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Au revoir Président !

Alerte journée de merde ! Ca a commencé avec un de ces matins qui chantent : la BO de l’Exorciste comme réveil en musique grâce au portable de Miamor, suivie d’une glissade sur ses chaussettes qui traînaient près du lit. Heureusement que je me suis rattrapée au vélo elliptique juste à côté. Pour une fois qu’il sert à quelque chose celui-là! Puis capsule bloquée dans la cafetière, comme si le truc me guettait pour déconner uniquement quand c’est moi qui m’en sert, un peu comme quand mon ordi plante, que j’essaie de le rallumer mille fois, en vain, et qu’il se décide à fonctionner juste au moment où j’explique mon problème à l’informaticien qui vient de se déplacer exprès pour moi.

Ensuite, la petite a décidé de traîner pour se préparer, comme toutes les fois où on est à la bourre en fait, voulant changer une à une les fringues préparées avec soin la veille, parce que ça gratte, parce que c’est trop petit, parce que ça serre, parce que ça glisse ou parce que c’est moche.

On a commencé à être vraiment en retard lorsqu’on s’est mis à chercher pendant près de 10 minutes une paire de chaussettes non dépareillée et à sa taille (mission impossible donc) pour finalement se rabattre sur les nus pieds, et c’est là que la gosse a marché sur une flaque de croquettes prémachées au poiscail que le chat avait due vomir sur le nouveau tapis cette nuit… A nous la douchette de pieds et le ménage de bon matin histoire de bien me faire puer la truite déshydratée puis régurgitée par un chat boulimique.

Une fois dehors : canicule. Le genre de chaleur qui te fait revoir tes fantasmes d’été. Celle où tu sues de tous les recoins de ton corps, où même ta peau gratte et te tient encore plus chaud qu’une vieille couverture en laine de chez mémé.

Mais je continue mon parcours matinal. Arrivée à la gare RER, bang : grève inopinée sur ma ligne. Cherchez pas à comprendre, le terme « grève juste pour te faire chier » prenait trop de place sur l’écran de contrôle. Va savoir, les mecs de la sncf ont aussi dû avoir leur chat qui a gerbé sur leur moquette ou bien ont perdu leurs chaussettes. La tuile de trop quoi. Et moi je vais vraiment être à la bourre au boulot.

Alors que j’arrive dans l’ascenseur du bureau avec l’impression d’avoir vécu 2 journées entières sur un camp d’entrainement pour marins (à lire avec l’accent : « meuriiinss »), trempée de la sueur de tous les gens de mon wagon, je reçois une notification du collège m’annonçant une heure de colle pour mon ado de fille. Elle n’a pas perdu de temps la môme pour une reprise à 8h30. Lassitude.

J’arrive enfin au taf et retrouve mon bureau en immense bordel, comme si une bombe avait explosé et éparpillé des feuilles volantes un peu partout. En réalité, c’est juste parce qu’hier, j’ai dû partir à la hâte en plein milieu d’une réunion, laissant monsieur Duchemol et mes collègues en plan. J’ai jeté tous les dossiers en vrac sur mon bureau parce que je ne voulais pas louper le train ni la fermeture du centre de loisirs de ma fille.

Ca va déjà me prendre une bonne heure pour trier tout ça… Mais pas le temps de s’y mettre que Monsieur Duchemol m’appelle et m’informe froidement qu’il m’attend dans son bureau.
Alors que je ne pense qu’à mon odeur de sueur mêlée à celle de glaire de Friskies, ainsi qu’à la soufflante que la grande va se prendre pour son heure de colle, v’la ti pas que le chef se met à me reprocher de ne pas rester pour les réunions tardives d’après 19h00. Comme celle d’hier quoi. Alors que tous mes collègues sont au rendez-vous. Eux. Mais pas moi.
J’aurais voulu lui expliquer que c’était pas ma faute m’sieur, que j’adore passer du temps avec eux et leurs costards 3 pièces à parler dans le vent et à gribouiller des schémas illisibles sur le paper-board pour faire semblant de chercher des solutions improbables à des problèmes qu’on s’est nous-mêmes causés à la dernière réunion… Mais j’ai reçu un sms de Miamor m’annonçant qu’il déjeunait au resto avec sa collègue de bureau super bonnasse, ça a été le pompon et j’ai démissionné.

