d’un Champomy tout juste ouvert, prêt à jaillir tel un feu d’artifice du 14 juillet. « Yes we did it, c’est gagné, c’est gagné, ouais! »

Mais la femme un peu revêche désormais sur le trottoir pousse un hurlement, et se barre en hoquetant sans me dire au revoir. Sans trop comprendre, mais tiraillée entre un sentiment d’aboutissement que seule connaît Dora l’exploratrice à la fin d’une mission, et une funeste intuition, je fais le tour de la bagnole et constate avec effroi que la boîte de Happy Meal était en fait un vieux pigeon désormais décédé, écrasé entre le trottoir et ma roue arrière.

Inutile de vous dire que j’ai dû attendre encore un tour pour avoir mon petit papier rose.
Et que désormais, je préfère Diego à sa connasse de cousine.

Mes folles nuits de sexe

Quand on me demande à quel moment j’écris mes chroniques, je voudrais en mettre plein la vue, raconter comment je pars m’isoler tous les dimanches dans ma maisonnette de famille au bord d’un lac, avec pour seule compagnie un petit ordi, un plaid et un feu de cheminée, et où je peux loin de tout laisser libre cours à mon inspiration et au talent d’écrivain qui me dévorent…
Mais pas de bol, je n’ai pas de maison de famille et mes dimanches, je les passe plutôt à Leroy Merlin ou au Buffalo Grill du Plessis Pâté (91 220, au cas où vous voudriez vérifier que ça existe), quand je ne me tape pas le match de hand d’un mouflet dans un gymnase surchauffé et moite qui sent le pied nu oublié dans une basket en toile en fin de vie, et dans lequel je n’ai même pas de réseau.

Du coup, je n’ai pas d’autre choix que de pondre mes minables chroniques entre 17h30 et 18h30 les jours de semaine, les fesses posées sur un siège râpé et poussiéreux du RER C, coincée entre un ado sourdingue fan de Maître Gims au point de s’en faire péter les tympans (et les miens du coup) et un cadre moyen somnolent encore imbibé des restes de son pot de 14h pour le départ en retraite de Jocelyne.

Et oui. Tandis que Pénélope et son mec vivent dans les beaux quartiers parisiens aux allures de village bobo branchouille, Mi Amor et moi nous sommes expatriés bien bien bien au-delà du périph (mais vraiment bien au-delà), non pas car l’herbe y est plus verte ou le jogging plus à la mode, mais parce qu’on n’en pouvait plus de dormir dans un clic-clac et d’avoir deux paires de lits superposés dans un 50 mètres carrés. Et aussi parce que j’avais pas réussi à convaincre monsieur Duchemol de m’augmenter.

Alors bien sûr, maintenant on a des mètres carrés en plus et un barbec, une chambre pour chaque morpion et un taille haies, mais on ne trouve pas un rapid pizza à la ronde daignant se déplacer jusqu’à chez nous et on se tape 2h30 de transport en commun par jour dans un train bondé à la circulation plutôt foireuse.

Je critique pas hein! Y a toujours de bonnes raisons devant lesquelles je m’inclinerais volontiers si je n’étais pas coincée debout entre le sac à dos d’un golgoth dans la tête et une main au cul. Faut comprendre quoi. Il y a des raisons de force majeure qui peuvent rendre un trajet moins confortable qu’un autre très occasionnellement….
Les conditions climatiques par exemple. Ou quand la bruine bretonne s’invite à Paris… Quand il flotte quoi.
Les obstacles imprévus sur les voies mettant en danger la sécurité des voyageurs, ou quand les feuilles mortes tombent sur les voies… En automne donc.
Les grèves inopinées … ou quand le conducteur du train de 18h23 doit partir plus tôt pour emmener le gosse au judo et n’est pas remplacé. Soit tous les jeudis.

Mis à part donc les jours de pluie, d’automne et les jeudis, nous avons le loisir de voyager agréablement en train et d’avoir tous les jours l’impression de partir en week-end. Presque.

