La soirée romantique

La soirée romantique

Hier, on s'est fait une soirée romantique avec Mi Amor. Ca faisait un bail que j'attendais qu'il me surprenne tel un prince charmant m'enlevant par surprise après une journée de boulot éreintante, et m'emmenant les yeux bandés dans un lieu de charme où nous dînerions en tête à tête tandis qu'il aurait organisé la garde de notre marmaille dans mon dos pour que je ne m'occupe de rien.

 

Mais comme ça faisait vraiment un bail que j attendais qu'il le fasse, et que ça ne venait pas malgré mes pourtant trop nombreuses perches tendues, j'ai pris les choses en main histoire de m'assurer au moins une soirée à deux avant la majorité du mini microbe. J'ai donc joué les princesses charmantes, lui ai dit de réserver sa soirée, ai trouvé un resto à l'ambiance cosy et love to love hyper réputé, dégoté une baby-sitter sur le panneau des petites annonces du carrouf d'à côté, et me suis même arrangée pour finir le boulot un peu plus tôt et avoir ainsi le temps de me ravaler un peu la façade afin d'honorer ce tête à tête annuel.

 

A la hâte, à 17 heures (H-3), je m'arrache donc du bureau, le coeur battant comme une jeune pucelle à son premier rencart. Mais Monsieur Duchemol en a décidé autrement, et il choisit exactement ce moment, ce putain de moment, pour s'intéresser à un dossier qui traîne depuis des siècles, à croire que c'est juste pour le plaisir de me planter ma soirée. J'acquiesce à tout ce qu'il dit la main sur la poignée de la porte, qui sait, il va peut-être comprendre que je suis sur le départ....? Mais non. Il parle, il parle comme il sait si bien le faire, et moi je me mords les joues pour éviter de lui hurler un gros FERME LA JE SUIS EN RETARD !!!! Ca serait tout de même dommage de fêter mon chômage ce soir...
Il me lâche enfin la grappe après 20 minutes de verbiages inutiles (H-2h40), juste ce qu'il me faut en somme pour rater mon train, ce qui m'oblige à poireauter sur le quai des plombes pour, au final, me retrouver debout dans un vieux RER bondé, compressée par une masse de corps poisseux et malodorants collés les uns aux autres. Tandis que j'essaie de me concentrer pour penser à autre chose que l'haleine fétide arôme fin de journée post réunion du mec qui me fait face, je sens mon téléphone vibrer dans mon sac. Malheureusement pour moi, ma position Twister m'empêche de répondre. Il me faut attendre encore 20 bonnes minutes pour que le train se vide enfin un peu et que j'accède à mon portable (H-1h50).

 

Finalement, j'aurais préféré ne jamais écouter ce message de la baby-sitter qui m'apprend que sa mère est souffrante et qui me plante donc pour ce soir, une misérable heure et demie avant notre réservation au resto. Et voilà. C'était trop beau. Ca commence à devenir vraiment foireux, mais je m acharne et décide d'appeler toutes mes copines pour savoir si elles ne peuvent pas me dépanner pour garder les microbes. Accessoirement, je gonfle tous les autres voyageurs à raconter ma vie et mes ptits problèmes à tue-tête mais pour l'heure, c'est le cadet de mes soucis. Je veux juste une nounou!!!! Enfin, une amie accepte de me sauver la mise. Elle n'habite pas tout près de chez nous, mais au moins elle est ok pour garder les enfants, à condition qu'on les dépose chez elle. Banco lui dis-je. De toute façon, c'est ça ou c'est jambon coquillettes et soirée télé à la maison.

 

On convient que je lui dépose les gosses avant d'aller voler Mi Amor à son boulot. Je commence à me détendre mais c'est sans compter quelques activités quotidiennes stressogènes qui m'attendent à la sortie du train (H-1h20) et à évacuer le plus vite possible si je ne veux pas arriver en retard au resto : récupération des enfants au centre de loisirs, vérification des devoirs, bains (non en fait, là je fais genre je suis une bonne maman... en réalité, je ne les ai pas lavés. Merde, c'est ma soirée!!! ) pour ensuite pouvoir les abandonner à leurs tablettes afin d'avoir un peu la paix. (H-30 minutes).

