Hier, j’ai fait mon sapin

Hier, j’ai fait mon sapin

Hier, j’ai décidé de faire mon sapin de Noël. Les mômes me tannaient depuis un moment et comme on était déjà mi-décembre, je ne pouvais plus reculer. C’est sûr que c’est sympa de faire le sapin avec ses gosses. Le plus pénible est plutôt de le défaire après les fêtes, essayer de l’emballer dans le sac à sapin que je m’entête à acheter chaque année pour faire une bonne action et avec lequel je me débats encore plus qu’avec ma housse de couette quand je la change… Tout ça pour au final abandonner le sapin sans son sac dépouillé dans un recoin du jardin jusqu’à décembre de l’année suivante, mois pendant lequel Mi Amor n’en peut généralement plus de le voir traîner et taillade violemment ses vieilles branches en mille morceaux en imaginant que c’est ma tête.

Bref, hier, tandis que Mi Amor sacrifiait les reliques du sapinou 2015 dans la cheminée, je me suis motivée et j’ai embarqué la mini microbe avec moi après la traditionnelle question « tu veux pas faire un petit pipi avant d’y aller ? » et sa sempiternelle réponse négative.

En voiture, je décide de passer dans une sorte de jardinerie/animalerie pour y prendre quelques décos avant d’aller acheter l’arbre au supermarché du coin. Une fois garées, on passe évidemment droit devant les caddies pensant ne ramener que quelques misérables guirlandes et on se limite à un petit panier à roulettes qui fait le bonheur du microbe.

Dans les rayons, c’est le paradis de la Mère Noël, le royaume du kitsch et de la guirlande clignotante, le règne du nain de jardin. L’enfant hurle de plaisir tant elle convoite toutes ces fanfreluches qui nous entourent. Bien sûr, pas une merdouille à la ronde à moins de 4 euros, je tente donc de la raisonner mais en vain, ce qui fait qu’on s’en tire 30 minutes plus tard avec un panier plein jusqu’à la tronche de boules et de breloques à grelots du meilleur goût.

La mère prévoyante que je suis reprend alors les commandes du panier à roulettes, anticipant les à-coups que la môme pourrait donner et qui risqueraient de briser nos belles boules. C’est alors qu’en chemin vers la caisse, on croise la route du rayon sapins. Et là, rusée que je suis, je me dis que je pourrais l’acheter là finalement le truc, que ça m’éviterait un détour.

Bien sûr, à aucun moment je ne percute que j’ai seulement 2 bras et une mouflette qui commence à trépigner d’impatience pour aller aux toilettes en se tenant sans arrêt la culotte. Non ! Ce que je vois, c’est le beau Nordmann de 2 mètres de haut qui m’appelle à lui, là, derrière les épicéas… Je jette bien sûr mon dévolu sur le plus grand et le plus fourni et de mon modeste 1m60, encombrée par cet arbre 2 fois plus volumineux que moi, je m’avance bien chargée vers l’enfant qui surveille le panier. C’est seulement à cet instant que je réalise que je risque d’être un chouille chargée. Mais il est malheureusement trop tard pour renoncer au résineux, l’enfant l’a déjà adopté.

Ni une ni deux, je reviens donc sur ma sage décision de ne pas la laisser tirer le panier en lui confiant désormais aveuglement cette lourde responsabilité afin de me permettre de tracter tant bien que mal le sapin jusqu’à la caisse qui me semble à des kilomètres de là… Je vous épargne mon interminable traversée de rayons à traîner le putain de sapin comme un corps raidi par la mort, laissant derrière moi un chemin d’épines à me faire maudire par tous les vendeurs du magasin, et à jouer au GPS à gorge déployée pour guider l’enfant qui me devance dans les méandres des rayons alors qu’elle ne distingue pas encore sa droite de sa gauche. Une mince affaire. C’est typiquement le genre de moment où tu sais au fond de toi que tu as fait le mauvais choix mais où une force inconnue te persuade que tu ne peux pas faire marche arrière (alors qu’en fait tu peux, hein.) Alors tu continues à avancer vers ta chute, conscient de ta folie mais obstinément aveugle.

Tandis que j’expérimente une autre méthode pour porter le sapin à la manière d’un jeune marié qui pénètre avec sa douce dans leur nouvelle maison, l’enfant s’arrête tout net et se met à hurler de joie à la vue de gravier pour aquarium. Oui. Du gravier pour aquarium. Et c’est pas comme si on avait des poissons en plus. Quoi qu’il en soit, cette révélation d’aquariophile est telle qu’elle en abandonne sur place le précieux panier pour courir voir de plus près ces merveilles de cailloux en plastoc, panier dans lequel je bute bien sûr, puisque que je n’y vois rien derrière mes branchages.

Non, je vous rassure, les boules restent intactes au contraire de mon pied qui lui se fait broyer par l’énorme bûche servant de socle au sapin et visiblement mal fixée. Fiévreusement, le sac à main emmêlé autour de mon cou et le manteau couvert d’épines, je lâche tout en criant sur l’enfant pour qu’elle revienne m’aider, mais je ne fais visiblement pas le poids face à de la déco d’ambiance pour poissons rouges. Fort heureusement, j’aperçois la caisse tant espérée à quelques mètres de cet abîme. Animée par une bouffée d’espoir, j’ai un coup de génie et décide de laisser en plan sapin et enfant, et chope le panier pour le ramener en boitant devant la caisse. Puis méthodiquement, je retourne chercher mon sapin échoué devant les aquariums pour faire de même. Organisée Micheline ! Sauf que j’oublie à cet instant que l’arbre n’a plus de socle, laissé au milieu du rayon, ce qui fait qu’en posant le sapin fièrement devant la caisse à côté de mon petit panier, cet abruti glisse et s’effondre lamentablement sur le panier qui se renverse et libère bruyamment son contenu qui se brise en mille morceaux aux pieds de la caissière. Et croyez-moi, les boules de Noël, ça casse plutôt bien.

