Parents d’élèves

Parents d’élèves

Et merde. A peine le supplice des courses de rentrée et des lessives de fin de vacances accompli que se profile LA réunion de rentrée scolaire. 

Une, c’est déjà pénible, on est d’accord. Alors imaginez quatre réunions de rentrée, souvent concentrées la même semaine, de préférence à 17h00, heure à laquelle tes collègues se chargeront bien gentiment de noter que tu as pris ton après-midi, flemmasse que tu es.

Heureusement qu’on varie quand même les plaisirs : cette année, il y a de la maternelle, du collège et du lycée. Un panel de réunions mortifères pour tous les goûts ! Dommage qu’en règle générale, il n’y ait que moi qui m’y colle, Miamor prétextant systématiquement un début d’année chargée et des réunions de boulot tardives rendant impossible toute participation à l’une de ces joyeuses sauteries de parents d’élèves.

Cette année, j’ai donc décidé de partager un peu ce lot de soirées relou et pris les devants. Une discussion mature et franche avec Miamor, d’adulte à adulte, afin de trouver un terrain d’entente cohérent et de répartir plus équitablement la lourde charge mentale sous laquelle je croulais.

On a donc joué à pierre / feuille / ciseau pour savoir qui de nous deux se taperait la représentation scolaire et c’est moi qui ai perdu. Quatre fois.

C’est comme ça que je me suis farcie la série de réunions, le grand chelem, en échange de quoi tout de même, Miamor se coltinerait la réunion de copro en novembre. J’ai quand même le sens de la négociation voyez-vous!

La réunion de copro donc…

Celle avec tous les voisins.

.. Même les nouveaux.

J’ai un vieux sentiment de m’être fait avoir là.

Bref. La semaine a été chargée. J’en ai soupé de la rencontre parents-profs, du programme scolaire décortiqué à la loupe, des leçons de morale quant à ton implication de parent dans le travail de tes chiards, allant jusqu’à te culpabiliser d’avoir osé en faire plusieurs et d’occuper un travail ne te rendant pas pleinement disponible pour ta progéniture et mettant ainsi en péril leur scolarité, que dis-je, leur avenir !

Et cet après-midi, je finis en beauté mon marathon de la mère indigne avec la classe de la petite dernière encore en maternelle. A vue de nez, ça semble moins lourd mais détrompez vous. Un élément majeur est venu se greffer à mon programme déjà pas folichon: j’ai dû traîner la gosse avec moi.

Après avoir échappé à l’œil désapprobateur de mes collègues en passant par la porte de secours à 16h00, je la récupère à la garderie, toute transpirante et chiffonnée après sa journée d’école et quelques heures passées à hurler dans la cour à “touche”, le nouveau jeu dans le vent. Oui c’est bizarre mais véridique, sachez donc que Touche est une sorte de partie géante de pelotage admise dans toutes les cours de récré, et véritable préalable au fameux Chat-bite plus répandu dans les cours de lycée… Ha bon, vous n’avez jamais joué à chat-bite vous…?

Euh…ok. Qu’est-ce que je disais… Ha oui, je récupère donc ma poisseuse enfant et passe rapido à la maison pour préparer un sac de munitions en vue de la tenir tranquille pendant la causerie.

Et pour ce faire, ma nature (passée) de grosse fayote avec la maîtresse a pris le dessus et a fait rejaillir tous mes vieux principes éducatifs enterrés bien profond depuis que j’ai des gosses. Dans ma besace, j’ai donc prévu de quoi l’occuper pendant la réunion certes, mais surtout de quoi faire bien devant la maîtresse : des livres, des beaux crayons et un mini jeu éducatif Montessori en bois jamais déballé offert par une copine n’ayant pas d’enfant évidemment. Si avec ça,  ma poule, tu réclames encore mon téléphone pour te farcir tes vidéos de mouflets exploités par leurs parents pour relever des défis ultimes comme passer 24h en pyjama dans une piscine à bulle, je rends les armes ! Je glisse tout de même en douce dans mon sac quelques bonbecs pour asseoir mon autorité en cas d’urgence et on file à l’école.

J’ai le sentiment de me retrouver dans la chaumière des 7 nains. La classe est douillette, chaleureuse… Je dirais même bouillante. Ils doivent mettre le chauffage au maximum ici ! Tu m’étonnes que les gosses sont toujours malades, une porte ouverte et la température chute à 29 degrés: un véritable choc thermique. Je me dessape illico avant de fondre mais récupère tout aussi vite le manteau de la gamine. Et c’est avec cette double couche de couvertures sur les genoux que je m’assois sur une chaise pour Sylvanian avec en prime la gamine et ses fesses pointues sur les genoux parce qu’il faut laisser de la place à tous les parents.

Rapidement, naît petit à petit dans mon postérieur une fourmilière, la faute à ces minuscules chaises dont mes fesses débordent allègrement. Le confort est à son paroxysme : fesses qui dégoulinent donc (de gras), dos qui dégouline aussi (mais de sueur), genoux au niveau du menton et mouflette de 20 kg entre les deux, le tout couronné par un avalage de cheveux à chacun de ses mouvements.