 

Dans un monde idéal, il aurait fallu que je prenne une douche et camoufle ma tronche explosée avec 3 tubes de fond de teint, mais le temps m'étant compté, je me contente de mettre un coup de déo camoufleur de misère, de cacher mes boutons du jour, et d'ajouter un soupçon de rouge à lèvres qui ne colle pas parce que Mi Amor déteste le gloss. Il est déjà temps de rapatrier la marmaille dans la bagnole pour filer chez mon amie nounou d un soir.
Une fois chez ma sauveuse (H-5 minutes), je lui refile mes microbes en leur faisant tout de même un petit câlin car je ne suis pas une mère indigne. Sauf que mini microbe, à qui j'ai pourtant tout bien expliqué près de vingt fois dans la voiture "Oui papa et maman se font une soirée en amoureux. Oui, nous reviendrons te chercher quand tu feras dodo et nous rentrerons tous à la maison. Non, nous ne partons pas pour toujours (même si, là tout de suite, l'idée est plutôt séduisante). Non, nous n'allons pas au Mac Donald ne t'inquiète pas mon trésor." Donc, mon mini microbe n'est pas contente, mais alors pas contente du tout que je la laisse ici et elle me le fait gentiment savoir lorsque je sens lors de notre dernière étreinte mère fille un liquide bien chaud me couler sur le ventre.... C est donc un pipi vengeur que voilà... Et une soirée romantique niquée grâce à une délicieuse enfant qui ne veut pas lâcher sa mère une fois par an, une fois bordel !
Je me reprends, respire un grand coup, note dans un coin de ma tête qu'il faut que je relise "Eduquer ses enfants" selon Laurence Pernoud, et file rincer ma chemise dans la salle de bains. Ensuite, je repars comme un souffle sans plus de câlins, les vêtements trempés et embaumant la pisse (H+30 min).

 

L'odeur en voiture est innommable (c'est la mienne désormais) mais je fonce chercher Mi Amor au boulot, fenêtres ouvertes aux 4 vents pour optimiser mes chances de faire sécher mon chemisier. J'arrive enfin devant son bureau où il m'attend, le chope en m'arrêtant à peine et hop, j'appuie à nouveau sur le champignon direction notre resto. Je vois alors Mi Amor me dévisager d'un air troublé... Si ça, c'est pas les yeux de l'amour.... Il s'avance près de mon cou, et moi j'attends le baiser d amour sincère dans le creux de l'épaule, baiser qui marquera le vrai début de notre soirée romantique... Mais il renifle et me sort un délicieux : "tu sens l'urine non?"
Ha les vieux couples.

 

Malheureusement, à peine rentrés dans le resto qu'on apprend que notre réservation est annulée, tant les demandes affluent et notre retard est important. Mi Amor insiste, râle, moi je supplie en invoquant un peu de compassion pour notre vie de couple, mais rien n'y fait. On l'a dans l'os.

 

Nous sommes absolument dégoûtés, et moi je soupçonne surtout le maître d'hôtel de nous avoir refoulés uniquement car je sens le pipi. On se retrouve donc comme deux pauvres hères à la recherche d'un troquet susceptible de nous accueillir pour notre putain de soirée annuelle! Heureusement, on trouve dans une rue parallèle une petite brasserie suffisamment accueillante pour nous offrir notre soirée, et suffisamment vide pour accepter une cliente malodorante. On s'installe, soulagés d'être enfin deux, rien que deux, et on trinque à tout ça en tatassant et en étudiant la carte.

