Le festival de rock

Le festival de rock

Hier, j’ai accompagné Mi Amor à un festival de rock dans lequel lui et son groupe faisaient un concert. Même si c’était un festival hyper underground rock à la limite du hardos, je trouvais ça marrant de profiter de leur accès à toutes les coulisses et de les suivre partout comme une VIP (ou plutôt comme un toutou, mais VIP ça fait mieux). A moi le backstage, le sexe, la drogue et le rock’n roll !!!

 

Quand on arrive tous les 5 sur place, les organisateurs trop cool nous remettent le graal, une sorte de badge en collier à porter tout le temps comme preuve de notre privilège d’être un peu des stars (ou tout au moins des pièces rapportées parasites en ce qui me concerne).  Peu importe, pour moi, c’est la décoration ultime ! J’ai l’impression de recevoir la légion d’honneur quand on me le remet!

 

Tandis que j’admire mon précieux trophée facilement gagné, on voit arriver au loin une grosse camionnette noire rutilante aux vitres teintées… LA bagnole de stars. Elle s’arrête juste devant nous et en descend une ultime bombasse, puis une deuxième, puis une troisième et une quatrième.  Quatre sublimes blondes platines au maquillage gothique et lookées comme des reines de la nuit : collants résilles, short ras-le-bonbon déchiré ou pantalon de cuir ultra moulant, et le fameux débardeur taille xxxxxxS laissant entrevoir nombril percé, tatouages sataniques et abdos bétons  ou bien le débardeur xxxxxxxL qui tombe négligemment sur leur épaule pour dévoiler les 3/4 de leur soutif.

 

Bon, entre nous, je vous parle de reines de la nuit, mais pour tout vous dire, je les trouve effroyablement vulgaires ces espèces de canons à la star attitude savamment travaillée. Elles sont pourtant inconnues dans la discothèque de Micheline… Je ne vois même pas qui c’est. Mais j’apprends que ce sont LES stars du festival. On les appelle… les Barbies Crucifiées. Mouais. Jamais entendu parler. J’aurais plutôt parié sur les Misfits d’ailleurs.

 

Elles se fendent d’un bonjour à l’équipe, et nous font même  l’aumône d’une bise. Enfin, d’abord aux mecs évidemment à qui elles sourient en faisant glisser leur bretelle de push-up (bitch va). Quant aux nanas …(ha ben en fait y a que moi) elles se baissent très ostensiblement pour être à ma hauteur  et me font la bise en se parlant entre elles dans une langue de blondasses. C’est aussi humiliant que si j’étais Sim et que je défilais torse poil à côté de Brad Pitt. Juste leur faire une micro bise sous les yeux de Mi Amor est un supplice : les Barbies Crucifiées versus Micheline, dérivée d’Anne Roumanoff version naine et boudinée dans son jean bleu la Redoute, son petit t-shirt blanc de vierge effarouchée et ses converse proprettes.

 

Apres cette courte mais pénible humiliation, on apprend que ces bitch, pardon blondes, sont  fatiguées de leur voyage de 3 heures en avion en première classe. Ni une ni deux, mes 4 acolytes musiciens, cons comme des ânes, se proposent de vider la voiture de leurs matos. C’est vrai quoi, nous on est juste partis à 4 heures du mat, on s’est tapé les bouchons, on a mangé sur l’autoroute un infâme jambon à l’os trempant dans un jus de coquillettes, et on est arrivé puants et nases à ce festival il y a tout juste 10 minutes sans même avoir eu le temps de poser nos valises ni même de pisser mais pas de problème les grogn… pardon blondes, on va vous aider!

 

On se met donc tous à sortir leur matos de la camionnette. Au début, elles font mine de participer, au moins pour ramasser une cymbale par terre ou sortir un câble, le tout en profitant de se baisser pour cambrer le dos et montrer leur croupe bombée à la perfection dans leur legging en skaï. Ca doit transpirer à mort là-dedans, c’est certain. Mais ça bien sûr, les mecs s’en foutent royalement! Le bassiste qui nous accompagne semble hypnotisé par ce voluptueux spectacle et en sortant une guitare du coffre sans regarder ce qu’il fait, forcément, me fout le manche dans la tronche. Faut-il que je porte moi aussi un pantalon en cuir plastifié pour être un peu considérée ? En tout cas, pour l’instant, je ne porte que leurs grosses malles de merde pendant que les mecs sont tous occupés à mater les fessiers de ces sal…, pardon blondes.