C’est sorti comme ça, sans prévenir. Aussitôt dit, aussitôt regretté mais c’était trop tard. Monsieur Duchemol a avalé sa salive. Ca avait l’air acide vu la grimace qu’il a faite. Puis, il ne s’est pas démonté et m’a demandé une lettre en bonne et due forme pour les RH. De mon côté, j’avais l’impression de rompre avec mon mec. Un sentiment de liberté mêlé à une importante culpabilité … Je les plante en pleine crise. Moi qui dessine si bien sur le paper-board. Qui écrit si bien les compte-rendus. Qui débarrasse avec brio les tasses à café… Comment vont-ils faire? Et puis, je vois bien que Monsieur Duchemol est vexé comme un poux. Lui aussi doit avoir le sentiment de se faire larguer. C’est quand on perd les gens qu’on prend conscience de leur valeur… Du coup, il se venge et me jette une pique digne de mon ex :
« Pour tout vous dire Anne-Claire.. euh Amandine… Nous avions choisi une autre candidate lors du recrutement sur votre poste. Vous n’étiez QUE le 2ème choix. Mais la personne qu’on voulait a décliné notre proposition parce qu’elle avait des prétentions supérieures. J’espère qu’elle est disponible aujourd’hui, maintenant qu’on peut s’aligner. J’avais gardé son numéro d’ailleurs… (le mec fait mine de chercher dans son portable et sans même lever les yeux vers moi…) Merci, vous pouvez disposer.  »

Ou alors peut-être qu’il n’en a juste rien à foutre?

Heureusement une démission, c’est aussi un peu comme une élection de délégués en 5ème. Une façon de tester ta cote de popularité. Et là, je sens que mes collègues, au moins eux, vont être hyper tristes quand je leur annoncerai la nouvelle.

Grossière erreur : mon départ à venir n’a évoqué chez eux que l’heureuse perspective de récupérer mon bureau- plus lumineux- et mon super fauteuil à roulettes, ou au contraire l’angoisse de se voir refiler le dossier Lefebvre, le plus relou de la terre. Voilà ce que je laisse derrière moi… Une chaise en skaï, un badge dernier cri pour la cantoche et un dossier de merde que je vais en plus devoir ranger avant de partir.

Comme une triste impression de n’être que peu de choses quoi…

Ma vie rêvée d’auteur

Amandine Avril, c’est tout de même mieux que Micheline, vous ne trouvez pas?
C’est en tout cas le nom que j’ai choisi quand un éditeur a cédé à mon chantage en acceptant de publier mes chroniques il y a 2 ans.

Avec ce pseudo, je voulais assurer la préservation de ma vie privée face à cette promesse de notoriété. Parce que voyez vous, lorsque j’ai signé mon contrat, j’y ai vraiment cru.

Malgré une humilité de façade en mode « ne nous emballons pas les gars, c’est une petite maison d’édition et c’est publié en très peu d d’exemplaires… Si j’en vends un à ma mère et un autre à ma belle-mère, ce sera déjà le bout du monde », ça bouillonnait en moi. Je m’imaginais déjà monter les marches à Cannes ! (rho c’est bon, je sais bien que ce n’est pas pour les bouquins mais dans les trips mégalos d’égarement, tout est possible non? )

Bref. Sous la douche, je m’y croyais déjà. Mon pommeau (toujours bien utile celui-là) est devenu un oscar et dans mon discours, j’ai remercié tout ceux qui ont cru en moi et particulièrement Miamor et nos grelots, mes sources d’inspiration …

Mon attaché de presse et moi allions faire des miracles et transformer la brave Micheline en un best-seller. Marc Levy n’avait qu’à bien se tenir ! J’allais passer chez Pivot et me faire démonter chez Ruquier (au sens figuré cela va s’en dire), avoir des articles dans toute la presse, dépasser les 500 000 ventes, devenir la meilleure pote de Rihanna, la marraine du 12ème mouflet d’Angelina Jolie, jouer les ambassadrices pour la paix à l’ONU et peut-être ensuite, après mon 3ème roman traduit dans 75 langues, déménager à LA et lancer ma ligne de soutifs pour filles plates. Bref j’avais un boulevard devant moi.

Et puis rien ne s’est passé.

Le livre paru, ma mère m’a appelée furax parce qu’elle ne le trouvait nulle part, qu’il fallait le commander, qu’est ce que c était que ce bazar non d’une pipe en bois. Alors pour stimuler la vente en ligne, je suis allée pleurer auprès de mes potes pour qu’ils mettent des commentaires positifs sur internet à propos de mon livre. Mais encore fallait-il qu’ils l’aient lu! Sans référence donc, j’ai dicté le commentaire à mon petit neveu et lui ai refilé un bifton pour le dérangement.

Mon soi-disant attaché de presse s’est quant à lui fait la malle. Ou plutôt, j’ai compris qu’il n’avait jamais existé et était sans doute la même personne que le directeur, l’éditeur, le comptable, le secrétariat et peut-être même le livreur de ma grande maison d’édition, et que ce même individu était, on peut le comprendre, bien occupé et n’avait pas que ça à faire de promouvoir mon fichu bouquin.