Ce matin, c’est un bon jour, l’hiver est doux, les arbres sont nus et c’est vendredi, je suis donc confiante quant à la bonne marche de mon RER.

La gueule enfarinée et les marques des draps persistantes sur les joues, je me blottis contre la fenêtre du train en essayant de faire abstraction du siège qui me gratte les cuisses. Profitant du calme matinal qui règne dans mon wagon, je sors mon téléphone et m’attaque à une nouvelle chronique de Micheline : « Mes folles nuits de sexe avec Mi Amor ».

Tandis que je commence à peine à jouer des pouces et à m’imprégner de la Micheline attitude, la ventil sous la fenêtre se déclenche et me souffle en pleine face un vent chaud et sale digne d’un sirocco.

J’essaie de me décaler un peu mais le con de chauffeur qui doit vouloir faire une blague ou est en formation augmente encore un peu plus la soufflerie, au point que lors d’un ridicule clignement de paupière, ma lentille de contact gauche se fait la malle pour se loger dans la grille d aération qui longe la vitre.

Ceux qui me connaissent comprendront alors rapidement ma situation. Avec une lentille en moins, je n’y vois goutte. L’oeil droit est toujours corrigé certes mais l’autre ayant retrouvé sa liberté semble n’en faire qu’à sa tête. Tandis que mon oeil droit projette en 4k, l’oeil gauche se la joue Canal Plus non décodé dans une télé à tube cathodique.
Les mêmes devineront là encore aisément que je n’ai pas de paire de lentilles de rechange dans mon sac à main et seulement un vieux spasfon périmé depuis 2012 et des miettes de Figolu.

Ma seule solution pour continuer à écrire et aller au bout de cette journée, c’est donc de fermer l’oeil gauche. Autant dire que ça va être long…

Tout ce qui suit alors, imaginez-le bien, se déroule avec une Micheline au clin d’oeil permanent… ridicule et aveugle donc.

Malgré cela, je replonge dans mon Iphone et continue frénétiquement ma bafouille. Une nana vient alors s’asseoir en face de moi, farfouille dans son sac à main et en sort une grande trousse à maquillage. C’est là que démarre le chantier sans permis de construire: le plâtre et l’isolation, le placo et les finitions… Elle sort toujours un nouvel outil de sa pochette, comme David Copperfield sort un lapin de son chapeau. Je suis hypnotisée par cette reine du make-up qui se métamorphose sous mes yeux. Mieux qu’un tuto You Tube. Elle impose le respect. Pas un soupçon de dégueuli de mascara sur les paupières!! Une fois maquillée 3 fois plus que moi pour mon mariage, la belle décide de se faire une manucure. Je suis encore plus impressionnée par sa capacité à ne pas déborder malgré les secousses du train. Très vite pourtant, je passe de la fascination à la migraine grâce à l’odeur de vernis et de dissolvant qu’elle impose à ses voisins.
Et comme je ne cesse de la fixer d’un oeil, l’autre étant fermé je vous le rappelle, la fille se met à me regarder elle aussi bizarrement. Puis tout à coup, se penchant vers moi, elle décrète bien haut : “ J’aime pas les filles, désolée”, suivi d’un petit rire méprisant et fier de m’avoir salement brisée.

Ha. Elle croit donc que je lui fais un clin d’oeil… N’ayant pas envie de me justifier ni d’entrer dans un débat de chauffagiste, je me mure dans le silence pour me replonger dans ma chronique chaude bouillante. Mais à ma droite, un quinqua mal fagoté ne cesse de soupirer en lisant L’Equipe. La chaînette dorée emmêlée dans les poils de son torse, le type veut semble-t-il montrer que lui, les nanas, il les aime. Et pour témoigner de son imposante virilité, il écarte bien les cuisses (broyant au passage les miennes contre la paroi) comme s‘il possédait une paire si grosse qu’il ne pouvait pas serrer les jambes. J’aurais éventuellement pu m’accommoder de son gros paquet qui prend deux places mais notre Barry White des transiliens souffle comme un boeuf à chaque expiration et diffuse une odeur aigre post nuit blanche alcoolisée, tartines de maroilles et ail cru. Et c’est comme si cet air putride qu’il expire rebondissait contre les pages de son journal et revenait comme un boomerang en plein dans mes narines encore vierges du matin. Pourtant déjà bien gênée par mon oeil aveugle, c’est l’odorat que j’aurais aimé perdre là tout de suite, faute de quoi, je joue au cyclope imitant Jacques Mayol.

