Ma vie rêvée d’auteur

Ma vie rêvée d’auteur

Amandine Avril, c’est tout de même mieux que Micheline, vous ne trouvez pas?
C’est en tout cas le nom que j’ai choisi quand un éditeur a cédé à mon chantage en acceptant de publier mes chroniques il y a 2 ans.

Avec ce pseudo, je voulais assurer la préservation de ma vie privée face à cette promesse de notoriété. Parce que voyez vous, lorsque j’ai signé mon contrat, j’y ai vraiment cru.

Malgré une humilité de façade en mode « ne nous emballons pas les gars, c’est une petite maison d’édition et c’est publié en très peu d d’exemplaires… Si j’en vends un à ma mère et un autre à ma belle-mère, ce sera déjà le bout du monde », ça bouillonnait en moi. Je m’imaginais déjà monter les marches à Cannes ! (rho c’est bon, je sais bien que ce n’est pas pour les bouquins mais dans les trips mégalos d’égarement, tout est possible non? )

Bref. Sous la douche, je m’y croyais déjà. Mon pommeau (toujours bien utile celui-là) est devenu un oscar et dans mon discours, j’ai remercié tout ceux qui ont cru en moi et particulièrement Miamor et nos grelots, mes sources d’inspiration …

Mon attaché de presse et moi allions faire des miracles et transformer la brave Micheline en un best-seller. Marc Levy n’avait qu’à bien se tenir ! J’allais passer chez Pivot et me faire démonter chez Ruquier (au sens figuré cela va s’en dire), avoir des articles dans toute la presse, dépasser les 500 000 ventes, devenir la meilleure pote de Rihanna, la marraine du 12ème mouflet d’Angelina Jolie, jouer les ambassadrices pour la paix à l’ONU et peut-être ensuite, après mon 3ème roman traduit dans 75 langues, déménager à LA et lancer ma ligne de soutifs pour filles plates. Bref j’avais un boulevard devant moi.

Et puis rien ne s’est passé.

Le livre paru, ma mère m’a appelée furax parce qu’elle ne le trouvait nulle part, qu’il fallait le commander, qu’est ce que c était que ce bazar non d’une pipe en bois. Alors pour stimuler la vente en ligne, je suis allée pleurer auprès de mes potes pour qu’ils mettent des commentaires positifs sur internet à propos de mon livre. Mais encore fallait-il qu’ils l’aient lu! Sans référence donc, j’ai dicté le commentaire à mon petit neveu et lui ai refilé un bifton pour le dérangement.

Mon soi-disant attaché de presse s’est quant à lui fait la malle. Ou plutôt, j’ai compris qu’il n’avait jamais existé et était sans doute la même personne que le directeur, l’éditeur, le comptable, le secrétariat et peut-être même le livreur de ma grande maison d’édition, et que ce même individu était, on peut le comprendre, bien occupé et n’avait pas que ça à faire de promouvoir mon fichu bouquin.

Histoire d’essayer d’en vendre quelques exemplaires tout de même en dehors du cercle familial, j’ai appelé toutes les librairies de France et de Navarre pour leur proposer des séances de signatures. En principe les librairies aiment ça nan? Bon ben là, je ne devais pas être la seule sur le coup et sans doute pas la plus bankable car ça a été un échec cuisant.

Mais heureusement, un soir de novembre, suite à une annulation d’un vrai auteur, on m’a proposé de venir à l’arrache le lendemain pour pas avoir à démonter la table qui avait été installée pour l’occasion.

Vous pensez bien que je n’ai pas tergiversé, oubliant toute forme de stratégie pour me rendre un tant soi peu désirable et ravalant ma fierté en accourant comme un brave toutou qu’on siffle.

Je me suis toute pomponnée pour l’occasion, comme si les gens allaient davantage acheter mon bouquin parce que j’avais mis du fard à joue, et suis arrivée toute excitée à la première heure dans la boutique. Les libraires avaient même réussi à bricoler rapido un grand panneau promotionnel avec la couverture de mon livre et mon nom d’artiste qu’on voyait de loin. Mais… alors trop rapido sans doute parce qu’ils se sont gourés dans mon nom, me rebaptisant Amandine Lavril, sûrement pas en hommage à mes origines bourguignonnes où chaque nom propre se voit affublé d’un déterminant. L’Amandine s’est donc sentie un peu humiliée. Et ce n’était que le début de sa désillusion.

Tandis que certains écrivains causent des embouteillages en gratifiant leurs lecteurs de 2 heures de présence, je me suis presque tapée les ⅜. Sans pause déj, non-stop de 7h à 20h. Même pas un casse-dalle et seulement 2 livres vendus.

J’ai pourtant essayé de capter le regard des gens qui passaient devant moi, en leur offrant mon beau sourire de concessionnaire Citroën jusqu’à ce que je me fasse fusiller du regard par une mamie au bras de son homme parce qu’elle a cru que je lui faisais du gringue, me narguant même d’un  » et bien vous les emmerdez peut-être les femmes parfaites, mais moi j’en suis une! Et mon mari est comblé merci! »

Du coup j’ai tiré la gueule et un trait sur ma carrière de commerciale.

Pendant ces longues heures d’attente au cours desquelles je n’ai même pas osé regarder l’heure sur mon téléphone au risque de louper un client, j’ai eu à faire face au dédain des passants, me méprisant comme une vulgaire étagère de livres indignes de leur intelligence suprême. D’autres parvenait à me regarder, mais de loin alors, avec méfiance, comme si j’allais leur sauter dessus et leur coller ma feuille de chou dans les mains ou pire, leur vendre un abonnement à vie à France Loisirs.

Heureusement, vers 16 heures, un grand mec s’est approché de moi l’air avenant. Pour honorer cet élan de confiance, je me suis immédiatement levée prête à parler de Micheline et de ses origines et réfléchissant déjà à la dédicace que j’allais pondre pour lui témoigner ma reconnaissance éternelle… rapidement envolée lorsqu’il m’a demandé, mais vraiment il n’aime pas faire ça, si j’avais pas un euro ou deux à lui filer pour qu’il puisse acheter son jeu vidéo.
Micheline dans toute sa splendeur. Se faire taxer par un punk à chien lors de sa seule et unique séance de dédicace.

Après l’avoir remballé (faut pas déconner quand même), je me suis assise en jouant discrètement à Pet Saga, me demandant ce que je foutais là tout en continuant à affronter la valse des regards condescendants des clients.

C’est là qu’une jeune femme s’est approchée de moi! Mon coeur battait la chamade. J’y croyais vraiment cette fois. Elle avait l’air intéressé. Et elle l’était … par le dernier bouquin d’Aurélie Valogne qu’elle n’arrivait pas à trouver dans les rayons, raison pour laquelle elle venait me demander de l’aide. Je travaillais bien là nan?

Bref. Je ne pensais pas avoir à l’admettre mais heureusement que j’ai croisé ma voisine préférée ce jour-là. Elle qui était venue pour acheter un essai du professeur Ghurihandkowski sur les dérives de la médecine nucléaire, elle m’a acheté 2 exemplaires pour ses belles soeurs qui aiment ce genre de « littérature » m’a-t- elle gentiment expliqué en marquant bien les guillemets autour du mot littérature la P.. Biiiip. S’empressant d’ajouter : « Et inutile de mettre un ptit mot, de toute façon, personne te connaît ! »

Cette journée a brisé mes rêves de gloire mais a eu le mérite de me faire reconsidérer la proposition d’interview que j’avais reçue il y a peu de Radio Mirabelle, reine des ondes en Lorraine.

A moi le succès.

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