 

Je commence à bougonner dans mon coin… C’est vrai quoi ! S’il suffit d’un look et d’une attitude pour recevoir un peu d’égard, pas de problème ! Je peux me tatouer de partout pour cacher mes vergetures, mettre une gaine sous mon shorty, et piquer le  t-shirt mickey de ma gosse de 4 ans pour montrer mon nombril !!!! Bon ok. Oui. Et aussi acheter un push-up ultra rembourré et arrêter de manger pendant plusieurs semaines… Cela dit, ces pou…, pardon blondes, doivent ne rien bouffer pour avoir ces corps !

 

C’est l’heure de grignoter avant le concert justement. Les mecs se sont déjà fait enlever par les organisateurs à l’intérieur de la grande tente qui sert de cantine aux musiciens. Moi, je m’apprête à les rejoindre précédée des quatre Barbies Crucifiées.

Devant l’entrée de la tente, un gros malabar veille à ce que n’entre pas dans cette tente privée qui veut. Seul les VIP munis de leur précieux coupon y sont autorisés. Les rad…, pardon les Barbies Crucifiées, passent devant lui une à une pour entrer sans encombre, il fallait s’en douter. Le type est en extase devant ce quatuor qui tortille de la miche et semble tout droit sorti de Mad Max. Moi, je les suis de très près. Je les déteste toujours bien sûr, mais je compte bien profiter de ce moment d’égarement de la sécurité pour entrer tranquillement. Sauf que non ! Après Mad Max, voici Joséphine Ange Gardien! Le molosse en sort même de sa léthargie, la vision de ma pauvre personne ayant dû le ramener à sa triste réalité. Du coup, il se souvient qu’il est vigile et me demande ma saleté de coupon d’accès que j’ai bien sûr perdu en jouant les bagagistes tout à l’heure. Tandis que mes 4 sorcières s éloignent sans un regard, je tente de lui expliquer que je suis avec elles, mais étrangement il ne me croit pas et alerte la direction qui vient au bout de 10 minutes vérifier que mon nom est bien sur la liste, encore faut-il que je leur montre ma carte d’identité. C’est vrai, on ne sait jamais, je pourrais avoir envie de braquer la cantoche et embarquer dans la violence le dernier plat de quenelles!! Merde alors!! J’en suis réduite à vider mon sac pour trouver ma pièce d’identité périmée depuis 2 ans et à devoir me justifier tout ça pour avoir le droit de bouffer du poulet froid et un oeuf mayo au milieu de musiciens affamés ??!!!

 

Enfin, affamées, elle doivent l’être à chaque seconde ces bitc.. pardon blondes,  épaisses comme mon dernier compte-rendu de réunion! Sûre que ces nanas-là ne vont pas prendre ma part. Et facile d’être aussi bien foutue quand on ne mange que de la salade!!!! Moi, j’ai enfin pu rentrer, les Morticia ont disparu (sans doute parce qu’elles ont déjà terminé leur feuille de laitue) mais je vois Mi Amor et ses potes un peu plus loin. Je me sers en vitesse un bon gros plat de frites et nuggets accompagné d’une bière (puisque de toute manière, je n’ai pas de shorty et mon pantalon La Redoute est extensible) avant de les rejoindre. C’est là que j’entrevois 4 têtes à coiffer assises un peu plus loin, attablées avec une bière elles aussi, et des énormes assiettes pleines de frites surplombées d’un gigantesque burger aussi gros que gras. Ca me coupe l’appétit tiens.

 

Après cet épisode plus efficace qu’un mois de slim-fast, les vrais gens importants qui sont là pour quelque chose (c’est-à-dire tout le monde sauf moi) vont se préparer pour les concerts du soir. Les Barbies Crucifiées, elles, ne jouent que demain. J’ai donc l’infini privilège de pouvoir venir backstage à leurs côtés pour regarder Mi Amor et son groupe performer.