Sans doute parce qu’il pense bientôt conclure avec ma voisine d’en face, Big Boules se décide à prendre un chewing-gum. Soulagée, j’arrête ma séance d’apnée et tente de reprendre ma chronique. Mais impossible de me concentrer une fois de plus. Je perçois tout près de mon oreille de tous petits bruits de mastications sur lesquels je fixe, attendant toutes les 10 machouilles un bon gros bruit de langue pleine de salive qui vient frapper ses dents comme une vague frappe les rochers un jour d’orage. Plus j’entends ces petits bruits, plus je fixe dessus et attends avec angoisse la reine mère machouille, provoquant inexorablement chez moi une irritation telle que je rêve de fourrer mes mains dans sa grosse bouche, de lui arracher son chewing-gum comme on vide un poulet et de le lui fourrer ailleurs, et je ne parle pas du poulet. Ne pouvant malheureusement laisser libre cours à cette violente pulsion, ma seule arme est de le fixer et soutenir son regard (oui, d’un oeil) pour lui montrer qu’il me gave prodigieusement, en comptant sur ma capacité télépathique. Vain combat…

Quoi qu’il en soit, le train s’est arrêté et ne repart pas. Le chauffeur essaie par le micro de nous expliquer le problème mais quelques rangs derrière moi, une mère de famille en profite pour passer son coup de fil à sa gynéco et annuler son rendez-vous de 17h00. Tout le train est au courant des résultats de son frottis et du créneaux désormais disponible tant elle hurle. Par contre, personne n’entend que le train est supprimé et qu’on doit tous descendre comme des moutons et reprendre un autre train sur le quai d’en face qui ne me mènera probablement pas au boulot avant quelques changements mais qui, au moins, me libérera de mes potes de galère perturbateurs de sens.

De cette petite histoire, vous ne retiendrez sans doute qu’une chose. Les folles nuits de sexe intense avec Mi Amor.

C’est con, hein!? J’ai changé d’avis dans ce fameux wagon où j’ai préféré vous raconter mon quotidien d’usager SNCF. Mais je réalise seulement maintenant que j’ai oublié de changer le titre…

Je vide mon sac…

Hier j'ai vidé mon sac. Je vous vois déjà baver comme des chiens fous à l'affût d'un règlement de compte michelinesque en mode arrachage de cheveux, coups de boule et coups bas. Sauf que non, pas du tout. J'ai VRAIMENT vidé mon sac, mon sac à main quoi, et j'ai trouvé des tonnes de trucs sans intérêt expliquant toutefois la taille démesurée de ma foutue besace et son poids qui m'empêcherait presque de la mettre en soute et me colle par dessus le marché une terrible scoliose.

 

Avant tout, comme c'est mon sac à main, j'y ai évidemment trouvé les affaires de Mi Amor, à savoir son tabac, ses filtres, ses feuilles, son portefeuille et ses lunettes de soleil. Oui oui, ce même Mi Amor qui se fout tout le temps de moi parce que mon sac à main est toujours énorme et qui se vante de voyager léger.