Le temps que tout le monde arrive, j’essaie quand même d’oublier mon corps et me tords le cou pour admirer les œuvres d’art qui pendouillent un peu partout. Je vois alors une galerie intitulée « Autoportrait » dans laquelle ma douce s’est modestement représentée en princesse avec des cheveux de 6 mètres de long, elle qui a du mal à avoir de quoi se faire une queue de rat de 2 cm malgré 18 barrettes. Cet optimisme et cette confiance en elle m’émeuvent fort et font naître une grosse bouffée d’amour pour ma môme aux cheveux courts, élan rapidement interrompu par un gros coup de pied taille 28 dans mon tibia, avec des bottines toutes crottées qu’elle essuie allègrement sur mon slim noir préféré.

Les parents, majoritairement les mères qui ont dû toutes perdre à pierre / feuille / ciseau, sont enfin là. Quelques visages familiers, des réminiscences de fêtes d’anniversaires. 

Bah, à vous je peux bien l’avouer, je reconnais chacune d’elles : maman de Martin, maman de Luce, maman de Stephan, de Violette et de Lilou, chaque individualité étant gommée par le prénom du chiard qu’on accoĺle systématiquement à notre statut de génitrice, réduisant ainsi notre personne à notre unique rôle de mère courage. Toutefois, je vois bien qu’aucune ne me remet, chacune préférant discuter avec sa voisine également copine de zumba. Je ne peux pas lutter: je déteste la zumba.

Tandis que je me rêve en mère populaire et reine du cours de zumba du jeudi soir, la réunion débute. La maîtresse paraît intimidée face à cette assistance à la moyenne d’âge un chouille plus élevée que celle à laquelle elle est coutumière. On sent d’ailleurs qu’elle a du mal à s’ajuster et se présente comme si nous avions toutes 5 ans, d’une petite voix fluette : “Bonjour. Moi c’est maîtresse Nathalie”. Et vla ti pas qu’elle se lance dans une énumération des objectifs pédagogiques comme si elle nous contait l’histoire de Boucle d’or. J’en oublie de prendre des notes, ce qui finalement tombe plutôt bien puisque je n’ai aucune main libre.

Mais voyant les autres mères noter scrupuleusement sur un calepin dédié la liste des compétences à acquérir pour bien se la péter à la fin de la réunion en disant que leur môme a déjà tout acquis et sait déjà lire, je me mets une fois de plus à culpabiliser.

Comment? Je ne stimule pas ma progéniture qui sait déjà compter jusqu’à 50 pour lui faire sauter une classe ou pour justifier un échec parce qu’elle est en réalité une enfant précoce ignorée ? 

Bon. Remarquez, on ne sait jamais. Dans le doute, je lâche l’enfant (elle gigotera peut être moins) et attrape mon téléphone discretos pour tenter d’écrire un mémo dans le dos de ma mouflette à vue de pif pas surdouée, détendue qu’elle est tout à coup à manger ses crottes de nez en gribouillant sur la boîte en carton du jeu Montessori.

Notes que je ne relirai jamais, c’est évident.

Alors que je commence à m’assoupir, bercée par le doux tintement de voix de maîtresse Nathalie dans cette ambiance moite, la porte de la classe s’ouvre énergiquement et laisse apparaître le sourire email diamant le plus agaçant du monde, celui qui me suit à la trace en ce moment, celui de ma chère et douce nouvelle voisine, en retard. Pas si parfaite la demoiselle.

Cette satisfaction est toutefois de courte durée puisqu’elle coupe la maîtresse pour s’excuser platement et justifier son arrivée tardive par son statut de représentante des parents d’élèves qui l’a contrainte à tourner dans toutes les classes présenter son programme. Elle est tellement formidable.

Maîtresse Nathalie lui pardonne, bien évidemment, puis clôt sa petite histoire, la reine mère étant arrivée.

Sabrina prend donc le relais pour nous présenter son rôle, son investissement pour l’école, pour nos enfants, pour l’avenir du monde en quelque sorte, tout en décochant des clins d’œil complices et autres sourires à toutes ses copines de sport du jeudi. Donc pas à moi. Ca doit être parce que je suis cachée derrière la touffe ébouriffée de ma mouflette qui ne semble guère passionnée par son discours d’investiture et commence à sérieusement gigoter depuis qu’elle a compris que le jeu en bois ne disposait d’aucun bouton ni ne faisait aucun bruit.

Enfin libre. Je me hâte de nous rhabiller pour filer en douce tandis que les vraies fayotes font la queue pour demander à maîtresse Nathalie si c’est normal que leur lardon réussisse déjà à faire un puzzle de 100 pièces, et que Sabrina taille le bout de gras avec toutes ses copines cool. C’est alors qu’elle me hèle, alors que je suis sur le pas de la porte, de façon à ce que tout le monde entende, et me crie de passer le bonjour à mon homme, le tout en osant l’appeler par son prénom, rendez-vous compte!

C’est là que furax, j’ai fermé la porte de la classe un peu brusquement. Mais la tête haute.

C’est aussi là que j’y ai coincé les doigts de ma gamine.

#culpabilité #paroxysme

10 comments

  1. Quel plaisir de retrouver Micheline !!
    Moi j’ai perdu tous mes feuilles ciseaux cette année. Et me suis donc tapé les fameuses réunions parents d’élèves que tu décris si bien !!!
    Hâte de retrouver micheline dans d’autres aventures du quotidien
    Bises

  2. J’avais presque oublié ces réunions lol contente de n’avoir eu que 2 défaites au chifoumi cette année (sur 2 parties :/)

  3. 😁😂😂
    Chez moi y a même pas de chifoumi
    négociable ! C’est tout pour ma pomme !
    Mais c’est vrai qu’avec autant de momes je te tire mon chapeau bas !
    Des bises

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