J’ai bien envie d’abandonner tout ce bazar et de fuir lâchement jusqu’à la voiture… mais je ne suis pas au bout de ma peine car la gosse débarque alors affolée vers moi, non pas parce qu’elle s’inquiète du bruit de verre brisé dont sa mère est à l’origine mais parce qu’elle a une folle envie de faire pipi, là tout de suite, et sans doute accentuée par les aquariums hypnotiques. En sueur, je tente de la faire patienter encore un peu, me confonds en excuses à la caissière qui me considère avec pitié et paie mécaniquement le sapin, la guirlande et l’unique boule rescapée (la plus moche à mon grand dam).

Frénétiquement, j’enroule alors la guirlande autour de mon cou (au point où j’en suis, le ridicule ne semble avoir aucune prise sur moi), glisse la boule dans ma poche, chope le sapin sous un bras, récupère la bûche et la gosse dans l’autre et court tant bien que mal avec mon pied en purée sur le parking, où j’arrive juste à temps pour tout jeter à même le goudron sauf la môme bien sûr que j’attrape par dessous les genoux pour lui permettre de faire sa petite affaire derrière l’abris à caddies. Evidemment la guirlande autour de mon cou pendouille et vient infuser dans la flaque bien chaude. Je dois donc abandonner sa dépouille imbibée dans la poubelle du parking et me rendre à l’évidence que cette virée shopping est une cata : 2 litres de sueurs et d’urine, un manteau fichu, la honte de ma vie, un pied meurtri, tout ça pour un malheureux sapin et une boule hideuse.

Heureusement, je vais pouvoir me détendre en décorant l’arbre avec tous les microbes une fois rentrée chez moi.

En arrivant, je tente de rameuter les foules pour que les grands mouflets nous rejoignent autour de ce moment de partage familial. Mais pas de bol, les 3 grands s’en tapent royalement et filent regarder une vidéo de gens qui décorent un sapin sur you tube… faut pas chercher à comprendre.
Peu m’importe. Premier objectif pour moi, poser l’arbre quelque part et lui donner une place qui ne nous encombrera pas pendant 3 semaines. Comme si je ne regrettais pas déjà d’en avoir pris un si grand. Deuxième objectif, réussir à le faire tenir dans son socle. Et ce n’est pas du tout cuit. Je finis pourtant par mater cette saleté d’arbre au marteau tout en lui beuglant des noms d’oiseaux faisant fuir le plus téméraire de mes enfants choqué par tant de violence.

Au bout d’une heure à me débattre contre mère nature et sa saloperie d’extrait de forêt, j’ai enfin le dessus, et le truc semble tenir debout plus de 5 minutes sans se déboîter de son pied. Je descends alors à la cave chercher le carton de déco de l’an dernier. Et la vue de tous ces flonflons me ravigote. Je suis presque de nouveau de bonne humeur quand j’arrive en haut des escaliers. C’est là que je constate que la porte a été fermée à clé et que je suis donc coincée à la cave. Je toque d’abord gentiment à la porte, me disant au fond de moi que quand même, mes gosses font vraiment des blagues pourries, mais ne voyant rien venir, toute ma colère accumulée depuis ce début de matinée merdique jaillit d’un seul coup et j’explose de rage et tambourine à la porte en hurlant jusqu’à ce qu’un des grands microbes viennent libérer la bête sauvage que je suis devenue, et désormais à l’affût de la p’tite dernière a priori coupable du méfait afin de lui passer la soufflante de sa vie.

Difficile ensuite de prendre du plaisir à regarder tendrement Passe-partout (ou Pisse-partout) décorer le sapin. Je l’observe plutôt le massacrer en mettant tout ce qui lui passe entre les mains sur la même branche, celle juste en face d’elle, et osant des associations de couleurs, de formes et de styles un peu trop audacieuses à mon goût. Mais il est dit de toute manière que cette journée n’est pas la mienne, alors j’attends résignée qu’elle s’achève.

Le sapin fini, on ne peut pas dire qu’il est joli… Non. Il est même plutôt moche et tous mes efforts du jour bien vains face à ce laideron végétal déguisé en femme de petite vertu. Mais on a un sapin de Noël, et je n’ai toujours pas abandonné mon domicile pour partir siroter des cocktails à la Barbade seule sans personne, donc tout va bien finalement.

Mais je parle trop vite les amis. Je m’emballe. Car mon idiot de chat surexcité par toutes ces loupiotes s’élance alors et fonce dans le sapin qui s’écroule en se déboîtant une énième fois de son socle et emportant dans sa chute la boule fraîchement achetée qui se brise dans un dernier souffle sur mon carrelage.

Je crois que ce coup-ci, je l’ai bien là, l’esprit de Noël.
J’ai aussi l’intime conviction que l’an prochain, ce sera sapin en plastique et boule en polystyrène. Ou rien.

Joyeux noël quand même les copains !

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