L’esthéticienne

L’esthéticienne

Hier, je suis allée chez l'esthéticienne. L'été arrive, enfin il paraît, et avec lui le soleil et les tenues légères. Et je ne sais pas vous mais moi cette période m'agace toujours un peu. Pourquoi quand je décide de faire péter la robe, je découvre avec effroi des mollets blafards parsemés d'une jachère de poils hivernaux alors que Pénélope, elle, a toujours des jambes lisses et bronzées dès le mois de mai?

 

Je me suis dit que c'était peut-être parce que je m'épilais moi-même, contrairement à Pénélope, abonnée à un institut en bas de chez elle et où elle va tranquillement une fois tous les quinze jours pour profiter de soins en tout genre en sortant du boulot.

 

C'est vrai qu'en ce qui me concerne, je défriche plutôt moi-même avec les moyens du bord.
Quand le matin je découvre un beau soleil, la méthode du rasoir sous la douche l'emporte. Alors oui, c'est indéniable que la méthode est rapide et qu'à la sortie de la salle de bains, mes jambes sont toutes douces. Enfin... toutes douces si tu fais abstraction des quelques mini-entailles un peu partout, mais je défis quiconque d'aussi myope que moi de se raser sous la douche avec des lunettes pleines de buée sans se couper ! Mais cet instant de relative satisfaction n'est qu'éphémère. Dès 16h, mes mollets piquent comme une Spontex. Et c'est sans compter le maillot qui avance après chaque rasage de 2 cm supplémentaires jusqu'au milieu de mes cuisses pour me faire ressembler à une porno star des années 70. "I'm a venus", mon cul ouais !

 

Quand je suis moins pressée, comme à la sortie de l'hiver, ou quand à force d'un rasage matinal quotidien, je commence à avoir un paillasson sur les pattes dès 11h du matin, je prends mon courage à deux mains et passe à l'épilateur. Vous savez ? Le truc qui est toujours déchargé quand tu décides de t'y mettre !! Quoi qu'il en soit, même si j'ai été prévoyante, inutile de songer à mettre une jupette dans la foulée, sauf à vouloir faire croire à tout le monde que je suis tombée dans un champs d'orties pour justifier mes mollets couverts de plaques rouges. Je ne parle même pas des poils de 10 cm coincés sous la peau, que t'arraches avec jouissance après t'être trituré l'épiderme pendant des heures à la pince à épiler mais qui laisse sur ta peau une croûte des plus disgracieuses. Quant à l'utilisation de l'épilateur pour le maillot... je ne m'y suis même pas aventurée tant je crains de déraper et de me retrouver aussi paniquée que quand je passe l'aspirateur et qu'il chope malencontreusement une chaussette coincée sous le lit en sifflant comme s'il allait exploser, avec en prime le risque d'une ITT de 4 jours .

 

Hier, j'ai donc décidé de m'organiser pour tester l'esthéticienne de Pénélope. J'arrive au salon un peu stressée, vaguement honteuse de ma toison... La nana, une jeunette à l'accent du midi et maquillée aussi discrètement que ma fille de 4 ans quand je lui laisse le maquillage dans les mains 30 minutes, m'accueille dans un petit uniforme rose d'infirmière, comme si ce subtil rappel médical allait me rassurer.

 

Elle me demande ce que je souhaite épiler : - Mi-jambes? Oui, mais pourquoi pas aussi l'autre moitié aussi à la limite!? Mes jupes remontent parfois au-dessus du genou! -Le maillot ? Oui. - D'accord, mais quel type de maillot, on a le classique, le brésilien, le sexy, l'intégral ? Houla... si je me fie au prix croissant des options, je suppose que plus on paie, plus on arrache, mais j'ai tout de même du mal à cerner les nuances. Et puis moi, je n'ai jamais vu de minou de brésilienne, la coupe est-elle si particulière ? Je ne sais pas quoi lui répondre du coup, et intrépide que je suis, je lui balance une intégrale en prenant la tête de la fille qui en a déjà vu d'autres. En réalite, très vite, je me dégonfle en l'implorant de m'en laisser un peu histoire que Mi Amor ne pense pas que j'ai un amant. Elle note tout ça puis me pose la question qui tue : - Et le sif? Pas suffisamment habituée au langage technique des instituts, et déjà un peu affaiblie par ma dégonflade de débutante sur le maillot intégral, je réponds sans trop savoir à quoi je m'expose "bien sur" pour ne pas perdre la face. Elle doit se réjouir d'avoir une si bonne cliente et enchaîne les nouvelles propositions : - Lèvres supérieures? D'abord je me demande desquelles elle parle....puis réalise vite que cette pétasse parle de ma bouche!? Mais c'est méchant ça, madame, de me rappeler que j'ai de la moustache ! Je réponds donc par la négative, vexée comme un pou et impatiente de filer m'ausculter la tronche dans un miroir grossissant dès que j'en aurai fini avec cette séance toilettage qui va me coûter un bras.

