Déplacement professionnel

Déplacement professionnel

Hier j’étais en déplacement professionnel. Pendant que d’aucuns vont et viennent entre Londres, New York et Singapour, moi j’étais à Châtillon-sur-Thouet, 79200. Vous ne connaissez pas bien sûr. Pourtant, Châtillon-sur-Thouet est une charmante petite bourgade de 2818 âmes, à quelques 50 petits kilomètres de la grande et dynamique ville de Niort. On y compte une belle boulangerie, un vaste PMU, un coccimarket bien garni et pour les modeuses, il y a même un pantashop. Bref, Châtillon-sur-Thouet, c’est “the” place to be, et croyezle ou non, hier j’y étais, seule pour 2 jours de boulot.

 

Comme je sais saisir ma chance, je m’étais concoctée un petit séjour sympa histoire de profiter de ces 2 journées en célibataire ! Un RER, un métro , un TGV, un car et une voiture de location plus tard, me voilà au coeur de la gâtine. Je ne vous détaillerai pas mes rendez-vous professionnels aussi productifs qu’un  contrôleur SNCF un jour de grève. Je ne vais pas non plus vous dévoiler tous mes secrets. Mais une fois dehors, cheveux au vent et à la pluie et libérée de tout engagement professionnel puisqu’aucun de mes contacts ici n’a eu la délicatesse de me proposer de dîner avec lui, je suis fin prête pour découvrir vraiment toute seule sans personne cette contrée un chouille inhospitalière qui commence sur la départementale 938, plus connue sous le nom de la route de La Boulaie. Une prédestination pour moi en somme.

 

Etape 1: passer à l’hôtel poser mon baise-en-ville et me rafraîchir afin de ne pas risquer d’importuner par mon odeur aigre de transpiration les quelques êtres vivants qui daigneraient, qui sait, se soucier de ma pauvre petite personne. Bien sûr , le budget restreint dont je dispose (je bosse dans le social) m’a un peu contrainte dans mon choix d’hôtel, déjà limité par l’afflux de touristes en ce doux mois de février (nan je déconne). Parmi les 3 hôtels dans le secteur, celui sur lequel j’ai jeté mon dévolu semblait plutôt bien placé, en plein coeur de la “ville”. La fille de la nuit que je suis s’est immédiatement prise à rêver d’une fiesta endiablée dans les rues de Chât’ avec tous ses futurs nouveaux potes de débauche. Comme quoi, sur internet, on te fait vraiment avaler n’importe quoi.

 

L’hôtel, devrais-je plutôt dire l’infâme bouge, est une espèce de repère pour routiers en mal d’amour ou à la libido incontrôlable, décoré de meubles poisseux qui devaient déjà être moches au moment de l’ouverture de l’établissement en 1973. La dame à l’accueil, bien emballée dans sa mini panthère en sky et ses cuissardes à franges, m’accueille gentiment dans un battement de cils bleu-cyan des plus sophistiqué. 

 

Je prends ma clé qui pèse un bon quintal (faudrait que je me rachète un sac à main juste pour pouvoir y ranger ce porte-clé en bois aussi gros qu’un poulet fermier) et je monte à l’étage pour découvrir ma chambre… Ou plutôt mon placard. Un lit large comme celui d’un playmobil, une cabine de douche à rideau à même la pièce. De chiottes, il n’est point question, non, celles-ci se trouvant à deux pas si tant est qu’on monte à l’étage supérieur. Mais fort heureusement, question sanitaire, l’essentiel est là. J’ai un bidet. 

 

Après une micro-douche écourtée par l’absence d’eau chaude et un combat avec le rideau pourri (suis-je la seule sur qui tout rideau de douche glacé colle systématiquement ?), je repars vite loin de mon antre, vêtue comme une reine de la nuit, pour manger un bout dehors et profiter de mon célibat provisoire. Et là, contre toute attente, il n’y a rien. Queud. Aucun resto à l’horizon. Pas même de quoi acheter un vieux sandwich à la brasserie du bar-tabac fermée depuis 19h.

