J’ai eu une promotion !

J’ai eu une promotion !

Vous savez que j’ai eu une super promotion il y a peu ?! Moi, Micheline, j’ai été sollicitée pour accompagner monsieur Duchemol à une grandiose réunion pince-fesses à la Nadine de Rothschild aux côtés des plus grands de ce monde dans un lieu ultra chic ! Il a décidé de me sortir un peu de l’ombre (de la sienne en tout cas) et de me faire profiter d’autre chose que de ses soufflantes. 

 

En cette glorieuse journée donc, je me pointe bien en avance au lieu du rendez-vous. 3 jours que je ne pensais qu’à ça vous imaginez bien. Mes boyaux en vrac et moi on se plante devant l’immense porte cochère faisant face à une luxueuse place parisienne pour attendre monsieur Duchemol. Au bout de 45 minutes, bien que j’ai l’habitude de faire le pied de grue, je commence quand même à fatiguer. C’est pas comme si je voyageais léger en plus : pour ajouter à mon stress du jour, juste après le-dit pince-fesses, figurez-vous que je dois à nouveau repartir en déplacement professionnel on ne peut moins sexy, à Brezoune exactement, charmante commune bucolique de Haute-Normandie. Ouais, je sais, vous êtes tous super jaloux de mon boulot de rêve. Du coup, en plus de mon ordi, de mes notes et de quelques dossiers, je trimballe dans ma besace brosse à dents, culotte propre, chaussons licorne ridicules et brosse séchante qui ressemble à s’y méprendre à un godemichet à picots. Enfin, à ce que j’imagine être un godemichet à picots quoi…

 

Hum, bref. Mon épaule commence à sérieusement fatiguer et j’ai fini de ronger tous mes ongles quand au loin j’aperçois mon boss qui avance nonchalamment comme s’il allait acheter son sandwich pour le déj à la boulangerie du coin. On se retrouve mais en lui serrant la main, je perds mon gros sac qui glisse de mon épaule anesthésiée par la douleur et dont le contenu s’étale lamentablement sur le pavé. Le boss semble alors pressé d’acheter son casse dalle et me laisse en plan ramasser mon bordel sur le trottoir que je commence à bien connaître. C’est donc finalement en courant que je le rejoins au poste de sécurité de ce prestigieux ministère, essoufflée comme un boeuf et à la bourre alors que ça faisait juste 3 plombes que je l’attendais.

 

Me voici donc dans la queue devant le poste de sécurité, entourée des professionnels les plus influents de mon secteur, aux côtés de monsieur Duchemol et d’une de ses very importantes relations tout juste rencontrée et qu’il se garde bien de me présenter. La very importante personne ouvre rapidement son sac à main devant le vigile et passe en un clin d’oeil. Monsieur Duchemol ouvre symboliquement sa malette et passe aussi vite. Micheline ouvre rapido sa grosse besace et s’apprête à avancer aussi promptement que ses dignes prédécesseurs mais le type surpris par la taille du gros sac m’arrête illico. Et voilà donc que je bloque le fluide défilé de belles gens en lui donnant mon sac à vider.. Et vas-y qu’il sort une à une mes affaires de toilettes, mon petit linge de rechange et mon pseudo sex toy devant le reste de la queue. Et devant Monsieur Duchemol.

 

Une fois libérée du chien de garde, je récupère mon sac tout retourné et accessoirement deux fois plus encombrant maintenant que toutes mes affaires ont été à nouveau dépliées . Mais vient l’heure du contrôle d’identité et de la vérification que les personnes présentes sont bien sur la liste des invités. Une fois de plus, la VIP passe en deux deux, monsieur Duchemol passe les doigts dans le pif et moi, bah je vous le donne en mille, mon nom ne figure même pas sur la liste. Bien sûr. Un seul oubli sur 50 pelés et c’est pour ma pomme. La nana doit appeler sa boss pour statuer sur mon misérable sort et fait poireauter les 30 personnes très importantes derrière moi dans la queue qui commencent à me maudire. Après moultes vérifications et appels aux organisateurs de la réunion pour s’assurer que la pauvre fille qui attend à l’accueil avec sa trousse de toilette est bien autorisée à se mêler à l’élite, je peux enfin rejoindre Duchemol and Co qui, blasés, ne se sont pas souciés une nanoseconde de moi et sont déjà partis s’installer dans la salle.

 

La salle de réunion porte d’ailleurs bien son nom: la salle du bal. Dorures, plafond enluminé et moulures, parquet en point de Hongrie, elle n’en est pas pour le moins dotée de tous les attributs des rencontres les plus high-tech : vidéo projecteur futuriste, table ovale laquée immense sur laquelle sont posés plein de petits micros hypermodernes comme on en voit aux Nations Unies. Je pourrais me sentir comme Sissi l’Impératrice à la cour, mais je suis plutôt en mode vache normande pleine de boue dans une boutique de luxe de la place Vendôme.