 

Tandis que je regarde les mecs brancher leur matos (les espèces de p…pardon les blondes, à côté de moi, parlent une langue nordique que seules les blondes canons doivent connaitre), Mi Amor sur scène se penche vers moi pour me dire qu’ils ont oublié la bande qui doit faire un chœur sur plusieurs chansons. Au fond de moi, je me dis que Mi Amor m’en parle parce que je chante plutôt pas mal, que je connais parfaitement leurs morceaux, et qu’il me tend une perche pour savoir si je peux les dépanner et monter sur scène avec eux !!! Je ne l’écoute déjà plus… je me vois sous les projos,  encensée par la foule en délire. C’est peut-être là l’occasion de commencer une nouvelle carrière autre que les soirées karaoké ?! Je m’apprête à accepter, frôlant déjà mes plus délirants rêves d’adolescentes, quand je vois Barbie Crucifiée en chef monter avec eux sur la scène. Mi Amor est déjà reparti, et donc, apparemment je suis la seule à avoir pensé à moi-même pour chanter.

 

Elle connait même pas les morceaux qu’on m’explique ! C’est encore l’effet pantalon de cuir moulant, c’est ça ?? Remarque, ils ne prennent pas de risque. Au pire, elle se vautre (pitié… faites qu’elle se vautre), ça fera au moins plaisir aux yeux de la moitié des spectateurs, à défaut de satisfaire leurs oreilles.

 

Le concert commence. Et Micheline est bien obligée de reconnaître que cette nana chante comme une déesse. Comme si ça ne suffisait pas d’être une bombe, et d’avoir une classe de dingue en jouant de la guitare (oui, elle joue aussi de la guitare). C’est clair que moi sur scène, j’aurais eu le charisme d’une moule et l’aisance d’un gosse de 3 ans à l’Ecole des Fans. Mais là, que vois-je… Ne prendrait-elle pas un peu ses aises cette chienne… pardon chanteuse ? Elle jette des œillades à Mi Amor qui joue pas loin, et voilà qu’elle vient jouer à côté de lui, se tortiller devant lui dans un orgasme musical !? Il faut que j’agisse. Que je montre à Mi Amor que je  ne suis pas une nonne perdue au milieu du HellFest ! Pas besoin d’un soutif déchiré, d’un cul de mannequin et d’un look à faire frémir Marilyn Manson! Je repère un mignonnet dans le public pas loin de moi et décide de tenter une approche pour discuter, juste pour que Mi Amor nous voit rigoler de loin.  Mais je sens un bras sur mon épaule, ou devrais-je dire un poids mort. Il appartient à une espèce d’épave bourrée comme un coing qui s’accroche à moi juste pour ne pas tomber. J’essaie de m’en décoller mais il s’accroche et mon petit mignon a disparu. Je devine Mi Amor sourire de plaisir.

 

A la fin du concert, je suis couverte de bière que le pauvre type imbibé m’a renversé dessus en tanguant scotché à moi comme un naufragé s’accroche à une bouée. J’en ai le mal de mer. Les gens affluent de partout. C’est un succès. Malgré une immense jalousie, et un certain agacement de cette soirée où je ne trouve pas ma place, j’ai un regain de fierté de connaître le groupe…  Ca me détend même un peu, et les effluves de bière aidant peut-être, je commence à discuter avec les Barbies restées sur le carreau avec moi en baragouinant une langue que seuls les amateurs de bières au litron connaissent. Le pire, c’est qu’elles sont sympa ces conn… pardon, ces blondes.

 

C’est là qu’on est interrompu par un groupe de nanas en délire, qui, étrangement, ne s’adressent qu’à moi… Aurais-je trop abusé de la bière moi aussi pour que mon esprit en quête de reconnaissance me joue des tours? Pensent-elles ces braves fans que je suis l’agent d’un des groupes ? Ou peut-être même qui sait que je suis la cinquième Barbies Crucifiées qui a juste oublié sa tenue de scène ? Plutôt flatteur tout ça finalement…

Ha non. Elles me tendent une dizaine d’appareils photos et filent poser, bras-dessus bras-dessous avec leurs idoles… les Barbies Crucifiées.  Les vraies. Les bitch. Pardon les blondes.

 

Pour une fois que j’ai le droit de prendre une photo…

 

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