La plage

La plage

Au cours de notre virée italienne, on a tenu à passer une journée à la plage dans un endroit authentique. Le hic, c’est que visiblement, authenticité et plage ne vont pas forcément de pair là-bas. A peine arrivés dans la petite ville balnéaire précautionneusement sélectionnée par Mi Amor et moi qu’on se croit à la Grande Motte : longue promenade bétonnée, stands à gogo de bracelets brésiliens, bikinis importables sauf si tu t’appelles Loana, et autres robes tropéziennes en crochet pour femmes pleine de classe.

Nous, ce qu’on veut, c’est accéder à la plage qu’on ne voit toujours pas, cachée par d’immondes porches ornés de dauphins en plastique et de sirènes de polystyrène. On penserait presque être chez Mickey et faire la queue pour la nouvelle attraction Némo.

C’est face à cet horizon obstrué par le royaume de la cagole qu’on comprend qu’il est nécessaire de passer ces majestueux portails pour avoir la possibilité de voir le sable, et qui sait, la mer, moyennant tout de même un droit d’accès de 50 balles. Et comme on venait déjà d’en claquer 30 dans 3 misérables seaux de plage,  on décide de ne pas pénétrer dans ces antres du capitalisme mais de trouver un coin où la plage est à tout le monde.

Ce n’est qu’après une balade forcée d’une heure au milieu des tatoueurs au henné, des vendeurs de paréos et des odeurs de frites (authentique, vous dis-je!) qu’on dégote derrière la pissotière publique la seule et unique parcelle gratos du coin. Bon, elle n’est pas bien large, il faut l’admettre, 5 mètres tout au plus, mais c’est une question de principe bordel, la plage est à tout le monde!

A tout le monde donc. Et c’est bien le problème finalement. Car la bande de sable kolkhozienne est bondée, ce qui nous oblige à nous installer près des waters pour être sûrs d’avoir de la place, devant faire fi des 150 mètres qui nous séparent de la mer ainsi que des grosses mouches qui nous entourent, attirées par les doux embruns de la sanisette. Résultat, au bout de 5 minutes infernales, on va à l’encontre de tous nos principes gauchistes, et on se résout à payer le prix fort pour avoir, le temps d’une matinée, le droit de s’asseoir sur 2 transats et de s’abriter sous un parasol près de l’eau.

Tandis que j’installe les serviettes avec les microbes en ronchonnant contre ce système pourri, Mi Amor, lui, s’adapte bien vite et va demander une bouteille d’eau minérale à la réception de cette plage privée. C’est con, j’en ai une! me dis-je. Mais je comprends mieux son déplacement inutile quand je vois la nana de la réception… Je sens qu’il va avoir soif Mi Amor cet aprèm.

Une fois l’installation faite, il est temps d’affronter le fameux complexe du maillot de bain. Je m’enroule dans ma serviette histoire de camoufler le rôti mais malheureusement, l’un des microbes toujours dans mes pattes marche dessus et l’arrache par mégarde, dévoilant ainsi l’étendue des dégâts. Ceci étant fait, je réalise pourtant qu’il n’y a pas mort d’hommes, et que personne n’hurle ni ne s’évanouit. Je reste donc en bikini. Mi Amor me reluque alors du coin de l’oeil… (ne serais-je pas si dégueu finalement?) puis m’annonce que j’ai pris un énorme coup de soleil dans le dos en forme de triangle. Pourquoi les coups de soleil déjà tellement seyants ont-ils toujours une forme ridicule?! Ni une ni deux, Mi Amor a la solution et galope comme un cabri à l’accueil pour acheter à Sabrina Boys Boys Boys une crème solaire.  Quelle veine.

Une fois enduite d’écran total bien blanc et bien épais histoire que ma peau ne puisse pas l’absorber, je commence déjà à me lasser de faire la crêpe sur la serviette, tout ça pour seulement manger le sable que le mini microbe me balance à chacun de ses coups de pelle. Constatant avec satisfaction que tout le monde joue tranquillement et que Mi Amor est une fois de plus revenu tout guilleret de la réception après s’être acheté un sodoku (une nouvelle passion pour sûr), je décide d’aller me tremper tranquille sans personne.

