La comédie romantique

La comédie romantique

Hier, j’ai regardé une comédie romantique. A 21h30, tous les mômes étaient couchés et endormis après nous avoir fait remonter 20 fois pour un pipi, un cul qui gratte, une soudaine envie de câlin ou une ultime vérification d’absence de sauterelles mangeuses d’hommes sous le lit, et on a pu se mater un petit film peinards dans le canap, film que pour une fois j’avais choisi, et bien mal m’en a pris.

Telle une grosse baleine échouée sur le sofa, je regarde d’un oeil vitreux Mi Amor s’affairer à ses mille branchements pour que le format XP92 du film en Dolby Stereo multi complex soit compatible avec la télé 55 pouces grâce au miraculeux câble switch ethernet turlute machin chouette qui nous donne un son d’enfer… perceptible toutefois à toutes les oreilles sauf aux miennes.

Bien sûr, puisque ça ne marche pas comme il voudrait, Mi Amor commence à s’énerver en s’en prenant aux 7 télécommandes dispersées dans toute la maisonnée. Et puis comme ça n’apaise toujours pas son courroux, je commence à en prendre pour mon grade parce qu’après tout, c’est moi qui ai insisté pour regarder cette foutue comédie!

Il n’a pas totalement tort cela dit. Ca n’a pas l’air d’être du grand cinéma tout ça. Mais ce soir, je suis d’humeur pour un film à l’eau de rose, léger et plein de bons sentiments : voir la vraie vie d’un oeil positif et léger en somme.

On commence enfin à découvrir ce chef d’oeuvre du 7ème art… Elle, que nous appellerons Gwyneth, est une brave fille de fermiers montée à NYC pour tenter sa chance dans la photocopie en entreprise. Forcément célibataire et maladroite, elle arbore tous les artifices de la fausse moche : le sourcil broussailleux, les lunettes en cul de bouteille triple foyer, le sous-pull en acrylique à rayures datant d’un autre siècle, et comble de la caricature du pseudo laideron, l’appareil dentaire.
Figurez-vous qu elle tombe alors raide dingue de son big boss, Bill, un bellâtre aux dents blanches qui rayent même la moquette et qui enchaîne les conquêtes comme mes gosses s’enfilent les Smarties, et ne se soucie pas un instant de sa préposée à la repro.

Eperdue d’amour pour ce connard méprisant, la pauvre Gwyneth se confie donc lors d’une pathétique soirée burritos dans un bouge du Queens à son meilleur ami et colocataire qui, je vous le donne en mille, est homosexuel.

Comme je m’ennuie un peu et que les voir s’empiffrer de burritos me donne faim, je vais nous chercher une glace et du chocolat en espérant que ça apaise Mi Amor qui marmonne dans sa barbe de lui rappeler de ne plus jamais me laisser choisir un film.

Mais ça y est, ça devient intéressant! Enfin, les deux cocos que tout oppose si finement se retrouvent un soir comme deux cons au bureau (quel hasard quand même que le boss et la chargée de photocopies fassent des heures sup en même temps!) et il remarque enfin la fille au col roulé, alors que ça fait 1 mois qu’il la croise tous les jours. Le con quoi.

D’oeillades en frôlements de corps entre deux portes, Bill et Gwyneth se retrouvent dans l’ascenseur qui, incroyable mais comédie romantique oblige, tombe en panne! Et c’est dans cet espace confiné que la claustrophobie de la vierge effarouchée rencontre la force tranquille du prétentieux mâle surtestostéroné et que la température monte…

C’est le moment que choisit aussi mon mouflet pour se réveiller en sursaut et m’appeler de toute urgence afin que je retrouve à l’odeur la vieille pelure râpée qui lui sert de doudou et qui s’était fait la malle.

De retour sur le canap, je me remets fort heureusement vite dans le bain avec une scène chaude bouillante dans laquelle les deux se roulent des pelles comme s’ils n’avaient rien bouffé depuis 15 jours. Comme si après 1 journée de boulot et 6 heures sup en nocturne, tu avais l’haleine fraîche et suffisamment confiance en toi pour lécher la figure de ton partenaire.

En tout cas, on est presque dégoûté quand on apprend que l’ascenseur est réparé, mais comme eux aussi le sont, on a le plaisir de les suivre chez Bill qui tient visiblement à mieux la connaître…

Chez lui, vous imaginez bien que c’est une immense garçonnière contemporaine en plein coeur de Manhattan avec vue à 180° sur Central Park. Et c’est ici que notre Justin Bieber de Wall Street a choisi de déniaiser Gwyneth avant de l’épouser, elle qui n’attend que ça (et je ne parle pas de mariage là). Mais avant l’amour, autour d’un verre de Chardonnay, alors qu’elle s’ébahit devant le luxe ostentatoire de son baisodrome, il lui raconte combien l’argent ne fait pas le bonheur et comme le petit gosse de riche qu’il est a souffert de la solitude avec des parents plein aux as trop occupés à festoyer plutôt qu’à prendre soin de lui. Pauvre biquet. On a envie de lui faire un gros câlin et c’est ce que s’empresse d’ailleurs de faire notre bouseuse du Kansas d’un coup dévergondée par un simple verre de blanc.

