La morning routine

La morning routine

Hier, sans doute habitée par le grand philosophe JC Van Damme après le visionnage de son drame métaphorique Kickboxer, j’ai pris pleine conscience de ma charge mentale et de la nécessité de me simplifier la vie. 

“Aware”, j’ai donc pris la décision de solliciter les conseils avisés d’experts en psychologie pour améliorer la gestion de mon quotidien et enfin me faire du bien.

C’est comme ça que je me suis achetée le dernier BIBA.

Dans ce magazine : du bonheur et des bons conseils à la pelle. 

  • Un max de fringues hors de prix et immettables à glisser dans mes paniers virtuels que je ne validerai jamais
  • Des échantillons à foison de fond de teint, parfums et autres pseudo-cadeaux périmés depuis des lustres mais que, de toute façon, j’oublierai au fond du tiroir de ma salle de bain. 
  • Des reportages intelligents pour me faire croire que je ne suis pas superficielle mais que, du coup, je ne lirai pas. 
  • Un test où mon excès de triangles m’apprendra que j’ai quelques névroses (sans dec.)
  • Un horoscope qui alertera ses amis béliers sur le fait que l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin (incroyable cette “lucidité” des astres)
  • Et surtout, un article de fond avec de judicieux conseils pour bien démarrer chacune de mes journées avec une morning routine digne de ce nom et que, dans mon élan de pleine conscience, j’ai décidé de suivre à la lettre.

The Miracle Morning de Hal Elrod, gourou de la morning routine dit-on, raconte d’abord comment changer sa vie en se levant plus tôt, voire très tôt, pour prendre du temps pour soi.

Je vois mal comment je pourrais me lever avant 6h sans être explosée. J’essaie déjà d’avoir 15 minutes à moi avant que les gosses ne se lèvent…mais plus tôt… Ok je peux, mais c’est l’arrêt de mort de mon evening routine. Je risque de baver sur le canap devant le film avant 21h. Miamor ne supporterait pas. Qui coucherait les gosses? Hein qui ?!

Réveil matinal donc. Mais encore faut-il qu’il soit en musique. Et pas n’importe laquelle. La chanson que tu préfères. Celle que tu auras dans la tête toute la journée et qui définira ton humeur. 

C’est là que pour moi le bas blesse. Parce que c’est le réveil de Miamor qui m’arrache de mon paisible sommeil chaque matin, réveil qui reprend une euphorisante et paisible bande-son du film tout aussi feel good « L’exorciste ». 

C’est avec cette musique en tête que je suis sensée  rejoindre tranquillement (ha! sursaut) la salle de bain en chantonnant avec les hirondelles. 

Mais non. Ici, je lève difficilement la tête chiffonnée de mon oreiller encore imbibé de bave, puis tâtonne sur ma table de chevet pleine d’élastiques, de chargeurs et de vieux mouchoirs pour trouver mes lunettes de myope, celles sans qui je vis dans une nappe de brouillard épais.

Et une fois les lunettes sur le nez, et toujours ma petite ritournelle démoniaque en tête, faut filer à la douche rapido parce que je suis déjà presque à la bourre avec ces conneries.

Nous voilà donc dans ce qui doit être l’antre du bien être, cet espace rien qu’à moi pour quelques minutes, où je n’aurai qu’à bichonner mon corps et mon âme. Ce moment suspendu où j’ai pris rendez-vous avec moi-même et, en ce qui me concerne, avec mon rasoir et mes pointes fourchues. Et c’est donc ici que je me fais violemment agresser par les 17 degrés de la salle de bain non chauffée et que je cours sous la douche. 

Le voilà enfin mon instant de bonheur, mon plaisir du matin. Cette seconde où les 38 degrés de l’eau douce m’enveloppent et me rappellent combien j’étais bien sous la couette. Cet instant où je ne suis pas encore tout à fait sortie de la nuit et où je n’ai pas encore pris conscience de ma journée ni de ses menues contraintes.  Cette parenthèse de béatitude qui cesse vite lorsque mon  crétin de chat parvient à entrer dans la pièce en grattant la porte et se met à miauler en me regardant de ses yeux plein d’intelligence pour sortir pisser. 

C’est donc sous les menaces de ce félin énurétique que je finis de me doucher en 4ème vitesse, invoquant le dieu des chats pour que l’animal ne souille pas mon tapis de bain qui sent de toute façon la pisse à cause de l’humidité chronique de cette pièce mal aérée. Inutile de dire que j’oublie systématiquement le petit jet d’eau froide pourtant vivement conseillé par Hal sur la culotte de cheval pour raffermir les tissus.

