Le dermato

Le dermato

Hier, je suis allée chez le dermato. Une petite visite de routine s'imposait avant l'été histoire de faire le point sur mes nombreux grains de "beauté", ces trucs marronnasses que personne ne trouve beaux, et dont, comble de chance, je suis couverte. Celui qui a inventé ce nom de grains de "beauté" devait en avoir plein et vouloir se réconforter, je ne vois que ça…

D'habitude, j'ai une super toubib, une Pénélope parfaitement moulée dans sa blouse blanche, semblant tout droit sortie d'un fantasme de mec, et adorable par le dessus le marché. Elle contredit l'adage selon lequel les cordonniers sont les plus mal chaussés : sa peau est de pêche et en gros, tu ne vas la voir que dans l'espoir qu'elle te donne ses secrets de beauté, mais tu comprends bien vite que, sa technique à elle, c'est la génétique.

Malheureusement pour moi, cette fois, c'était son remplaçant, et Barbie était forcément associée à Ken !
Voilà donc mon nouveau docteur, un immense bellâtre tout droit sorti de la fac, à la voix grave et virile, au regard ténébreux et aux muscles saillants sous sa blouse de Docteur Bogosse.
Je bégaie un misérable "Bonjour docteur" tout en essayant de me rappeler en panique si j'ai assorti mes sous-vêtements ce matin et depuis combien de temps je ne me suis pas fait le maillot…

Arrivée dans le cabinet, mon sublime médecin me demande gentiment de me déshabiller. Ne t'emballe pas Micheline, c'est pour voir tes grains de "beauté" !
Je ne me sentais déjà pas particulièrement à l'aise, mais en enlevant ma chemise, j'ai eu d'un coup le stress de sentir la transpiration. Et oui. La névrosée que je suis a quelques angoisses. Ne pas bouger les bras Micheline, ne pas bouger les bras. Timidement (et maladroitement du coup), je retire un à un mes vêtements. Je voudrais vous y voir vous, à essayer de vous désaper sans décoller les coudes de votre buste tout en rentrant le ventre et en ayant l'air naturelle !
Me voilà donc debout devant son bureau, noble et fière en soutif-culotte pour une fois coordonnés (ouf, j'ai été bien avisée ce matin), le dos un peu courbé, les épaules rentrées et les bras croisés sur le ventre, bref, la pose de la meuf totalement sûre d'elle.
J'aurais pourtant dû profiter de ce court moment de dignité car il fut le seul de la consultation.
Docteur Bogosse m'annonce de but en blanc que je dois TOUT enlever, en précisant que les grains de "beauté", j'en ai vraiment partout et qu'il va devoir TOUT regarder (d'un ton qui veut plutôt dire : ne te fais pas de film ma cocotte, c'est surtout pas pour mater ton corps de sirène, ce que je vois me suffit amplement).
Respire un bon coup Micheline, tout va bien se passer.

Une fois dans la tenue d'Eve, plus blanche qu'un cul en hiver, je file comme une ombre m'allonger sur la table, arrosée par une atroce lumière crue de néon. Déjà qu'à la lumière naturelle, je ne me sentais pas au top du glamour mais là, tout espoir de paraître vaguement correcte sous ce spot éblouissant est absolument vain.
Et voilà que Docteur Bogosse se pointe armé d'un appareil photo! C'est alors le début d'une scène surréaliste où j'ai l'impression de jouer dans un épisode d'NCIS, d'être la morte et lui le légiste.
Il y a donc moi, à poil, pauvre chose échouée sur cette table de consultation, et il y a ce dieu grec qui mitraille une à une toutes les parties de mon corps : les parties dont je m'accommode, mais aussi celles que j'ai plus du mal à assumer ou bien encore celles qu'on ne montre jamais à personne, genre, entre les orteils… clic photo. Le tout en me scrutant sous toutes les coutures, et en allant même jusqu'à utiliser un autre instrument de torture pour me faire encore plus de mal :la loupe (haha. Que ceux qui pensent alors à des blagues sur mes seins se taisent à jamais)

Après les 20 plus longues minutes de ma vie, aucune partie de ma peau ne lui avait échappé, et j'ai commencé à me détendre quand il a fallu que je m'assoie, et que je penche ma tête en avant pour qu'il farfouille dans mes cheveux à la recherche d'un grain de "beauté" malfaisant sur le cuir chevelu.
C'est ainsi qu'enroulée sur moi-même, ses mains dans mes cheveux, j'aurais pu retrouver un soupçon de dignité… si je n'avais pas été aveuglée par un long, très long poil noir perdu sur une de mes cuisses. Le genre de poil qui te fait crier quand tu le vois, celui que tu ne dois jamais avoir enlevé de ta vie tant il est long comme un cheveu. La honte m'envahit. Impossible que ce détail pileux n'ait pas été immortalisé dans la péloche… Ca va en faire une jolie photo qui fera marrer ses potes ! D'autant qu'il est placé à côté d'un bon gros bleu de gras comme j'aime les appeler. Vous voyez?! Les espèces de bleus qu'on a toujours sur les parties du corps qui débordent un peu?! Et pour achever ce magnifique tableau plongeant qui s'offre à moi, comble de l'élégance, j'aperçois d'en haut mon gros orteil orné d'un magnifique poil de chaussette noire coincé sous l'ongle…