Histoire d’essayer d’en vendre quelques exemplaires tout de même en dehors du cercle familial, j’ai appelé toutes les librairies de France et de Navarre pour leur proposer des séances de signatures. En principe les librairies aiment ça nan? Bon ben là, je ne devais pas être la seule sur le coup et sans doute pas la plus bankable car ça a été un échec cuisant.

Mais heureusement, un soir de novembre, suite à une annulation d’un vrai auteur, on m’a proposé de venir à l’arrache le lendemain pour pas avoir à démonter la table qui avait été installée pour l’occasion.

Vous pensez bien que je n’ai pas tergiversé, oubliant toute forme de stratégie pour me rendre un tant soi peu désirable et ravalant ma fierté en accourant comme un brave toutou qu’on siffle.

Je me suis toute pomponnée pour l’occasion, comme si les gens allaient davantage acheter mon bouquin parce que j’avais mis du fard à joue, et suis arrivée toute excitée à la première heure dans la boutique. Les libraires avaient même réussi à bricoler rapido un grand panneau promotionnel avec la couverture de mon livre et mon nom d’artiste qu’on voyait de loin. Mais… alors trop rapido sans doute parce qu’ils se sont gourés dans mon nom, me rebaptisant Amandine Lavril, sûrement pas en hommage à mes origines bourguignonnes où chaque nom propre se voit affublé d’un déterminant. L’Amandine s’est donc sentie un peu humiliée. Et ce n’était que le début de sa désillusion.

Tandis que certains écrivains causent des embouteillages en gratifiant leurs lecteurs de 2 heures de présence, je me suis presque tapée les ⅜. Sans pause déj, non-stop de 7h à 20h. Même pas un casse-dalle et seulement 2 livres vendus.

J’ai pourtant essayé de capter le regard des gens qui passaient devant moi, en leur offrant mon beau sourire de concessionnaire Citroën jusqu’à ce que je me fasse fusiller du regard par une mamie au bras de son homme parce qu’elle a cru que je lui faisais du gringue, me narguant même d’un  » et bien vous les emmerdez peut-être les femmes parfaites, mais moi j’en suis une! Et mon mari est comblé merci! »

Du coup j’ai tiré la gueule et un trait sur ma carrière de commerciale.

Pendant ces longues heures d’attente au cours desquelles je n’ai même pas osé regarder l’heure sur mon téléphone au risque de louper un client, j’ai eu à faire face au dédain des passants, me méprisant comme une vulgaire étagère de livres indignes de leur intelligence suprême. D’autres parvenait à me regarder, mais de loin alors, avec méfiance, comme si j’allais leur sauter dessus et leur coller ma feuille de chou dans les mains ou pire, leur vendre un abonnement à vie à France Loisirs.

Heureusement, vers 16 heures, un grand mec s’est approché de moi l’air avenant. Pour honorer cet élan de confiance, je me suis immédiatement levée prête à parler de Micheline et de ses origines et réfléchissant déjà à la dédicace que j’allais pondre pour lui témoigner ma reconnaissance éternelle… rapidement envolée lorsqu’il m’a demandé, mais vraiment il n’aime pas faire ça, si j’avais pas un euro ou deux à lui filer pour qu’il puisse acheter son jeu vidéo.
Micheline dans toute sa splendeur. Se faire taxer par un punk à chien lors de sa seule et unique séance de dédicace.

Après l’avoir remballé (faut pas déconner quand même), je me suis assise en jouant discrètement à Pet Saga, me demandant ce que je foutais là tout en continuant à affronter la valse des regards condescendants des clients.

C’est là qu’une jeune femme s’est approchée de moi! Mon coeur battait la chamade. J’y croyais vraiment cette fois. Elle avait l’air intéressé. Et elle l’était … par le dernier bouquin d’Aurélie Valogne qu’elle n’arrivait pas à trouver dans les rayons, raison pour laquelle elle venait me demander de l’aide. Je travaillais bien là nan?

Bref. Je ne pensais pas avoir à l’admettre mais heureusement que j’ai croisé ma voisine préférée ce jour-là. Elle qui était venue pour acheter un essai du professeur Ghurihandkowski sur les dérives de la médecine nucléaire, elle m’a acheté 2 exemplaires pour ses belles soeurs qui aiment ce genre de « littérature » m’a-t- elle gentiment expliqué en marquant bien les guillemets autour du mot littérature la P.. Biiiip. S’empressant d’ajouter : « Et inutile de mettre un ptit mot, de toute façon, personne te connaît ! »

Cette journée a brisé mes rêves de gloire mais a eu le mérite de me faire reconsidérer la proposition d’interview que j’avais reçue il y a peu de Radio Mirabelle, reine des ondes en Lorraine.

A moi le succès.