 

Je prends discrètement place à côté de monsieur Duchemol, sur un espace ridiculement petit qui semble avoir été ajouté à la dernière minute, sans doute lorsque j’étais en otage au poste de sécurité. Il me manque toutefois le dossier de la réunion (histoire de bien m’en faciliter la compréhension, déjà que je n’ai pas tout capté du sujet général) et le micro individuel qu’un brave homme daigne venir m’installer voyant ma gueule déconfite. Sauf que le mien semble avoir été récupéré dans un vieux carton d’emmaüs et doit dater de la SDN…

 

Le temps que la réunion commence et que les 30 VIP que j’ai bloquées en bas entrent dans la salle, et dans la mesure où monsieur Duchemol et sa copine ne me calculent toujours pas, je ne trouve rien de mieux à faire que de sortir mon portable et regarder mes mails d’un air sérieux genre je règle des problèmes au boulot les gars, moi aussi je suis très importante, le tout pour me donner une contenance. En réalité, je lis la relance de la Redoute quant à mon dernier panier virtuel que je n’ai pas encore validé (ha oui,je vous raconterai cette drôle de manie un de ces quatre) et me dis que quand même, ce petit chemisier rayé, il me plaît bien.

 

Mais je suis arrachée de mes pensées hautement philosophiques car la séance commence enfin, introduite par une jeune bombasse brillante ayant la moitié de mon âge. A peine ai-je le temps de la détester qu’on nous annonce un tour de table pour se présenter. Le truc pas sorcier a priori. Sauf que je fais partie de ces gens à qui un simple tour de table dans ce genre de lieux provoque une angoisse intestinale terrible, comme si la vache de Normandie que je pense être ici allait désormais être démasquée en meuglant dans son micro merdique. Ma tension s’accroît quand je vois chaque participant enchaîner à tour de rôle des présentations synthétiques et parfaitement articulées en appuyant sur le nano micro qui leur fait face. Plus que 8 personnes avant moi quand je constate que mon micro a 2 boutons, mais que j’ignore  lequel actionner pour le faire marcher. Je commence à angoisser sévère, percevant intuitivement que je ne suis pas au bout de mes peines.

 

Pire. Personne d’autre que moi ne semble se poser la question dudit bouton, et chacun appuie tour à tour presque instinctivement sur l’appareil pour se présenter sans être gêné le moins du monde par un éventuel problème technique. J’essaie de lorgner sur mes voisins pour comprendre comment s’y prennent ces brillants personnages mais je suis trop loin pour voir quel bouton ils activent. Quant à Duchemol, il me tourne le dos et me cache la vue. Je ne vois qu’une solution, compter sur ma chance. Autant dire que ce n’est pas gagné.

 

Je rêverais de me cacher sous la table ou de retourner à mon petit boulot planqué mais c’est à moi. Je me lance et appuie sur le bouton de gauche au pif en récitant ma présentation que je me répète en boucle depuis le début du tour de table. Présentation que bien sûr personne n’entend car, comme il fallait s’y attendre, j’ai actionné le mauvais bouton et ma voix est recouverte par un sifflement strident qui fait grimacer tous les gens très importants autour de moi. En dépit d’un combo coup de chaud, transpiration intense des dessous de bras, rougeoiement de la face et spasme colo rectal, je renouvelle ma tentative avec l’autre foutu bouton, qui fonctionne cette fois-ci heureusement pour moi. Ragaillardie par ce coup de veine imprévu (je m’attendais à ce qu’aucune des deux minables touches ne fonctionne), j’y vais de ma petite blague ridicule sous le regard désespéré de monsieur Duchemol qui semble regretter d’avoir promu ce boulet qui ne sait se faire remarquer que par sa déveine et son manque d’humour. Ma blague ne fait d’ailleurs sourire personne, tout le monde est sourd de toute façon depuis que je leur ai pété les oreilles en actionnant le mauvais canal.

 

Duchemol se recule un peu pour se présenter à son tour d’un air assuré et me laisse entrevoir son micro qui, je vous le donne en mille, est identique à celui de sa copine qui est le même que celui d’à côté car tous, TOUS sans exception, n’ont qu’un bouton, tous sauf le putain de micro du siècle dernier qu’on m’a refilé. Je le dis discrètement à monsieur Duchemol pensant ainsi légitimer ma défaillance mais celui-ci en a visiblement autant à faire que moi de mes mômes lorsqu’ils me racontent qu’ils ont dû aller dans la salle de motricité parce que Véro s’occupait des poissons. Je n’y comprends rien et je m’en fous. Bah Duchemol, pareil.

 

La réunion est en tout cas passionnante, je ne prends bien sûr part à aucun débat et me contente de noter scrupuleusement tout ce qui se ditLorsqu’elle s’achève, mister Duchemol et sa copine commentent ces échanges vraiment sans substance et trop survolés. Ouais bah moi j’ai bien aimé, pas tout compris, mais chouette. Et faute de jouer à nouveau à Rémi sans famille, je me plie en 18 pour m’incruster dans leur conversation de façon très constructive puisque je n’ai rien à dire. Alors vas-y que je rigole bêtement, que je ponctue leurs phrases prétentieuses d’un “ha d accord” comme s’ils m’apprenaient la vie ou que j’opine du chef pour approuver leurs si brillantes réflexions dont le sens m’échappe en réalité.

 

Incruste réussie malgré tout car en partant, j’ai même le droit de serrer la paluche de la VIP. Malheureusement un bouton de manche de mon manteau se coince dans le fil qui tient ses lunettes et les arrache avant de les faire tomber par terre… Elle ne me saluera plus de sitôt.

 

Une journée au top au cours de laquelle le bouton a régné en maître.

 

Ca m’a rappelé mon adolescence tiens.

 

 

 

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