C’est donc au bout de ces trop courtes minutes de bonheur que je sors de la douche en grelottant, et attrape mon peignoir encore tout humide de la veille.

Après avoir ouvert la porte au chat et accessoirement chopé une pneumonie, BIBA me dicte donc, de retour dans ma salle de bain, de me regarder dans le miroir et de sourire à la vie, de penser aux moments positifs de ma journée et de m’auto congratuler. 

Okay… A 6h du mat avant d’aller bosser,  je prends donc la manche de mon peignoir pour essuyer la vitre pleine de buée et découvrir ma tronche du matin (ho la vache) et on me demande de sourire à la vie et de m’extasier devant mon bonheur à venir et ma beauté ensorcelante.

Ok j’essaie. Allez. Faisons abstraction des cheveux hirsutes, des cernes, ridules et autres pores dilatés, du début de chtard qui pointe à la base de mon nez,  on respire calmement  en se disant que cette journée de réunion avec la collègue qui me gonfle sera formidable, que m’écharper avec mon ado de 12 ans parce qu’elle a essayé de mettre du mascara en douce pour aller au collège sera doux, que me battre avec la petite pour qu’elle accepte en ce matin de janvier de mettre des chaussures fermées et non les tongs de cet été sera fun, que courir au centre de loisir après avoir poireauté 10 minutes pour finir par me garer en double file sera bénéfique, et qu’avec mes 2 heures de transports en commun serrée comme une sardine, je friserai l’orgasme .

Bref. J’ai essayé de sourire mais le temps de trouver la motivation, la buée était déjà revenue sur le miroir et j’ai rien vu.

C’est ensuite le moment où paraît-il tu dois continuer à te faire plaisir en sélectionnant dans ton dressing LE vêtement dans lequel tu seras bien, tu seras toi.

Le hic c’est que je ne peux décemment pas aller bosser dans le vieux jogging de Miamor. Il est marrant ce Hal.

Le mieux c’est que je prenne la chemise la moins froissée et le jean stretch d’hier, le seul qui ne me donne pas l’impression de venir de m’enfiler un cassoulet et de faire de la rétention d’eau. 

Une fois attifée, je dois rejoindre en chantonnant la cuisine et me préparer un smoothie vitaminé et boire un demi litre d’eau tiède mêlée à un jus de citron fraîchement pressé.

Mais sérieusement, qui prend le temps de presser des fruits le matin, tout ça pour boire un jus dégueulasse? Moi ma morning routine du ptit dej, je l’aime et je la garde, merci bien. Car à défaut de faire du bien à mon cul, elle en fait à mon petit ventre et à mes papilles. Et hop les tartines de pain de mie au Nutella et le bon café au lait. La cerise sur le gâteau, ça serait de lire la presse tranquiĺou, comme dans les films, avec un gentil personnel qui me sert mon jus d’orange pressé.  Dommage que dans la vraie vie, il faille aller réveiller les gosses, qui contrairement au week-end ou ils pètent le feu à 7 heures du mat, sont impossibles à réveiller les jours d’école.

Résultat : je bois du café au lait froid, en regardant d’un œil Pat Patrouille (au moins ça me permet de ne plus avoir l’Exorciste en tête). Pat Patrouille pat patrouille.

Bon. Hal et BIBA nous invitent ensuite à prendre le temps. A ne pas se hâter. 

Sans nul doute ma petite a dû suivre un stage intensif avec eux. Je passe mon temps à leur répéter : Plus viiite, dépêche toiiii, regarde ce que tu faiiiiis, va t’habiller sinon fini pat patrouille!

Bref. Dans le calme, la volupté et l’écoute mutuelle. 

Vous l’aurez compris, je ne suis pas prête pour un changement dans ma morning routine. On verra quand les gosses seront grands ou quand je serai à la retraite.

Pour l’heure, la prochaine étape de ma quête du bien-être spirituel consistera à m’abonner à Netflix et à me taper tous les épisodes de Marie Kondo pour apprendre à repasser mes chaussettes et à les trier par couleur dans des tupperwares transparents étiquetés par pointure. J’ai hâte.

One comment

  1. Trop drôle cette morning routine !!
    Je regrette bien nos cafés-debrief à l’arrivée au bureau d’il y a quelques temps 😉 On se marrait bien !

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