 

J'ai aussi dégoté des miettes de barquettes à l'abricot et des gourdes de compote vides, le tout devant dater de mercredi dernier (au mieux) quand j'ai emmené les microbes au parc. Pourtant me direz-vous, je n'avais pas grand-chose à faire d'autre, tandis que les microbes faisaient du toboggan et se foutaient du sable plein le slip, que de trouver une poubelle. Certes. Mais il faut croire que plus on s'emmerde au parc (et c'est un pléonasme), moins on a envie d'en faire. Voyons toutefois le côté positif de la chose, pour une fois, la confiote n'avait pas collé partout. Ha si, en fait, j'en ai aussi sur mes clés de voiture.

 

Puisqu'on parle d'ennuie et de mouflets, ça me fait penser que j'ai aussi trouvé des jouets Kinder ou Mc Do tout dépareillés ou cassés. Cela dit, c'est pas comme si ces merdouilles étaient intéressantes même une fois reconstituées. Je me rappelle que je les avais pourtant gardées précautionneusement au motif que ça pourrait servir pour faire patienter les microbes un de ces jours. Illustration : un enfant s'impatiente au resto et hop, munition, maman sort un mini pingouin en plastoc qui fait du vélo ! Et c'est 3 minutes de tranquillité garantie. Le problème, c'est qu'en fait j'oublie que je dispose de ces précieux trésors, et que, dans le meilleur des cas, si j'y pense, ils sont complètement pétés et je passe 3 plombes à essayer de les re-fabriquer (car oui, sans la notice, c'est vachement dur de monter un jouet Kinder) réduisant ainsi mes quelques minutes de paix à néant.

 

Une fois évacuées les affaires des uns et des autres, j'ai quand même trouvé dans ce sac quelques trucs à moi, dont un tampon. Cette saleté de rembourrage a la fâcheuse habitude de tomber systématiquement de mon sac quand je suis en rdv pro et que je cherche un stylo, mais en revanche de se cacher je ne sais où quand je suis coincée aux toilettes, m'obligeant à envoyer du fond de mon trône un sms à une collègue pour qu'elle vienne me glisser la sphaigne salvatrice par dessous la porte. Il est loin le temps où j'étais gonflée d'orgueil quand ma Vania tombait de mon sac de cours sous les yeux de tous mes potes de 5ème D, prouvant ainsi à tous ces gamins boutonneux que oui, moi aussi j'avais mes règles et j'étais une femme. Aujourd'hui, je peux vous avouer que tout cela n'était alors que du bluff et qu'il m'a fallu attendre la fin de 3ème pour l'utiliser cette garniture précieusement conservée et fort heureusement sans délai de péremption.

 

J'ai aussi retrouvé au fond de ce sac un magnifique rouge à lèvres qui m'a coûté un bras mais que je ne mets jamais parce qu'il colle et que Mi Amor DETESTE les gloss qui collent. Cela dit, moi non plus je ne suis pas fan. Ca n'arrive qu'à moi les cheveux qui s'agglutinent sur les lèvres glossées au moindre coup de vent, et qui, quand tu les décolles, te foutent de la matière collante et rose plein les joues ?

 

J'ai aussi sorti de mon sac mon passeport que j'ai pour le coup toujours sur moi au cas où Mi Amor veuille me surprendre et m'enlever pour un week-end surprise en amoureux… Faudrait que je vérifie s'il n'est pas périmé d'ailleurs.

 

Vie de mère, vie de femme… parlons un peu vie de crotte maintenant ! Car dans mon sac, j'ai aussi trouvé le porte-clé-jeton pour caddy offert par mon mousquetaire préféré, mais, et c'est bien là le problème, sans le-dit jeton. Ce qui fait qu'en plus de collectionner un immonde porte-clé supplémentaire, mais j'y reviendrai, je me tape le caddy camion à chaque fois que je vais au supermarché. Mais si, le caddy camion, vous savez… Le truc qui est tellement large qu'avec tu ne passes pas dans tous les rayons! Le machin qui permet à tes enfants assis dedans à l'abri de ton regard de choper plein de trucs et de les cacher sous leur volant pour te faire sonner à la sortie du magasin !! Mais si, vous voyez ! Le chariot de malheur que vous vous jurez de ne plus jamais reprendre mais que finalement vous vous coltinez à chaque fois parce que justement vous ne retrouvez pas votre putain de jeton ! (et sans doute aussi parce que vous êtes un être faible, un peu)

