Le mariage

Le mariage

Hier, j'étais de mariage. C'est une ancienne collègue de boulot devenue mon amie qui sautait le pas. Elle m'avait annoncé la bonne nouvelle lors d'une soirée filles bien arrosée, à la fin de laquelle elle m'avait demandé avec un ton plein de cérémonie et la larme à l'œil d'être sa témoin au vue de notre amitié indéfectible. Honorée et émue par cette si belle déclaration (encore un peu et j'avais l'impression que c'était moi qu'elle demandait en épousailles), j'avais accepté cette digne distinction en lui faisant un gros câlin et des serments d'amitié éternelle.

 

Quelques semaines plus tard, je la retrouvais pour un déj, cette fois-ci complètement sobre. J'étais toute impatiente à l'idée de lâcher quelques indices sur le programme d'enterrement de vie de jeune fille que je lui avais concocté. Il était des plus incroyables et je planchais dessus depuis des jours. Mais elle ne m'en a pas laissé le temps en commençant  à me raconter comment sa best-friend Natacha, son amie d'enfance, était venue avec elle choisir sa robe en tant que témoin de sa future union. Au fil de son monologue excité, j'ai vite compris que l'alcool lors de notre soirée filles avait dû fausser son jugement (ou le mien ?) quant à notre niveau d'amitié, et qu'elle avait dû complètement oublier qu'elle m'avait déjà proposé ce statut  suprême de témoin bien avant cette espèce de Natacha venue de nulle part.

 

Quoi qu'il en soit, le message était clair, je n'étais pas/plus témoin. J'ai vite remballé mon programme d'EVJF en masquant ma déception, annulé en douce mon hammam pour 15 personnes et déprogrammé ma location de déguisement de wonder woman et mon gogo dancer canon.

 

Le pire dans tout ça, c'est que je n'ai même pas été conviée au dit EVJF car soi-disant, cette idiote de Natacha n'avait pas ma bonne adresse mail et avait été visiblement incapable de demander mes bonnes coordonnées à sa super meilleure amie pour la vie.

 

 

Hier, j'étais donc enchantée d'emmener ma petite famille à cette délicieuse journée de noces au cours de laquelle j'allais devoir parler à cette nunuche de Natacha.

 

La journée avait démarré sur les chapeaux de roues. La route pour aller sur les lieux de la fête et de la cérémonie était longue, on avait donc décidé de se changer une fois arrivés sur place, dans un coin tranquille dans la campagne alentour. J'avais donc préparé rapido toutes les fringues des enfants, robes qui tournent et chemisettes de premier de la classe, m'étais rapidement rasé les pattes, et pendant que Mi Amor était parti faire le plein de la voiture, j'avais réuni ses affaires à lui : costard gris check, chemise blanche et cravate noire check,  pompes en cuir fourrées fissa dans un sac en plastique check.

 

Habillés comme un dimanche matin pluvieux, tongs ou espadrilles aux pieds, vieux pantalons larges et T.shirts délavés, on a donc pris la route pour 3 bonnes heures de "libérée délivrée - quand est ce qu'on arrive - pipi -  vomi".

 

A proximité de l'église, on dégote une jolie petite clairière au bout d'un chemin de terre. Je file à tout le monde ses petites affaires, mets ma robe que je n'avais pas sortie depuis un an en me griffant les cuisses sur des ronces, petite robe que j'avais malheureusement oublié de prévenir de mes quelques kilos pris au cours de cette année… Mes fesses ayant quelque peu gagné en volume, la pauvre petite robe noire, initialement élégante et sobre est devenue sur mon gras l'uniforme du bois de Boulogne, moulant et vulgaire à souhait, avec en prime des cuisses lacérées par les branchages… Micheline au top de sa beauté quoi.

 

Je ronchonne sur cette saleté de fringue (c'est plus facile que de s'en prendre à mon cul) quand j'entends Mi Amor jurer comme un charretier. Oups. Que se passe-t-il ? Mi Amor me montre alors sa paire de pompes, regard noir et lèvres pincées pour ne pas laisser sortir tous les noms d’oiseaux qu'il rêve de me lâcher. Ben quoi ? Je ne comprends pas ce qu'il essaie de me dire tout de suite puis je réalise que je fais face à deux pieds droits de deux paires de chaussures différentes. Mince alors, aurais-je oublié de vérifier ce que je glissais dans ce foutu sac plastique dans notre hâte matinale ?

 

Mi Amor est furax, ses lèvres ont finalement cédé pour laisser s'échapper toute sa colère ! Je n'écoute même plus tant les mots fusent, je me concentre simplement sur le bouchage d'oreilles des enfants qui pourraient être choqués par tant de vocabulaire fleuri. Je reconnais que j'ai quand même merdé sur ce coup là, surtout quand je le vois avec son costard bien classe sublimé par ses vieilles espadrilles couleur caca d'oie qu'il portait ce matin. De mauvaise foi jusqu'au bout, j'essaie de lui vendre cette méprise comme une admirable audace mode dont il sera fier un jour, mais il ne veut rien entendre et se réfugie dans un mutisme dont il est le roi.