Fort heureusement, c'est fini. J'ai le droit de me rhabiller! Jamais fait ça aussi vite ! Si j'étais aussi efficace le matin, je serais tout le temps à l'heure au boulot ! Allez, je m'assois devant lui, je paie et je disparais à tout jamais de sa vie. Qu'on en finisse.
Mais pas avant d'avoir entendu le verdict final : cet été, donc, interdiction de me mettre au soleil, ou bien alors, avec écran total et T-shirt à manches longues. En voilà un beau programme de vacances tiens ! Moi qui voulais jouer la naïade, c'est loupé.
Je croyais en avoir enfin terminé avec lui, mais brusquement, il se met à me fixer le visage, se lève de son bureau et s'approche de moi… Je me demande ce qui se passe, je commence un chouille à perdre mes moyens déjà peu présents. Sans me quitter des yeux, il approche doucement son visage du mien... Je regarde en haut, en bas, tout sauf lui, qui pourtant s'approche encore plus près... et me demande d'une voix suave : "ça fait longtemps que vous les avez ces boutons sur la joue ?"

Ha bah oui Micheline aussi, tu croyais quoi? C'est un dermato, et c'est certainement pas avec tes talents de streep-teaseuse / top model que t'as pu lui montrer tes atouts! Non, forcément, ce qu'il voit, c'est l'espèce de pustule que tu te traînes sur la joue depuis des semaines, que tu voulais d'ailleurs montrer à ta toubib avant de venir, mais que tu avais vite choisi de taire honteusement à la vue de Docteur Bogosse. Et bien c'est raté, alors autant savoir ce que tu peux y faire…
Et bien là encore, j'ai tiré le gros lot. J'aurais pu avoir un truc un peu sérieux, une sorte de maladie vénérienne ou auto-immune qui me donne un peu d'importance ou tout au plus de l'intérêt pour le brillant scientifique qu'il était ! Une belle maladie, avec un nom complexe qui en jette quand t'en parles aux copains! Mais non!!!
Ma joue boutonneuse fait une réaction allergique au nickel de mon téléphone portable. N'est-ce pas absurde ? Tout cela me rappelle la fois où j'ai dû être hospitalisée d'urgence pour une péritonite aiguë. En 2 secondes, j'avais bien évidemment alerté toute la famille et les proches (j'aime bien faire mon intéressante des fois) pour finalement me faire renvoyer chez moi une heure après suite à un nouvel et glorieux diagnostic: constipation passagère. Humiliation totale quand tu dois rappeler tout le monde et annoncer le terrible mal qui te ronge.

Donc allergie au portable. Si je raconte ça à quelqu'un, il va bien se foutre de ma gueule! Docteur Bogosse aussi doit bien se marrer intérieurement. Il sort son bloc à ordonnances et réfléchit à ce qu'il va me prescrire pour remédier à cette ridicule allergie à l'Iphone.
J'y vais de ma p'tite blague et lui demande si dans ce cas, le Galaxy S est remboursé par la sécu? Bide totale, il ne réagit même pas à cette tentative d'humour désespérée qui avait pour seule raison d'être de me sauver un minimum la face.
Lui préconise plutôt une crème pour acnéiques de 13 ans. Je le sais, c'est le truc que j'avais déjà au collège.

C'était vraiment un moment inoubliable, ce rendez-vous médical.
Vivement que j'aille chez ma gynéco.

8 comments

  1. C’est quand que tu as ton RDV avec ta gynéco ??? J’ai hâte. En tous cas, moi, ma dermato, elle m’a pas demandé de me foutre à poil et n’a pas pris de photo non plus. Je me poserais des questions si j’étais toi…! A plus pour de prochaine aventure ma Micheline préférée !

  2. excellent !! je me suis revue chez la dermato : moi elle utilise une camera résultat tu vois tout à la télé en gros plan : là ou tu étais sure d être épilée de partout et bien tu vois tous ces jolis petits poils que tu as loupés !!
    trop hate de te lire j adorrrrre !!

  3. Étrange ce dermato… En tout cas je me suis bidonné, j’ai hâte de connaître les aventures de Micheline chez le gyneco…

  4. Me prénommant Micheline – donc une loozer d’après votre aimable commentaire naturellement encensant
    le corps médical : je pourrais peut-être vous raconter tous les avatars et je ne vois pas l’intérêt de votre article. Je connais très bien non seulement les dermatologues – comme pour tout il y a de bons médecins, surtout dans les anciens – mais pour moi les les loozers sont partout et le pénom n’y est pour rien.
    Par contre, c’est la première fois que je réponds à ce genre d’article et ses commentaires qui d’ailleurs concernent toujours les loozeuses « les femmes », je parie qu’il qu’il s’appelle JULES.
    J’utilise l’ordi de mon époux, le mien étant chez le chirurgien.

    • Bonjour Micheline
      je regrette que cette chronique ne vous ai pas plus et que vous n’y ayez pas perçu le second degré total et l’autodérision évidente.
      Bonne continuation à vous
      Micheline aussi.

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