 

Je tourne donc comme une âme en peine dans les 3 rues qui composent le centre ville et finis par trouver au fond d’une cour intérieure LE kebab du village. Sauvée. En mode Bonjour chef, je commande mon complet salade-tomate-oignons et observe le cuistot me mitonner mon mets gourmand. Le pauvre homme est enrhumé (c’est que l’air est frais à Châtillon) et je l’entends renifler plus fort que le volume de BFM TV pourtant poussé au maximum dans le snack. Les deux mains prises par des oignons et une pelletée de frites congelées, le chef toqué (c’est une question d’hygiène tout de même) incline sa tête au-dessus de son ouvrage somme toute appétissant. C’est alors que je vois un long et vicieux filet de morve qui, tel un fil d’araignée lentement tissé, descend doucement de sa narine en direction de mon sandwich. Il renifle. Le fil remonte se cacher au fond de sa paroi nasale dans un roucoulement des plus gras. A peine ai-je le temps de desserrer mes fessiers que le filet reprend sa chute libre…. puis remonte comme lors d’un saut à l’élastique. Presque hypnotisée par son pif qui joue toujours au bilboquet au-dessus de mon kebab et contracturée de la fesse, je récupère enfin mon plateau qui, je dois bien l’avouer, me fait nettement moins envie depuis que j’ai vu ses secrets de fabrication.

 

Je m’installe tout de même sur une table en formica pour pignocher dans mon assiette 3 frites épargnées par sa rhino. Autour de moi l’ambiance bat son plein. Le groupe de jeunes du village est là et les 3 boutonneux s’énervent autour d’un baby dépareillé. A part ça, 2 tables plus loin, le seul autre amateur de kebab dans le coin me fait face. Le gourmet est un vieux papi ratatiné et porte sur lui, outre un béret, les traces d’une vie de dur  labeur. Tandis que je rêvasse à ce qu’a dû être sa vie dans les champs en le regardant avec compassion, je réalise que lui semble préférer me reluquer le décolleté plutôt que les infos sur BFM. Sans doute imagine-t-il aussi les ravages d’une vie de mère sur mes pauvres mamelles. Son regard devient pourtant insistant, lourdement insistant. Et voilà que le vieux papi s’énerve sur sa chaise… Je commence à me sentir mal à l’aise et à regretter d’avoir mis un push-up. Mes craintes se confirment quand il se met à se lécher les lèvres langoureusement en me fixant avec un regard lubrique. Et ce n’est pas pour récupérer le ketchup harissa au commissure de ses lèvres. Devant cette preuve irréfutable de mon charme, et avant d’être trop tentée de jouer avec le feu avec ce dieu deux-sévrien et bafouer ainsi mes voeux de mariage dans un kebab de province, je file en courant sans même un regret pour mon sandwich encore intact sur son papier sulfu tout collé au plateau.

 

De retour à l’hôtel, j’enfile vite mon pyj-combi en pilou-pilou (bah quoi, c’est confortable et Mi Amor n’est pas là !) tant il caille dans la piaule. Mais rien n’y fait, toutes ces émotions me font grelotter. Je farfouille en trépignant dans le placard et en tire une couverture toute râpée. Un gros bruit se fait entendre. Quelque chose camouflé dans la couverture semble être tombé sur le lino moucheté. C’est un énorme magazine, aussi lourd qu’un annuaire. Je le ramasse et là, je découvre avec stupeur les lectures conseillées par l’hôtel. Ce magazine, c’est la foire à la débauche, l’almanach Vermot de la dépravation, le dictionnaire du vice, le Tout L’univers de la lubricité! Ce magazine, c’est le numéro 8 de Perverses et vicieuses, et à en juger par les pages collées, il a déjà servi. 



J’aurais préféré bosser dans la banque ou dans la communication, tiens. C’est pas à Pénélope que ça arriverait ce genre de plan. Et manque de bol, mon prochain voyage pro est programmé à Loudun, lieu-dit dans la Vienne, et j’ai prévu de dormir dans un gîte rural. On est loin des Hilton et autres chaînes étoilées, mais ça fera la rue michel comme on dit à Châtillon-sur-Thouet. Je vais supporter. Après tout je bosse dans le social…

 

One comment

  1. Désolée de te contredire ma grande mais à Loudun y’a le dernier Center Parc presque flambant neuf. Et au pire, tu fais un peu de route et tu peux dormir chez l’habitant…(sympa en plus les habitants 😊).
    Bon en tout cas, si ta boite cherche quelqu’un, compte pas sur moi…

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