Le stérilet

Le stérilet

Comme je ne recule devant rien, j’ai décidé chers amis de vous raconter aujourd’hui les détails intimes de mon existence et d’aller puiser mon inspiration au tréfond de mon âme mais pas que, et donc de vous parler de mes déboires gynécologiques. Ne me remerciez pas.

Comme on ne se connait pas encore très bien, je vous épargnerai les sujets mycose ou rééducation périnéale ratée malgré des séances hebdomadaires de jeux vidéos pour foufoune avec une sonde vibrante que j’aurais bien utilisée autrement que comme un joystick. J’ai une fierté. 

Je m’attarderai davantage sur mon mode de contraception. Ou devrais-je dire mes innombrables modes de contraception. 

Car oui, je fais partie de ces femmes qui ont presque tout essayé. 

Tout a commencé avec la pilule aujourd’hui retirée du commerce, prise à 14 ans pour limiter ma poussée d’acné juvénile, et certainement pas pour son usage premier contraceptif. 

Ma méthode à cette époque (l’abstinence forcée) était bien plus efficace, ce qui ne m’empêchait pas de tout miser sur la disparition de mes boutons pour changer la donne et découvrir une vie sexuelle plus attrayante que celle que je partageais jusqu’alors avec le pommeau de la douche.

La pilule n’a malheureusement rien changé, si ce n’est qu’elle m’a fait prendre 1 kilo par chtar disparu. Autant vous dire que j’ai beaucoup grossi.

Après ma rupture avec le dit pommeau (soit à mes 25 ans), j’ai aussi tenté la méthode de la bonne vieille capote, celle qui te crame l’entrejambe et te rend inapte pour la semaine.

Aujourd’hui, ne pouvant bouffer davantage d’hormones en cachet ou en implant pour cause de pilosité exacerbée et règles aussi abondantes que les pluies en période de mousson, il ne me reste que 2 options : 

-Caler mes rapports sur ma courbe de température au risque de pondre un cinquième mouflet et de devoir changer de bagnole ;

-Me faire poser un stérilet quitte à me faire déchirer l’utérus par cet énorme morceau de métal qui me fera sonner à chaque portique de sécurité. Vous l’avez compris, je ne suis pas trop fan de cette option.

Mais mon banquier m’ayant gentiment refusé le crédit pour une 7 places, j’ai dû me résoudre à me faire poser un corps étranger dans le bide, alors que bon, on n’a pas vraiment de recul sur tout ça. 

J’ai donc pris mon téléphone et contacté ma chère et tendre gynécologue, seule personne au monde potentiellement habilitée à me poser cette atrocité mécanique dans un délai raisonnable de 6 mois. Elle est formidable.

Le jour J, je me suis réveillée la peur au ventre comme si je devais me rendre à l’hosto pour subir un triple pontage.

Au boulot, impossible de travailler. Je ne pensais qu’à ma souffrance à venir, obsédée par ce corps étranger prêt à me rayer la matrice. 

Puis l’heure fatidique est arrivée. Je suis passée par la pharmacie pour acheter ma perforeuse à utérus en tentant de me convaincre que ça devait vraiment être plus petit que je ne le pensais. Et c’est là que la nana m’a apporté une ÉNORME boîte de 30 cm de long… La pauvre a dû lire l’effroi sur mon visage et s’est empressée de me rassurer… Figurez-vous que c’est l’emballage qui prend tant de place ! Que c’est beaucoup plus petit qu’il n’y paraît. Je ne suis pas sûre de la croire.

J’arrive au rendez-vous en traînant des pieds, mon énorme carton sous le bras. Je pourrais peut-être tenter avec Cofidis pour le crédit de la bagnole ?

La secrétaire m’accueille froidement comme si je venais pour une veillée funéraire. Ça va la miss, détends-toi, c’est pas toi qui vas te faire poser un Edward aux mains d’argent portatif dans le bide. 

Mais l’égocentrique, ignorant tout de mon angoisse, me balance comme ça, sans ménagement, que ma si fantastique doctoresse vient d’avoir un accident de voiture et est actuellement au bloc pour une grosse opération du genou, et que c’est donc son ex-interne habituelle qui prend le relais en urgence et gère ses consultations jusqu’à nouvel ordre.

OMG!!! Mais quelle horreur!!! Comment une chose aussi terrible a-t-elle bien pu se produire ????? Pauvre, pauvre, pauvre de moi… Pourquoi ne m’a-t-on pas prévenue plus tôt ? J’aurais tout bonnement négocié avec Miamor l’achat d’une vieille estafette toute rouillée sur le Bon Coin, ça aurait bien fait l’affaire pour 5 mioches! Et puis, ma toubib accidentée n’a pas besoin de son genou pour me faire ce qu’elle a à faire, que je sache. Au lieu de ça, je suis coincée dans cette maison de la torture avec des inconnues insensibles à ma douleur et une apprentie gynéco tout juste sevrée.

Il ne me reste qu’à aller me lingetter dans les water et à attendre sagement mon heure en priant tout en faisant mine de lire avec plaisir le vieux Mme Figaro racorni du printemps 2008.

La porte du cabinet s’ouvre. En sort une patiente les joues en feu. Elle rejoint difficilement la porte de sortie en boîtant comme si on l’avait forcée à faire un marathon à cheval, à cru et juste après son accouchement.