 

Mi Amor, comme à son habitude, prend un bon gros menu bien solide et gourmand. Moi, comme d'hab aussi, j'hésite. A chaque fois, j'ai envie de prendre un truc audacieux, et à chaque fois, je me plante et me retrouve avec une assiette de poisson bouilli quand Mi Amor se régale d'une bonne grosse côte de boeuf. Tout ça me convainc. Cette fois-ci, on ne m'y prendra pas, je me lâche question diététique. Et que c'est parti pour un feuilleté d'escargots à la crème de roquefort, suivi d'une espèce de gratin de viande au fromage arrosé d'une sauce au gras (non, non, je n'ai pas oublié le mot foie, juste du gras), et sublimé par une trilogie de desserts gourmands pour faire couler. Ajoutez par dessus un petit vin rouge bien lourd et vous avez notre menu du soir.

 

On mange, on parle, on rit, quand arrive à la table d'à côté un couple de vieux beaux un poil snobinards. La nana s'installe à côté de moi sur la banquette en grimaçant ...(sans doute l'odeur persistante de mon mouflet énurétique). C est une belle femme, très élégante dans son ensemble de lin blanc qu'elle a du sortir pour l'occasion et qu'elle semble très fière de porter. J arrête de bloquer sur nos voisins et reprends ma dégustation de gratin au gras et de notre vinasse. Un verre, 2 verres, 3 verres, ... C est presque de la piquette mais qu'importe le flacon tant qu'on a l'ivresse. Et ce vin qui tâche commence effectivement à faire son petit effet, que la quantité astronomique de bouffe que j'ingère ne parvient même pas à éponger.

 

Et moi quand je suis un peu pompette, je ris fort et je parle avec les mains sans prendre gare à mon environnement. Le hic, c'est que mon environnement à cet instant précis est composé d une boutanche de vin rouge et d'une jolie femme en combi blanche... Et je vous le donne en mille, ma main droite qui déjà ne m'appartient plus vient s'abattre sur la bouteille qui elle-même vient se déverser sur ma pauvre voisine à la tenue désormais bicolore. Je me confonds en excuses, Mi Amor et le mec de ma voisine rient dans leur barbe mais, elle, semble juste vouloir me tuer. Elle se lève et court se nettoyer, suivie de près par une Micheline qui se propose de l'aider mais qui se fait claquer la porte des toilettes au nez.
Je reviens m'asseoir penaude, m'excuse auprès de son homme qui ne semble avoir aucune compassion pour sa coquette compagne, puis reprends là où je m'étais arrêtée et attaque mes 3 copieux desserts. La douceur du sucre ne m'empêche pas de sentir mon nez gonfler à vue d'œil ni de percevoir les battements de mon cœur jusqu'au bout de mes narines... Merci à la porte des water!  Je relance tant bien que mal la conversation avec Mi Amor qui scrute avec intérêt l'étendue des dégâts sur mon pif. La nana revenue, l'ambiance est encore plus pesante. J'ai effroyablement mal, j'ai l'impression de loucher tellement mon nez est boursouflé, et je n'ose plus parler de peur de faire encore une connerie. Alors je mange en silence, et en serrant les dents, face à un Mi Amor presque aussi prostré que moi. Le dîner terminé, on salue tant bien que mal ce couple d'amoureux à qui j'ai plombé la soirée (et accessoirement la nôtre) et on se lève pour partir.
Mais vu la bouffe ingérée, c'est en mode super sumo qu'on quitte les lieux. On se traîne comme deux phoques sur la banquise pour atteindre la bagnole. Finalement, l'idée du poisson l'année dernière n'était pas si mauvaise...

 

En tout cas, une chose est sûre, entre mon pif en compote, mon odeur d'urine persistante, les gosses à récupérer au bout du monde et le bide explosé, c'est pas ce soir qu on va en faire un cinquième.

 

2 comments

  1. Je suis certaine que le pipi s’est du vécu !!!
    En tout cas, j’imagine parfaitement ma fille me le faire et j’avoue avoir bien ri !
    MERCIIIIIIIII

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