Hier, j’ai eu 16 ans

Hier, j’ai eu 16 ans

Hier, j’ai eu de nouveau 16 ans. Ma copine Pénélope m’a invitée à un concert revival exceptionnel du groupe de notre jeunesse dont on a repris maintes et maintes fois les titres sur la route de nos premières vacances sans parents, et dont le viril leader a été notre premier amant… Enfin le mien seulement. Pénélope a eu un vrai mec, elle.

Quoi qu’il en soit, ce chanteur est l’idole absolue de ma jeunesse, mon sex-symbol, mon fantasme sur pattes, muscles et tatouages, celui pour lequel j’ai même le droit de tromper Mi Amor si jamais je venais à le croiser (comme si c’était la seule inconnue au tableau…). Bref, c’est le mâle 2.0.

J’aurais déjà du le voir à 2 reprises mais le destin en avait décidé autrement, rendant mon rêve de respirer le même air que Lui inaccessible. La première fois, 2 jours avant la date fatidique lors d’une soirée étudiante, un pote aussi haut que large et sans doute fortement imbibé s’était lamentablement vautré m’emportant avec lui dans sa chute et me brisant la clavicule. La seconde, j’étais enceinte de quelques mois et alors victime de fortes nausées qui décidèrent de me donner du fil à retordre le jour J et me firent passer la soirée à Bercy certes, mais plutôt au niveau de son parking souterrain à vomir mes tripes entre deux bagnoles.
Alors, cette fois-ci, même 20 ans plus tard, c’était un peu ma dernière chance, et j’avais la ferme intention d’en profiter comme j’aurais du le faire autrefois.

Manque de chance, en ce grand jour, les éléments ne m’étaient guère favorables : une réunion super guindée dans un trou paumé à l’autre bout de la France m’a d’abord obligée à mettre des pompes d’hôtesse de l’air qui font mal aux pieds et une chemise austère en synthétique qui fait bien transpirer, et par dessus le marché m’a arrachée du lit aux aurores pour être à l’heure à Trifouillis-les-oies.

17h. Après une journée bien ennuyeuse, moi et mon look de vieille fille sommes dans le train qui nous ramène à la civilisation. Depuis mon siège SNCF qui gratte et sent le tabac froid, je songe à la soirée que j’aurais bien aimée avoir là tout de suite. Et je dois bien avouer qu’à cet instant précis, avec mon Rimmel dégoulinant, mes pieds gonflés et mes dessous de bras malodorants, mon sautillant mâle torse poil ne fait pas le poids face à une soirée Joséphine Ange Gardien avec Mi Amor en sirotant un pisse-mémé. Mais pas le choix, Pénélope m’attend dans un rade branchouille où elle connait tout le monde. Je dois avoir 16 ans ce soir.

Telles des célibataires sans enfants qui se retrouvent après le boulot pour la happy hour, on se commande deux pintes histoire de se mettre en jambe comme jadis. Malheureusement les temps changent… on parle nounou, boulot et mensualités de remboursement de prêt immobilier ou politique de raison, et moi, je vais évacuer mon litron tous les quarts d’heure à cause de cette satanée bière.

On file ensuite à Bercy. Pardon, BercyArenaHotelClubMaxiLoungeUnderScoreArevapolis… Evidemment les vrais jeunes sont dans la fosse. Pour Pénélope et moi, le temps des pogos étant révolu, surtout avec ma sciatique, 2 sièges numérotés nous attendent. C’est donc confortablement installées qu’on attend que ça commence en s’enfilant quelques chips au sorgo sauvage que Pénélope a ramenées. A peine les lumières éteintes, me prend l’impérieuse envie d’embêter toute ma rangée pour retourner aux toilettes et me purger une énième fois de ma rôteuse.

De retour, j’ai le plaisir de découvrir le groupe en première partie, un groupe soi-disant hyper en vogue aujourd’hui dans le tout Paris me dit Pénélope. Jamais entendu parler. Bon… et bien au bout de 3 minutes, et contrairement à toute la salle, je me sens à des années lumières de ce monde là. Pas même leur tube “j ai une mycose” interprété avec un melon aussi gros que leurs fausses notes ne parvient à me faire apprécier leur son, comme semblent pourtant le faire les quelques 5000 personnes qui m’entourent. Le pire, c’est que ce titre me donne illico envie de retourner aux toilettes, me faisant maudire une nouvelle fois par mes voisins de rangée qui surkiffent ce si bon morceau. Pour ma part, je décide à cet instant d’arrêter la bière à tout jamais et fais un détour au stand boules quies pour me donner l’impression que je n’ai pas perdu mon temps dans mes allées et venues et aussi parce que le son est vraiment fort quand même.

Heureusement pour mes tympans, la torture cesse et les blaireaux frangés se font la malle. On en profite avec Pénélope pour actualiser nos connaissances de midinettes sur notre idole et ses sémillants acolytes. Et là, c’est le coup de massue porté par Wikipedia. Ma rock star aux cheveux longs a 53 ans. Oui. 53 ans. Comme si ma sciatique, ma vessie ramollie et mes oreilles fragiles ne suffisaient pas, je vois encore un peu plus mes 16 ans s’éloigner…

Mais Il entre en scène, enfin. Le gens devant nous se lèvent, m’obligeant à faire de même pour espérer apercevoir mon étoile… de 53 ans donc, et vêtue de leggings tsum tsum QueMêmeMaFilleDe3ansElleTrouveCaMoche, et portant moustache à la gauloise et coupe de Playmobil drôlement pas saillantes. Qu’est donc devenu mon si beau et rebelle Mohican…?

Debout sur la pointe des pieds derrière un golgoth, j’essaie de suivre le show sans trop reconnaître les morceaux qui jadis m’ont fait vibrer. C’est qu’ils en ont fait quelques autres des albums en 20 ans… comme je ne vois rien, je suis en louchant sur le portable de ma voisine de gauche qui, comme à peu près tous les gens qui peuplent la salle, assiste au concert à travers son smartphone. Etrange pratique…

Il me semble en tout cas entendre mon vieux beau nous raconter des choses trop poilantes avec un accent californien à couper au couteau. Enfin, je dis ça, n’allez pas croire que je reconnais l’accent californien. Nan. C’est Pénélope, polyglotte, qui me fait cette remarque et me traduit sans que je ne le lui demande tout ce qu’Il raconte, présumant ainsi de mon ignorance linguistique.

Le concert fini, je n’ai plus de dos, et pour rentrer chez moi, plus de RER ni taxi à moins de 100 balles. Je me fais donc inviter chez Pénélope, pour dormir dans un lit chiné en rotin et des draps cousus main par un designer hollandais. Il est tard, j’aurai pas mes 8 heures de sommeil, ça craint. Il me faudra au moins 3 jours pour me remettre. J’envoie de mon lit un message à Mi Amor pour savoir si les enfants ont été sages et s’il a pensé à lancer une machine.

Hier, j’ai eu de nouveau 16 ans donc. Mais pas longtemps. Nan, vraiment pas.

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