Le “docteur”, une petite rouquine au teint de lait, a l’air tout droit sortie du lycée dans son pull large et ses boots à clous, m’appelle timidement.

J’avance vers l’échafaud, résignée face au sombre dessein qui m’attend.

Elle m’explique alors en se triturant les doigts (oh… misère… elle a des ongles immenses…) que le docteur est accidentée et qu’elle la remplace – blablabla – puis me demande la raison de ma visite en cherchant en vain mon dossier dans une pile plus haute que celle de mon linge sale au retour des vacances.

Pour faire diversion face au bordel non organisé, et histoire de détendre un peu l’atmosphère, elle me raconte en rigolant qu’elle  vient d’essayer de poser un nouveau modèle de stérilet à la patiente précédente sans toutefois y parvenir. Haha. Mais quelle bonne idée cette blagounette. Et quelle psychologie, jeune fille. Me voilà en effet plus détendue maintenant.

Mais déjà prise au piège, je me retrouve  écartelée, talons coincés dans des étriers froids comme une pierre tombale et fesses collées sur un drap de papier tout rèche. Je me sens peu de choses et surtout pas en position de force face à cette élève gynéco de pacotille.

Dans cette noble position, je lui annonce la raison de ma venue et observe, transpirante, sa réaction. Mais elle ne cille pas, intériorisant sans doute l’embarras dans lequel elle vient de se mettre à me raconter ses échecs de pose d’accessoires vaginaux pour femmes averties.

J’ai compté toutes les petites groseilles ornant les moulures du plafond. J’ai classé par ordre alphabétique tous les dossiers sur les étagères me faisant face. J’ai soufflé comme à mon dernier accouchement pour calmer la douleur. J’ai repassé les plus beaux moments de ma vie, appelé ma mère et parlé à mes ancêtres. Sans doute ai-je aussi perdu la moitié de l’émail de mes dents tant j’ai serré les mâchoires alors que la pauvre fille me dévastait l’entrejambe.

Très… très.. très… longtemps après, fière d’elle, elle m’annonce enfin que c’est fini et qu’elle a réussi. Bravo bébé ! Comme si je devais te donner un bon point pour m’avoir déchirer le vagin avec les ailes métalliques de ton nouveau joujou.

Allez, je paie et je file à l’hosto prendre rendez-vous pour une ligature des trompes sous anesthésie générale.

Mais non. L’élève n’en a pas encore assez de jouer à docteur Maboul avec ma pauvre personne. Voilà qu’elle veut me tâter les nibards en me rappelant gentiment qu’à mon âge, il faut commencer à les surveiller de près. Va-t-elle me parler de la ménopause cette andouille ?

Les fesses endolories, je lève les bras bien haut pour me faire généreusement peloter par ce médecin stagiaire. Et la voilà qui se pâme et pousse des “ho” et des “ha” d’émerveillement à chaque palpation… C’est bien la première fois que ma menue poitrine fait cet effet-là. Je savoure donc le moment, quel que soit l’auteur de cette extase.

Malheureusement, elle rompt le charme en commentant ce qu’elle juge si délicieux, à savoir un adorable petit kyste tout mignon tout rond comme un petit malin (pardon, Sylvanians, pour les plus jeunes) qu’elle fait rouler entre ses doigts comme un gosse avec ses crottes de nez.

Descente brutale de mon nuage.

Après son signal, je file me rhabiller tandis qu’elle fait claquer ses gants Mapa pour me prescrire une nouvelle palpation, cette fois-ci par une machine ainsi que, me lâche-t-elle de but en blanc, sans aucun égard, une petite crème pour les mycoses, souvent provoquée par la pose d’un stérilet et sans doute aussi, me dis-je, par son travail de ferronnerie entre mes cuisses.

Inutile de vous dire que je ne remettrai plus un pied dans ce cabinet tant que mon vrai docteur ne sera pas revenue, et tant pis si je dois mourir d’une infection avec un stérilet périmé depuis 24 ans.

Mais ce que j’ignore, c’est que le pire de ma journée reste à venir. Car le soir, je fais un détour à la pharmacie de mon quartier cette fois pour acheter la fameuse crème antifongique si subtilement prescrite, et devinez qui vient me servir ? Une nouvelle recrue… Une blonde canon, au sourire tellement étincelant qu’il en est irritant… 

Ouais, c’est ça, vous l’avez. Toujours là où on ne l’attend pas cette Sabrina. Elle s’avance près du guichet, très professionnelle et pudique à la lecture de mon ordonnance… seulement parce qu’elle doit attendre le meilleur moment pour m’anéantir cette vicieuse.

Elle part dans l’arrière boutique farfouiller dans ses tiroirs d’apothicaires, le temps que la pharmacie se remplisse bien de clients, tous a priori voisins ou parents d’élèves, pour me crier :

-”Et sinon, je vous conseille d’acheter un savon pour l’hygiène intime, ça évitera que votre mycose revienne! “

Voilà voilà.

Est-ce le bon moment pour en profiter et acheter du Rennie Deflatine en précisant que c’est pour Miamor…? Sans doute que oui. Ainsi ma journée n’aura pas été totalement ratée.

One comment

  1. Ma pauvre Micheline ! Décidément la vie des femmes est bien compliquée…:) mais quand on les partage avec humour, ca passe nettement mieux..Des bisous

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