 

Elle me fait m'installer dans une cabine et repars préparer son matériel pendant que je me dessape pudiquement et m'assois sur la table en attendant qu'elle arrive, balançant comme une enfant mes jambes dans le vide. Les cabines étant ouvertes au-dessus et en-dessous, je l'entends parfaitement glousser avec ses collègues dans la salle de pause pendant que moi je me les caille en bobette sur sa table recouverte de papier crépon. Si ça se trouve, elle se marre de mon ignorance sur le modèle brésilien.

 

Elle revient enfin, enfile avec une élégance rare des gants en plastique qui n'augurent rien de bon pour moi et me demande de m'allonger sur le dos et d'écarter les cuisses. Ok. On commence donc par le meilleur. S'en suivent de nombreuses caresses sur mes jambes piquantes. Quoi?! C'est pour essayer de me faire croire que mes jambes sont douces avant même son intervention ? C'est pour tester la résistance de ses gants en plastoc et voir si elle peut les rayer à la force de mes poils ? J'attends le début des ennuis tandis qu'elle m'observe, me scrute en long, en large et en travers. Je savais que j'aurais du enlever deux ou trois touffes avant de venir. J'essaie pourtant de me rassurer en me disant qu'après tout, c'est son boulot. Elle en a surement vu d'autres !

 

C'est alors que la petite dame alpague sa collègue dans la cabine un peu plus loin en beuglant avec l'accent chantant de la Provence : "Anaïs, tu sais où sont les ciseaux ? Parce qu'ici on va en avoir grand besoin" ! Ha ok. Donc ce n'est pas toujours le cas. Et pourquoi pas le sécateur tant que tu y es Anaïs ? Anaïs arrive, entre sans frapper bien évidemment et ouvre grand la porte, permettant ainsi à toutes les autres clientes de constater à quel point il était temps que je vienne, et balance son taille haie à sa copine qui veut se la jouer paysagiste.

 

Edward aux mains d'argent ayant bien oeuvré, c'est l'heure des finitions. La nana me badigeonne alors allègrement l'entre-jambe d'une cire bouillantissime. Avec ça, sûre que les poils fondent, inutile de les arracher! Quand la sadique bonne femme me décolle la cire séchée, je retiens un petit cri strident et une grosse insulte, mais ne parviens pas à afficher un visage détendu. - Ha, je vous ai fait mal ? Non pas du tout, j'ai juste l'impression que tout vient avec et qu'il ne me restera que les os.
Ca doit l'inspirer la fille, car elle commence à me raconter toutes les histoires honteuses de ses clientes. Ca me ravigote un peu je dois avouer. Elle parle, elle me badigeonne, elle parle, elle arrache, je gueule et ça lui donne une nouvelle idée d'anecdote tordante à me raconter et c'est reparti pour un cycle de bavassage-arrachage. Au bout d'un moment, je me demande ce qu'elle trouve encore à enlever. En y jetant un oeil grâce à une contraction d'abdos des plus toniques pour redresser ma tête, je m'aperçois qu'elle n'a absolument pas fait ce que je lui avais demandé, et qu'elle s'apprête à tout enlever. A ma tête (dont la grimace est accentuée par l'effort surhumain que ma contraction d'abdos me demande), elle semble prendre conscience de son erreur et prend l'initiative de retirer délicatement (tiens donc, elle sait le faire ?) un millimètre carré de cire encore liquide, histoire d'épargner un mini toupet de mon intimité. Le résultat final est ridicule. Je vois déjà Mi Amor se marrer en découvrant ce spectacle rougeot où 2 pauvres poils se battent en duel. J'aurais du prendre la coupe sexy tiens, sur un malentendu, j'aurais presque pu l'être.

 

Fort heureusement, tout cela signifie que le plus dur est fait. Enfin c'est ce que je crois. Le pire reste encore à venir. Elle me demande de me mettre à quatre pattes sur la table, lui offrant alors une vue des plus imprenables sur mon fondement, le tout dans une position qui n'évoque ni élégance ni dignité. Elle devine ma perplexité quand à la nécessité de cette étrange position, et me précise : "C'est pour le sillon inter-fessier". Le sillon inter fessier... Sillon Inter Fessier... Ha oui, je vois. C'est ça le fameux SIF. Pas le temps de philosopher davantage sur le danger des acronymes que déjà je me retrouve à me faire ébouillanter l'arrière train. Je me sens prise au piège, tel un caniche nain enchaîné chez son toiletteur et effrayé face aux vrombissements de la tondeuse. Mais quelle humiliation les amis !!! Surtout lorsqu'elle décide d'y aller dans la précision à la pince à épiler, la tête dans mon derrière, le tout en continuant à tatasser imperturbablement sur les coupes les plus improbables de ses clientes originales.

 

Jamais, non jamais je ne veux devenir un jour esthéticienne. Et jamais je n'y retournerai non plus. Plutôt piquer ! En sortant de là, je ne suis que feu et douleur, et j'avance comme John Wayne pour rejoindre la maison, tant le simple fait de marcher en serrant les cuisses m'est insupportable. Me voilà donc appauvrie de trop d'euros, allégée de trop de poils, et brûlée au 3ième degré. Souffrir pour être belle ? Mais quelle grosse connerie !

En tout cas, moi qui ce soir rêvais d'une petite soirée love to love avec Mi Amor, ça sera plutôt compresse et Biafine.

 

 

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