 

 

Une fois tous endimanchés de la tête aux pieds (enfin, presque tous…), on file à l'église. Du monde partout. J'aperçois ma copine toute belle entourée d'une espèce de reine du lycée qui fait l'intéressante et semble s'être auto-proclamée wedding planer pour la journée. C'est donc elle, cette Natacha…

 

A la messe, elle continue d'en faire des caisses avec son chignon plus élaboré que celui de la mariée, et ses lectures de textes totalement sur-jouées… J'ai beau fixer sur elle et fuser en critiques intérieures (et oui, je ne peux pas jouer la langue de vipère avec Mi Amor puisqu'il me fait toujours la gueule), ça n'en fait pas passer la messe plus vite.  J'en viens à compter sur les petits pour s'ennuyer et me demander à sortir, histoire de me donner une excuse pour mettre un terme à cette soporifique cérémonie, mais non. Ils sont trop sages pour une fois, trop contents d'être là, à chanter et à regarder partout, et bien sûr à s'extasier devant la beauté de la mariée ET de la demoiselle d'honneur qu'on ne peut pas louper, Natacha. "T'as vu Maman comme elle est trop trop belle la dame ? On dirait une princesse." Facile avec un chignon de coiffeur à 300 balles…

 

Bref, j'ai dû me taper toute la messe.

 

 

A la sortie, une fois les mariés félicités, c'est la séance photos. Miss Natacha est partout : aux petits fours, avec les parents des mariés, sur quasi toutes les photos à jouer les belles et à rire niaisement, au premier rang quand il s'agit d'attraper le bouquet qu'elle attrape forcément avec grâce et évidence, avec sa bande de copines écervelées qui la suivent comme des moutons, et même au micro pour faire un discours des plus débiles qui soit mais que tout le monde semble apprécier.

 

De mon côté, je ne profite pas encore de la fête. Impossible d'aller faire connaissance avec les invités, coincée entre un Mi Amor fermé comme une huître et des gosses à surveiller sans relâche : et vas-y que je m'empiffre au buffet, que je remets les petits fours que je n'aime pas mais que j'ai bien léchés dans le plat de service, et puis que je joue à ramasser les vieux confettis des mariages de l'an dernier encore coincés dans la caniveau au milieu de la pisse de chien, puis qu'ensuite j'essaie de m'incruster sur toutes les photos avec les mariés en essuyant discrètement mes mains dégueus dans les jupons de la mariée. Sans relâche vous dis-je.

 

L'heure du repas finit quand même par arriver. Les enfants sont pris en charge par des baby-sitters, ce qui signifie pour moi qu'on va enfin pouvoir avoir une vie sociale et faire connaissance avec les convives. On arrive dans la salle du dîner et on constate que c'est placement libre. Avec Mi Amor, vu qu'on ne connait personne, on erre un peu entre les tables en essayant d'en trouver une pas encore occupée. On en trouve une sur laquelle on s'installe timidement, attendant que les 4 autres assiettes trouvent leur propriétaire et qu'on rencontre nos voisins de table…

 

Tout le monde semble installé, à l'exception de quelques personnes encore debout. Ca parle, ça rit. Nous on est toujours deux à table. C'est là qu'on voit Natacha et sa bande de reines de bal de promo arriver vers nous. Ne te braque pas Micheline, elle est peut être sympa finalement ?! Elle nous demande alors dans un sourire émail diamant  s'il y a quelqu'un avec nous. On dit non, contents d'avoir trouvé des voisins de table, quels qu'ils soient. Elle aussi semble contente de notre réponse. Elle fait alors un signe à ses faire-valoir qui ni une ni deux prennent les assiettes, les couverts et les chaises vides de notre table et filent les installer sur la table d'à côté pourtant déjà complète, obligeant leur bande de potes inséparables à se serrer pour les accueillir. Mais quoi, c'est pas grave, c'est leurs potes, ça serait con de séparer un groupe si uni, quitte à en oublier les règles de base de politesse.

 

Mi Amor et moi nous voilà donc en tête à tête, tout le monde étant placé ailleurs qu'à nos côtés. Autant j'en rêve souvent, mais là, ce n'est pas le contexte idéal.  En plus, Mi Amor fait encore la gueule à cause de ses chaussures, rendant ainsi le repas interminable. J'en viens à faire sans arrêt des allers retours pour voir comment vont les enfants dans la pièce d'à côté tellement je m'emmerde !

 

 

Avant le dessert, on ne nous a encore pas adressé la parole, alors on décide d'aller se fumer une cigarette histoire de prendre l'air (Mi Amor commence en effet à se détendre).  Dehors, personne. Seule deux ombres se pelotent contre un mur en gémissant comme des ours. Ca a le mérite de le dérider vraiment.

