Chez les beaux-parents

Chez les beaux-parents

Hier, j'ai rencontré mes beaux-parents. Des mois que j'attendais, appréhendais et imaginais ce moment.

Ca peut paraître bizarre mais figurez-vous que Micheline a connu plusieurs hommes, qu'elle forme avec Mi amor une famille récemment recomposée, et que ses parents à lui vivent loin, ce qui fait que je ne les avais encore jamais rencontrés. Et hier, c'était mon premier repas chez eux, puisque nous passions par là pour aller en vacances. J'avais une pression de dingue, je voulais absolument leur faire bonne impression, mais la Micheline en moi a été plus forte.

 

Faut dire qu'ils habitent à perpèt, et qu'avec tous les enfants, le trajet de 8 heures en voiture n'a pas optimisé mes chances. Après une multitude d'arrêts pipi, sandwich ou vomito (parfois les 3 à la fois), intercalés d'embrouilles et de l'album de la Reine des neiges en boucle, on arrive à bon port, devant une maison cossue d'un joli quartier pavillonnaire. Sa mère devait nous attendre, car à peine le contact coupé, elle est déjà devant la voiture et ouvre la portière arrière pour faire sortir les enfants. Pas de bol, mon nauséeux microbe portait sur ses genoux un seau Spiderman plein de vomi qui tombe aux pieds de belle-maman et asperge allègrement ses Scholl.

Je me confonds en excuses en descendant de la voiture et lui fais la bise (mais en vous le racontant aujourd'hui, je me dis qu'après avoir passé 8 heures dans une bagnole avec une enfant malade, je ne devais pas sentir la rose…)

Une belle entrée en matière donc avec belle maman qui semble avoir le cœur bien accroché.

 

Elle nous fait tous entrer et nous déchausser (et en profite pour balancer ses chaussures à la poubelle). Vu la baraque rutilante qu'elle a, c'est sûr que les patins me semblent obligatoires. Sauf qu'il n'y en a pas. Et moi qui me suis toute pomponnée pour mes beaux-parents, me voilà obligée d'enlever mes petits escarpins en peau de zibi, ce que je fais, disciplinée. C'est alors que je découvre que ma saleté de collant est trouée. Vous savez, le GROS trou du GROS orteil, celui qui te fait une mitaine au doigt de pied, dès lors transformé en knaki morte asphyxiée. J'essaie de le cacher comme je peux sous ma plante de pied, en tirant sur mon collant autant que possible et en faisant rentrer mon gros orteil dedans. Mais rien ne tient, on croirait mon orteil aimanté au trou du collant. Dès que je lève à peine le pied, hop ! Mode mitaine.

 

Je décide donc de ne plus lever le pied droit du sol, et le condamne à glisser. Je vais donc ainsi, telle une gracieuse patineuse, jusqu'au salon... Les enfants eux se sont remis de leur gastro, et hurlent déjà tous dans le jardin, ce qui nous fait des vacances mais ce qui, malheureusement pour moi, permet de faire rentrer le chien de beau papa et belle maman, un charmant labrador beige avec qui j'ai visiblement la cote puisqu'il vient planter sa truffe directement dans mon derrière qu'il décide de ne plus quitter.

 

Ce merveilleux toutou accompagne donc ma croupe et moi-même dans la visite de la maison que beau papa et belle maman me proposent ensuite. Impossible de me débarrasser de la bestiole !!! Je la repousse, elle se recolle. Aimantée à mon fessier comme le trou de mon collant l'est à mon orteil. Tout ça ne me facilite guère la tâche quand il s'agit de monter à l'étage : glissade du pied droit pour ne pas passer en mode mitaine, fesses serrées pour éviter à la truffe de mon ami le chien d'aller trop loin, le tout en faisant comme si de rien n'était.

 

Arrivée laborieuse jusqu'au palier, pour continuer la visite pièce par pièce. Beau papa s'apprête à clore le tour en ouvrant la dernière porte, celle des petits coins me dit-il taquin (une pièce anodine qui pourtant me lierait à lui à tout jamais un peu plus tard, mais je ne le savais pas encore...), et là qui voit-on ? Surprise ! Ma grande microbe de 8 ans, en train de faire son petit caca, toute rougie par l'effort. Elle a semble-t-il fait sa visite à elle et se sentant bien chez le propriétaire, a décidé de marquer son territoire. La voilà donc confortablement assise sur les cabinets, et prise en flagrant délit. Madame et monsieur mes beaux-parents, je vous présente ma fille!!!!!

Une énième entrée en matière peu glorifiante pour ma progéniture et moi...

 

C'est en tout cas l'heure de redescendre et de se poser dans le salon pour prendre l'apéritif... Je me tape donc une périlleuse descente d'escalier version camouflage de knaki et chien colle au cul. Difficile du coup de m'asseoir sur le sofa mais il a bien fallu pourtant qu'il me lâche le train. Trop brièvement toutefois, puisque le stupide animal décide finalement de passer par devant pour me sniffer l'autre face. Quel bonheur cette journée… rien ne se passe comme je l'aurais voulu . Et je vois Mi amor se moquer de moi du coin de l'œil sans pour autant me filer un coup de main pour chasser l'horrible bestiole.