Reste toutefois à affronter l’inéluctable traversée de la plage sous le regard des autres. Je respire un bon coup, me lève en hâte en gardant le dos rond et trace sur le sable jusqu’à la mer en regardant mes orteils et en serrant les bras le long du corps pour cacher autant que faire se peut ma culotte de cheval. Et là, face à la mer, j’oublie tout. Devant l’horizon, c’est comme si mon cul n’existait plus. Je deviens autre chose qu’une fille complexée, une mère fatiguée et une femme jalouse. Le monde est devant moi et il m’appartient. Je sens la paix m’envahir tandis que j’avance doucement dans l’eau fraîche, délicieusement bercée par les vagues et par la brise légère qui me caresse les ép…. Ho putain, une bande de sales gosses vient de m’asperger en gueulant comme des putois !!!!! Je me retourne pour hurler sur ces mômes sans parents et constate avec effroi que ces 3 morveux ne sont autres que les miens, trop contents de rejoindre leur mère dans l’eau et de lui gâcher sa putain de minute de calme!!!

Bon, je m’emporte. En fait, ils sont mignons. Ils sautent les vagues, font des figures, de préférence celles qui éclaboussent bien la tronche de ceux qui sont à côté quand même, et m’alpaguent toutes les 3 secondes par un « hey maman regarde!!! » (le 150ième du jour, au bas mot), auquel je réponds du tac au tac par un  « whoua!!! » bien rodé, le tout en faisant semblant de regarder, de un parce qu’en général, ces démonstrations ont une durée indéterminée (ni toi ni eux ne savent quand ça s’arrête), et de deux parce qu’on peut bien se l’avouer, leurs cabrioles n’ont souvent rien de mirobolant. Bref, je simule l’enthousiasme et l’admiration lorsque débarque la mini-mouflette, gros bidou dehors et p’tit slip à froufrou rentré dans la fesse, le cheveux en bataille dressé sur une tête que je devine derrière deux gros brassards jaunes fluo.

C est là que je réalise que finalement, je n’étais pas si mal avec les grands dans les vagues!  Car la petite a peur de l’eau et vient s’agripper à moi comme un bébé singe à sa mère, sécurisant le tout par un gros orteil qu’elle coince astucieusement dans ma culotte de maillot de bain, permettant ainsi à tous les gens sur la plage de voir l’un des objets de ma désolation et aux baigneurs de constater que mon rendez-vous chez l’esthéticienne commence à dater. Je la porte donc d’une main, l’autre tentant vainement de dissimuler mon blanc séant, le tout en me faisant briser les tympans par ses cris de sirène (de bagnole hein!) qu’elle déclenche à chaque vague. Et ça, bien sûr, sans cesser mes exclamations surjouées aux plus grands malgré une pesante absence de visibilité en raison des deux foutus brassards que je me mange dans la figure et qui viennent me lacérer la joue. C’en est trop, cette griffure de brassard. Je fais signe à Mi Amor de venir à ma rescousse, qui, non content de ramener la mouflette et ses airbags sur les serviettes, court lui acheter un bonbon à l’accueil où d’autres airbags l’attendent.

De mon côté, je décide de sortir de l’eau avec autant d’allure qu’il m’est possible d’avoir dans la mesure où je fais face à un superbe maître nageur tout en muscles qui semble me regarder… Je prends peu à peu confiance sous son regard insistant, alors je fais ma belle, cambre les reins, sors le peu de poitrine qu’il me reste et avance tel Jasmine Bleeth vers le rivage en priant pour qu’il m’ait vu avec mes 4 mômes et qu’il ait par conséquent un peu d’indulgence. Le type me mate, je le vois. De plus en plus ragaillardie, je rentre encore mon bide et réajuste mon maillot dans un geste sexy quand je l’entends jouer de son sifflet en me faisant des signes du haut de sa chaise haute. Je comprends alors qu’il me demande simplement de dégager car j’empiète visiblement sur la mer des riches d’à côté, et qui ont dû la payer plus cher que moi.

C est le coup de grâce. Je décide d’aller noyer mon chagrin dans des beignets au Nutella vendus à l’accueil et que Mi Amor s’empresse d’aller me chercher.

C’est tout vu. L’année prochaine, on part dans le grand nord.

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