 

De là, il y a l'espèce de Natachone qui vient avec sa bande de copines cucu la praline me dire : "ha mais c'est toi Micheline ? Désolée pour l'EVJF de t'avoir zappée ! C'est con, c'était hyper sympa !" S'en suit un gloussement de toutes ses greluches de BBF. Elle enchaîne : "Heureusement, je me suis rattrapée en t'intégrant au discours !"

Au discours ? Quel discours ?

Je dois donc (j'aurais reçu un putain de mail) participer au petit show super bien préparé par toute la bande.

Apparemment, il faut que je parle de l'année au cours de laquelle j'ai connu la mariée et que je fasse un lien avec l'actualité internationale du moment puis raconte une blague qui me lie à elle. Ca va être coton tiens. On m'aurait demandé l'actu des stars, j'aurais pu rebondir ! Yahoo people ou Voici sont mes livres de chevet ! Mais l'actualité internationale de l'année de notre rencontre, je sèche complètement.

 

Elles me laissent généreusement 5 minutes pour me préparer. Trop sympas les filles.

On rentre avec Mi Amor qui regarde sur son portable pour m'aider à nourrir mes propos, et en arrivant près de notre table, on se rend compte qu'il n'y a plus nos chaises. La bande de coolos juste derrière doit vraiment pas nous avoir vus et a donc pris nos chaises pour installer d'autres potes à leur table ronde qui réunit maintenant tous les invités de moins de 50 ans, sauf nous. On est comme deux cons debout, à une table où personne ne veut être, et à se demander si on se casserait pas juste maintenant, ce qui m'éviterait de me ridiculiser dans un minable discours .

 

Sauf que nunuche en chef vient me chercher pour le fameux discours. Je la suis docilement en me faufilant entre les tables et en vidant tous les verres d'alcool que je croise avant de rejoindre la bande de morues qui ne cessent de ricaner bêtement. Elles ont vraiment bien préparé leur truc, tout le monde rit, tout le monde pleure, que d'émotions mes amis. D'un coup, le clan des pompom girls s’arrête et toutes tournent la tête vers moi, me permettant d'en conclure que c'est mon tour. J'arrête donc de tirer sur ma robe (visiblement trop courte vu le regard que me jette la grand-tante du marié au premier rang) et je me lance, un énième verre à la main.

 

C'est de la totale improvisation, je raconte tout et n'importe quoi, passe du coq à l'âne, commence à régler mes comptes avec la mariée pour le coup du témoin,  et finis par critiquer les Totally Spies qui m'entourent… Je vois tout le monde se crisper, et j'en conclus que j'ai sans doute légèrement trop bu et trop vite. J'essaie alors de revenir à un truc léger, et décide de raconter la fameuse petite blague… Ce qui me vient, c'est une histoire idiote qui nous a toujours fait rire avec ma copine, une blague débile sur les nains. Je me lance, de toute façon, il n'y a que celle-ci qui vient. Je cherche dans l'auditoire un soutien tandis que je déroule ma vanne mais la seule réaction que je vois, c'est ma copine justement qui grimace en faisant le signe de se couper la tête. J'arrive pourtant à la chute finale. On entend les mouches voler, tout le monde me regarde bouche bée, debout sauf le frère du marié, qui lui est resté assis. Ho merde. Je réalise qu'il n'est pas assis. Il est debout lui aussi, mais j'ai été induite en erreur par sa très petite taille. Cet homme est nain.

 

Mais pourquoi j'ai raconté cette blague sur les nains ? J'aurais pu raconter n'importe quoi d'autres mais non !! Il a fallu que je fasse une blague de mauvais goût à prendre au 50ème degré et que dans cette salle, il y ait une personne, une, qui soit directement visée par cet immonde discours.  Personne ne rit, tout le monde assiste le regard froid à mon naufrage…  La parfaite Natacha vient alors à ma rescousse en me coupant avec beaucoup de tact en plein milieu de ma phrase de fin, et en se plaçant juste devant moi en me broyant les orteils avec ses talons de 10 centimètres. Je profite de cette ultime humiliation pour m'échapper en boîtant et me barrer avant le dessert.

 

J'ai envoyé un petit mail à ma copine pour savoir comment s'est passée la fin de soirée, mais elle ne me répond pas.

Avec tout ça, c'est peu probable que je sois la marraine de leur futur morpion, non ?

8 comments

  1. Bon, c’est décidé! Je ne lirai plus tes petits billets au boulot, ni dans les transports en commun. Je passe pour une folle tellement je rigole ! A plus pour de nouvelles aventures ma Micheline préférée….!

      • Quant au lieu de 2 chaussures droites, il n’aura qu’un caleçon pour tout le séjour … on en rira aussi 😉 Ca se dresse ces bêtes là, mais c’est bien plus facile à dire qu’à faire !

  2. C’est marrant les chaussures me rappellent quelque chose… ms de mémoire Mi Amor n’a pas fait la tête toute la soirée.
    Merci Micheline !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.