 

Dans le genre fille ordonnée, j'ai sorti tous mes tickets de carte bleue que je garde précautionneusement dans un élan de bonne résolution consistant à enfin faire mes comptes, paperasse minutieusement accumulée petit à petit dans mon portefeuille (ça porte bien son nom finalement) jusqu'à le faire exploser. Ce qui est triste, c'est qu'une fois mon sac vidé et cette quantité de tickets retrouvés, je les jette en bloc à la poubelle sans même les regarder. Mes résolutions ont, contrairement aux protège-slips, une durée de vie bien limitée.

 

J'ai aussi ressorti de tout ce fatras le planning à moitié déchiré de mes cours de gym. Même destination que mes tickets de CB. No comment.

 

Last but not least, je suis tombée sur un incroyable stock de barrettes et pinces en tout genre, toutes dédiées à dompter mes mèches rebelles qui rebiquent et frisent en temps de pluie. Ceci dit,  un parapluie serait sans doute plus approprié. Mais celui-là, je l'oublie tout le temps.

 

J'ai enfin sorti de mon sac un trousseau de clés de 18 kilos, ornementé d'une multitude de breloques offertes par chacun de mes mouflets à chaque fête des mères et choisies avec le plus (mauvais) goût. Le critère premier étant le côté imposant de la chose, laissant ensuite libre cours à la créativité artistique, et me permettant ainsi d'avoir, en plus d'un porte-clé lourd et encombrant, un porte-clé poilu, plumu, fluo ou en forme de boule à neige, voire même faisant de la musique, mais dans tous les cas, TOUS, un porte-clé moche.

 

Maintenant que j'ai vidé mon sac, je vais remplir ma valise ! Ciao tutti !

 

Ma copine Pénélope

Hier, j'ai mangé avec ma copine Pénélope.

15 ans qu'on se connaît… Je l'ai toujours admirée Pénélope. Au lycée déjà, elle faisait tourner toutes les têtes. Blonde, des traits d'une finesse incroyable, une peau diaphane, un corps de danseuse. Le parfait mélange entre Michele Pfeiffer et  Scarlett Johansson. C'est vrai qu'elle est sacrément canon Pénélope.

En plus de ça, cette fille est brillantissime. Diplômée d'une grande école, elle aurait tout aussi facilement pu devenir astrophysicienne ou magistrate.

Malheureusement pour moi, elle est aussi très sympa et cool, ce qui ne m'autorise pas à la détester.

Donc, hier, j'ai mangé avec ma copine Pénélope.

Comme d'habitude, elle se pointe en retard car elle sort d'une réunion super importante, avec des gens supers importants, dans son boulot super important. Pimpante malgré tout, elle me parle de sa semaine dernière à Londres, de son futur déplacement à Berlin, de son colloque à Washington, de son interview à Canal+, de ses cours de yoga, du sublime curry vert qu'elle a concocté hier soir, de sa dernière trouvaille chinée le week-end dernier, de son formidable petit ange, blond lui aussi, qui vient de sauter la grande section, de son...

Elle est cool Pénélope. Je n'ai pas le droit de la détester, pas même un peu. Non, non, non. Pas même un peu...

Bref, pendant qu'elle parle Pénélope, moi, je m'empiffre de ma salade de choux (celle qui va m'en laisser plein les dents et me ballonner pour l'après-midi), en l'écoutant et en l'enviant un peu quand même. Ca me rappelle le lycée quand elle me racontait ses histoires de mecs et que moi, mes seules anecdotes se résumaient à la fois ou untel m'avait adressé la parole au bar pour que je lui passe les cacahuètes ou mieux, pour le renseigner sur la situation matrimoniale de Pénélope.