Et là les amis, c’est le clou du spectacle. On assiste à la folle nuit de ces deux êtres aussi seuls l’un que l’autre et qui tombent amoureux en 3 minutes 50 simplement grâce à une léchouille, des parents fêtards et une demi boutanche servie dans des verres en cristal. L’amour avec un grand A quoi.

Evidemment, la meuf, qui ne s’attendait pas ce matin encore à ce que la soirée finisse en cabrioles, est parfaitement épilée et porte de superbes dessous (dommage qu’elle n’ait pas autant de goût pour ses sous-pulls) et coup de bol absolu, elle n’a pas ses règles!!! Après tout, ça n’arrive que 5 jours par mois, la probabilité étant de 1 chance sur 4, elle en a quand même de la veine notre Gwyny!

Évidemment, les deux lascars sont souples comme des lianes et s’emballent comme s’ils dansaient le plus sensuel des tangos. On est loin des coups de genoux donnés par inadvertance dans l’énervement du moment. De même, ils ont bossé toute la journée comme des dingues mais sont ce soir frais comme des gardons. Pas de déo ni de lingettes cache-misère requis. Et puis alors le pompon, c’est notre péteux d’Apollon qui possède, tenez-vous bien, un incroyable talent caché : celui d’enlever ses chaussettes par la seule pensée, ce qui est quand même vachement pratique pour éviter de se plier en 4 dans des positions anti-sexes dignes du twister le plus endiablé!

Après ces ébats où nos deux héros nous montrent à quel point ils connaissent le kamasutra sur le bout des doigts, l’épuisement est plus fort et ils s’endorment dans le plus simple appareil…

Et il est où le sopalin hein? Et le pipi post-coïtal pour éviter la mycose ?!

La nuit, Bill se réveille et fait délicatement rouler sa Gwyneth sur le côté pour se lever boire un verre de lait bien sûr, pas pour faire un gros pipi et s’en mettre plein les orteils parce qu’il n’a pas les yeux en face des trous pensez-vous! Une belle occasion pour nous cependant d’admirer son petit corps d athlète arpentant le long couloir qui mène jusqu’à la cuisine, ainsi que son beau derrière ferme dépourvu d’un caleçon râpé et distendu.

De nouveau au lit auprès d’elle, il admire ce poux d’hier et belle au bois dormant cette nuit, chrysalide devenue papillon en deux pelles et une panne d’ascenseur, et qui malgré son appareil dentaire dort la bouche fermée comme la plus délicate des princesses Disney. Point de bave, point de ronflements caractéristiques de toute soirée arrosée qui se respecte, mais un visage pur et démaquillé comme par magie, paisiblement endormi.

Et puis au petit matin, on nous remet une couche de réalisme. Les deux âmes soeurs se font face et se soufflent dans la tronche en se souhaitant un mièvre bonjour, leurs haleines pâteuses matinales ne semblant pas les incommoder le moins de monde au point de s’en pourlécher à nouveau allègrement le visage. Vient alors le coup de la chemise que notre beau gosse prête à sa douce qui parait alors si fragile et si sexy dedans… C’est déjà chiant de repasser une chemise mais le type en gâche une juste pour que Gwyneth, qui n’est tout de même pas arrivée à poil hier soir que je sache, prenne un Nesquick assise sur le plan de travail! Pourquoi ne lui refile-t-il pas un vieux t-shirt hein?!

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas tenu plus loin, le meilleur moment de ce chef d’oeuvre cinématographique étant a priori passé sans me prévenir. C’est en tout cas cet instant que mon horloge interne a choisi pour me lâcher lamentablement, me donnant l’air gracieux d’une pauvre fille avinée qui sombre sans même une lutte, si ce n’est quelques faiblards battements de paupières. Naïve, j’ai cru un instant pouvoir suivre le film les yeux fermés, juste en écoutant les dialogues, mais je me suis rapidement mise à baver sur l’épaule de Mi Amor, qui, compatissant, a saisi sa chance en me laissant ronfler pour mieux zapper sur Be-in sport.

Le prochain coup, je laisse Mi Amor choisir le film. C’est tout ce que je retiens de cette soirée.

2 comments

  1. Et bien ma cocotte, tu as choisi the comédie romantique avec tout ce qui va bien !!! Ca existe encore ses trucs là ? Bon, il manque juste le traditionnel enlacement mutuel contre le mur qui dure des heures, alors que nous on tient pas plus d’une seconde…! L’arrachage de chemise (je vous le déconseille dans la vraie vie c’est trop chiant de recoudre tous les boutons…), la douche commune matinale où notre heureux couple remet le couvert, le mec qui enlève le soutif juste avec deux doigts ( le mien, il me demande de me retourner, met les deux mains en tirant la langue ou ne l’enlève pas), la nana qui prépare à son homme des œufs brouillés, le mec qui se léve la nuit, songeur, pour jouer du piano et qui compose illico près to une ballade pour sa dulcinée, j’en passe et des meilleures…et là on se retourne vers notre amour de toujours et on le découvre en train de dormir avec un petit filet de bave! La réalité implacable se rappelle à nous mais le pire c’est que même si on a pas tout ca, on les aime quand même nos chéris…!

    • Oui c est trop ca!!! J ai oublie la douche au petit matin et les ouefs brouilles, mince!!! Et Vive le calecon râpé!!!

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