 

Ouf l'apéro! Je vais noyer ma déception dans l'alcool et les petits fours. Voulant malgré tout me rattraper auprès de beau papa et belle maman, je me lève (hop le chienchien en profite pour retrouver sa place de choix) et attrape la bouteille de jus pour servir beau papa qui ne boit pas d'alcool. Et là, je ne sais pas quelle idée me prend parce que je ne le fais jamais d'habitude, mais je décide de la secouer. Me croyant dans Cocktail, je commence donc à l'agiter nerveusement au-dessus de beau papa et de son canapé blanc. Sauf que Tom, lui , il vérifie qu'il y a un bouchon avant de faire ça. Pas Micheline. Qui arrose donc généreusement le salon et le beau père d'un pur jus d'oranges pressées du Mexique. A peine le temps de m'excuser platement que la belle-mère a déjà filé chercher le sopalin dans la cuisine en pestant sans nul doute contre son abrutie de nouvelle belle fille. Beau papa, lui, lâche un gros "Ho bordel!" en courant à l'étage se chercher un nouveau polo. Le seul mérite de cet épisode est de libérer mes fesses 2 minutes du chien qui, pour le coup, préfère lécher le canapé. C'est toujours ça de pris.

 

Je vois alors ma petite redescendre l'escalier accompagnée de beau papa qui tire une tête de cent pieds de long (mais qui est tout propre dans son nouveau t-shirt) et qui nous apprend que ma descendance a mis trop de papier toilette et a ainsi brillamment bouché les WC. Il part à la cuisine choper une ventouse et remonte armé, prêt à livrer bataille. Je cours le rejoindre pour pomper avec lui, trou aux pieds et canidé aux fesses (mais ce sont devenus les derniers de mes soucis).

Beau papa se détend, pomper à deux ça rapproche faut croire, et enfin on débouche le tout au bout de 40 minutes.

 

Il est temps de redescendre et de se mettre à table (et de se laver les mains, oui, bien sûr!)

Belle maman me place étrangement loin des bouteilles, et du coup bien en bout de table près des gamins. Je suis ravie de cette marque de confiance pourtant bien méritée, mais je m'accroche. Fort heureusement le repas se passe sans encombre, on discute de tout de rien, notamment de cinéma et la conversation dévie sur les actrices aux attributs généreux que belle maman critique alors sans vergogne. C'est cet instant que la chair de ma chair, le sang de mon sang choisit pour lâcher, venu de nulle part ou presque: "et ben maman, elle met des coussins dans ses soutiens gorge des fois pour avoir des moins petits seins-seins."

Silence. Sauf du côté des enfants qui se bidonnent, accompagnés de mon fidèle cher, tendre et moqueur Mi amor, toujours prêt à me soutenir. Le chien lui, a repris son activité favorite, et tout ça commence vraiment à me gonfler.

 

Ce repas est toutefois délicieux et je me concentre là-dessus. Je mange je mange je mange. Je me goinfre pour oublier mes misères. Le hic, c'est que trop manger, ça donne envie de dormir. Tant bien que mal, après ce gargantuesque repas, je me traîne, avachie, pour aider à débarrasser… ma petite robe moulante du dimanche est prête à exploser tant mon bide est gonflé de nourriture. Beau papa et belle maman nous proposent, avant que l'on ne s'en retourne, de nous montrer les photos de leur dernière croisière en Egypte. Et c'est parti pour une séance photo comme on les aime tous… 647 photos, dont 589 du Nil devant, du Nil derrière, du Nil sur les côtés, et environ 20 minutes passées sur les 3 premières, avec en prime des explications très précises du beau-père sur la durée de vie des perches du Nil et des poissons chats. Blablabla… les calories aidant, je m'enfonce dans le canap et fais semblant d'écouter. On se croirait en réunion avec Monsieur Duchemol… la voix du beau- père se fait de plus en plus lointaine… lointaine… Ho merde, Mi amor vient de me filer un méchant coup de coude. J'ouvre les yeux  d'un coup et tombe nez à nez sur le visage de belle maman qui me propose du café. Ca y est, c'est fichu. Ils me détestent vraiment.

 

Tant pis, il est l'heure de rentrer de toutes façons. 3 tours de la maison plus tard (en glissades et avec le chien) pour ramasser jouets, chaussures et chaussettes égarés ou vieux pansements abandonnés par les gosses, et après avoir essuyé une crise de larmes parce qu'on ne retrouvait pas le doudou qui finalement était caché dans la botte de caoutchouc de papi mais elle ne s'en rappelait plus, on part enfin.

 

Je peux désormais marcher normalement avec mes chaussures masquant mon orteil en apoplexie et laisser libre cours à mon estomac en pleine expansion et désormais caché par mon large manteau. Je n'ai qu'une hâte, me réfugier sous mes lunettes de soleil dans la bagnole et broyer du noir tranquille en ressassant mes loupés du jour.

 

Après les "au revoir", "merci" et "pardon pour tout" de rigueur, on attache tout le monde dans la voiture, et je me pose aussi. Je claque la portière en faisant un petit coucou de monarque par la vitre quand j'entends un drôle de couinement. C'est donc le chien que j'assomme, ce fichu chien encore dans mes pattes et que j'avais dans mon empressement à partir complètement oublié!

 

Pour ceux qui aiment les bêtes, le brave toutou va mieux, mais il va devoir garder un bandage sur sa truffe pendant près de 3 semaines et risque de perdre un peu de son odorat. Un comble tout de même. Ca me fait penser que j'ai appris son nom, au chien.

Ray.

Au moins, ça, ça m'a redonné le sourire.

3 comments

  1. Oh la la ! Quelle aventure ! Grand moment de solitude pour toi mais grand moment d’éclat de rire pour moi !!! Ta vie est un roman !! Et ton roman est pétillant et plein de charme !!

  2. Y a quoi de vrai dis-moi ?
    En tous les cas, j’adooore les déboires de Micheline et surtout ta façon de les mettre en valeur !

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