Donc je l'envie un peu Pénélope. Mais au fond, Pénélope, c'est juste un idéal, un cliché que je ne serai jamais même si j'y mettais toutes mes forces. Elle ne réveille en aucun cas de douloureux complexes. Plus maintenant en tout cas. Non. Pénélope me renvoie simplement à mon imperfection la plus absolue et assumée et avec un soupçon de recul, je trouve même ça plutôt marrant ce contraste!

Voyez plutôt…

J'adore la danse moi aussi mais je n'ai jamais été bien gracieuse dans un tutu (ca faisait même marrer ma prof de m'appeler la "Grasse". Haha. c'est vrai que c'est drôle.)

Je ne suis pas ce qu'on dirait brillante non plus. J'ai fait des études honorables mais banales, pour trouver un boulot correct mais banal, que j'occupe d'ailleurs de manière efficace mais somme toute banale.

Mon seul moment de gloire avec la presse remonte quant à lui à mes 10 ans quand j'ai été tirée au sort à la fête de l'école et gagné un voyage aux Baléares remis officiellement par Môssieur le Maire, intense moment immortalisé (grâce à sa présence) par un toppissime quart de page dans le Canard local...

#Madecoamoi,  c'est plus du Ikea inspiration Maison du monde collection 2012 (pas chère et t'es sûr de pas te gourer).

Quant à ma dernière tentative culinaire, elle remonte à mercredi dernier quand avec mes 2 moufflettes, j'ai concocté une sublime brioche esprit pain d'elfes, qui a injustement fini sa triste existence dans la mare du voisin parce que les canards, eux au moins, ont su reconnaitre ses qualités nutritionnelles pourtant évidentes.

Bref, ma copine Pénélope, en l'écoutant parler, m'a simplement renvoyée à ma banalité, à mon côté...Micheline si vous voyez ce que je veux dire.

Et vous savez quoi ? Je me suis dit que je ne devais pas être la seule Micheline à avoir une Pénélope dans ses copines.

J'ai donc eu envie de partager cette michelinesque expérience, de clamer haut et fort ma totale imperfection, et puis d'essayer d'en rire, tout en me trouvant des milliards d'excuses bien sûr... car une Micheline est TOUJOURS de mauvaise foi!!!

Et oui les gars!  J'ai du bide mais 4 mioches hyperactifs, qui s essuient le nez tous les matins dans mon manteau et sont pleinement coupables des crayons de couleur et des miettes de gâteaux écrasés dans mon sac à main!

J'ai aussi un boulot ultra-speed qui me prend beaucoup de temps, ce qui me contraint vous vous en doutez à supporter poils aux pattes en toute saison et coiffure de merde ornée de racines blanches et de frisures improbables qui sèchent dans le métro le matin!

J'ai par ailleurs la malchance d'avoir le pied large, handicap majeur provoquant systématiquement des ampoules aux pieds immédiates dès lors que j'essaie de mettre des talons de plus de 3 cm.

Quant à mes fringues toujours mal coupées !? C'est pour la simple et bonne raison  que je suis contrainte de faire mon shopping par internet (et donc sans essayer) pour éviter d'avoir à supporter une séance magasins avec une petite furie de 2 ans qui passe son temps à arracher tout ce qui se trouve sur un cintre en passant entre les rayons ou mieux, à ouvrir le rideau de la cabine d'essayage juste au moment où je suis en soutif/culottedépareillés/protège-slip/chaussettes trouées/poils aux jambes pour m'humilier lamentablement devant le premier vendeur venu.

Bref, je suis certaine qu'on a toute un peu (ou beaucoup) de Micheline en nous, et que ce n'est pas forcément ce dont on est les plus fières.

Et si en plus, comme moi, tu as une amie Pénélope que tu adorerais détester, que tu as des milliers d'imperfections et encore plus de bonnes excuses, alors n'hésite plus et rejoins lesMicheline.fr  !

Tu détesteras m'adorer tellement on se ressemble....

🙂